Utilisation des poids à peser l'or en Côte d'Ivoire - article ; n°1 ; vol.43, pg 33-109

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Journal de la Société des Africanistes - Année 1973 - Volume 43 - Numéro 1 - Pages 33-109
The weights for the measurement of gold on the Ivory Coast. For 10 years Henri Abel has been working on a documentation of the weights for the measurement of gold on the Ivory Coast : he has published the results of his researches in the J. de la Société des Africanistes, t. XXII, XXIV, XXIX, Bulletin de VI F AN, t. XVI, n° 1-2 etc. This catalogue contains informations which H. Abel has collected in 1952 during his expedition under the auspices of IFAN. The weights in the possession of chiefs and dignitaries of the following tribes of agni, baoulés, atiés, ébriés, abés, apolloniens, abourés etc. have been examined, drawn and at the times deciphered by H. Abel and gave him a chance to perfect the knowledge of the system. The majority of the weights are to-day dispersed in Museums, in private collections and at dealers and are not grouped according to their origin. It is therefor impossible to reconstitute the dya (packet which contains the scales, the weights, the box containing the gold powder, the spoon etc.) as it was. The component part of each dya offered to H. Abel in the course of the journey was carefully noted by him and will be found below. In order to make it easier to understand the tables showing the weights examined in the field we have judged it best to reproduce the General Table (see above). On the other hand the value of grammes of the seed of the abrus precatorius of the ba and of the taku remarked ultimately by H. Abel have been entered at the top of the table. For the value markings on the weights, see p. 37. In the course of discussions with the chiefs and elders it has happened that the weights examined have been established without hesitation, most of the names have been remembered in the course of what was occasionally a long discussion — as though emerging from a distant past — the expression « feminine » weight and « masculine » weight was frequently used. In the following tables we have marked in italic capitals the name given in the field (whether in error or not), in lower case italic the Baoulé name equivalent to the real weight ; if it differs from the attributed name or if in the field no name is given. For the intermediary weights the name given by the owner has been used. It is rare that the dya shown represents a complete set of weights. Every time H. Abel could identify a weight, this identification was indicated on the corresponding table.
77 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1973
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Monsieur Antoine Abel
Utilisation des poids à peser l'or en Côte d'Ivoire
In: Journal de la Société des Africanistes. 1973, tome 43 fascicule 1. pp. 33-109.
Citer ce document / Cite this document :
Abel Antoine. Utilisation des poids à peser l'or en Côte d'Ivoire. In: Journal de la Société des Africanistes. 1973, tome 43
fascicule 1. pp. 33-109.
doi : 10.3406/jafr.1973.1708
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1973_num_43_1_1708Abstract
The weights for the measurement of gold on the Ivory Coast.
For 10 years Henri Abel has been working on a documentation of the weights for the measurement of
gold on the Ivory Coast : he has published the results of his researches in the J. de la Société des
Africanistes, t. XXII, XXIV, XXIX, Bulletin de VI F AN, t. XVI, n° 1-2 etc. This catalogue contains
informations which H. Abel has collected in 1952 during his expedition under the auspices of IFAN. The
weights in the possession of chiefs and dignitaries of the following tribes of agni, baoulés, atiés, ébriés,
abés, apolloniens, abourés etc. have been examined, drawn and at the times deciphered by H. Abel
and gave him a chance to perfect the knowledge of the system.
The majority of the weights are to-day dispersed in Museums, in private collections and at dealers and
are not grouped according to their origin. It is therefor impossible to reconstitute the dya (packet which
contains the scales, the weights, the box containing the gold powder, the spoon etc.) as it was. The
component part of each dya offered to H. Abel in the course of the journey was carefully noted by him
and will be found below. In order to make it easier to understand the tables showing the weights
examined in the field we have judged it best to reproduce the General Table (see above). On the other
hand the value of grammes of the seed of the abrus precatorius of the ba and of the taku remarked
ultimately by H. Abel have been entered at the top of the table. For the value markings on the weights,
see p. 37.
In the course of discussions with the chiefs and elders it has happened that the weights examined have
been established without hesitation, most of the names have been remembered in the course of what
was occasionally a long discussion — as though emerging from a distant past — the expression «
feminine » weight and « masculine » weight was frequently used. In the following tables we have
marked in italic capitals the name given in the field (whether in error or not), in lower case italic the
Baoulé name equivalent to the real weight ; if it differs from the attributed name or if in the field no name
is given. For the intermediary weights the name given by the owner has been used. It is rare that the
dya shown represents a complete set of weights. Every time H. Abel could identify a weight, this
identification was indicated on the corresponding table.J. de la Soc. des Africanistes
XLI1I, i, 1973, p. 33-109.
UTILISATION DES POIDS A PESER L'OR
EN CÔTE D'IVOIRE
PAR
Antonie ABEL
Introduction
Pendant dix ans de travail sur le terrain, chez lui et dans certains musées, Henri
Abel avait réuni une documentation sur les poids à peser l'or en Côte d'Ivoire et
publié les résultats de ses recherches l.
En 1952, ayant accompagné mon mari en Côte d'Ivoire, où il avait été chargé
d'une mission par l'IFAN, j'ai pu être témoin de son travail et de la façon dont il
conduisit ses recherches sur le terrain. Le dialogue avec les possesseurs de poids, une
fois la décision prise par eux de les montrer, était simple et cordial. Les renseigne
ments étaient donnés au fil des souvenirs des notables dans les villages. Un certain
nombre d'entre eux (chefs de tamille ou bijoutiers) Agni, Baoulé, Atié, Ébrié, Abé,
Apolloniens, Abouré etc. possédaient des poids et se souvenaient de leurs noms. Plus
de sept cents furent ainsi examinés, dessinés et parfois déchiffrés par Henri Abel, ce
qui lui permit de compléter la connaissance du système.
Je remercie tout particulièrement M. Jean-Bernard Schlumberger pour sa colla
boration éclairée ainsi que la regrettée Marguerite Verdat pour ses encouragements
si précieux.
La documentation qui va suivre pourrait être utile aux chercheurs qui s'inté
ressent aux poids à peser l'or et envisagent de travailler sur le terrain. En effet la
connaissance du système peut apparaître particulièrement difficile : les poids pour la
plupart se trouvent actuellement dans les musées, chez des particuliers ou des com
merçants et ne sont pas groupés selon leur provenance. Reconstituer le dya 2, tel
qu'il était utilisé, est alors impossible. La constitution de chaque dya, présenté à
1. /. de la Société des Africanistes, XXII, 1952, p. 95-114 ; XXIV, 1, 1954» P- 7-24 ; XXIX, 2, 1959, p. 273-286 ;
B. de l'Institut Français d'Afrique Noire, sér. В, XVI, i-2, janv.-avril 1954! P- 55-82 ; La Nature, 3250, fév. 1956,
p. 41-46 ; Notes d'Information de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, 69, avril 1961, p. 1-12.
2. dya, nom du paquet contenant la balance, les poids, la boîte pour la poudre d'or, cuiller etc., bien décrit et
illustré par B. Menzel : « Goldgewichte aus Ghana », Museum fur Vàlkerkunde, Berlin, p. 83 et ss. Une vingtaine de
poids et un morceau cassé de balance constituant vraisemblablement le contenu d'un dya, enterré là depuis long
temps, ont été trouvés en 1950 au pied d'un vieil arbre à deux pieds de profondeur, par С. Е. Rosner près du village
de Bisiasi, district de Dunkwa au Ghana, lors de la construction d'une route, et se trouvent à Londres au British
Museum.
Société des Africanistes. 3 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 34
Henri Abel au cours du voyage, a été soigneusement notée par lui et reproduite ci-
après. L'ordre dans lequel les localités sont citées correspond à l'itinéraire du voyage,
qui débuta en pays agni, se poursuivit en pays baoulé et s'acheva par la visite de
villages du littoral.
Afin de rendre plus facilement intelligible la lecture des tableaux représentant les
poids examinés sur le terrain il a paru utile de reproduire le tableau général dressé
par Henri Abel et publié dans le fascicule 2 du tome XXIX du Journal de la Société
des Africanistes, 1959. Quelques petites erreurs matérielles y ont été corrigées.
D'autre part les valeurs en grammes de la graine de Y A brus precawrius, du ba et du
taku retenues en dernière analyse par Henri Abel ont été portées en tête du tableau.
Pour ne pas l'alourdir, seuls les noms usités en pays baoulé y figurent. En pays
agni et sur le littoral d'autres noms sont employés pour désigner certains poids. Le
tableau indiquant la correspondance entre les chiffres et les signes figurant sur les
poids, publié dans le fascicule précité est également reproduit *. A noter que les
petites unités sont déchiffrées uniquement en ba.
Au cours des entretiens avec les notables et anciens il est arrivé que les poids exa
minés aient été nommés sans hésitation. Le plus souvent c'est au cours d'une discus
sion parfois longue qu'un nom a été retrouvé comme resurgi d'un passé lointain.
Les expressions « poids féminin » et « poids masculin » ont été fréquemment
utilisées.
Dans les tableaux qui suivent sont indiqués :
— • en italiques majuscules, le nom attribué sur le terrain * ;
— en minuscules, le baoulé correspondant au poids réel s'il diffère
du nom attribué ou si, sur le terrain, aucun nom n'a été donné.
Les poids qui par leur valeur pondérale n'entraient pas dans les séries normales
ont été placés entre ces séries. Il est remarquable qu'ils constituent souvent de véri
tables séries intermédiaires. Ils étaient quelquefois désignés par le nom du poids voi
sin plus faible ou plus fort ; certains étaient appelés « poids voleur ». D'autre part
dans les séries normales ont été quelquefois intercalés des poids qui sont la somme
de deux poids de la série.
Il est exceptionnel que les dya présentés aient compris une série complète de poids,
certains d'entre eux ayant été perdus, donnés ou vendus. D'autre part ces dya com
prenaient parfois quelques poids de séries intermédiaires, par exemple un poids de
50 taku correspondant à l'asia des Ashanti.
Chaque fois qu'Henri Abel a pu déchiffrer un poids examiné, ce déchiffrement
figure sur le tableau correspondant 3. Il faut rappeler que le résultat est parfois le
double ou la moitié du nombre réel de taku ou de ba.
sué signifie littéralement moitié, mais peut aussi être interprété différemment ;
ainsi le tya-sué n'est pas la moitié du tya mais le tya et sa moitié.
L'adjonction de plomb à certain poids est en général considérée comme un ajust
ement du poids après la fonte. H. Abel a été amenée à penser que, dans certains cas,
cette adjonction avait pour but de mettre ces poids en correspondance avec les unités
pondérales utilisées depuis la colonisation : once portugaise, française, once troy ou
autre.
1. Voir pi. I et II.
2. Ce nom est quelquefois manifestement erroné. A l'aveu d'ignorance certains possesseurs préféraient l'affirma
tion fantaisiste.
3. Voir Journal de la Société des Africanistes, XXIV, 1, 1954, p. 9 et infra pi. I et II, p. 36. i
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UTILISATION DES POIDS A PESER L'OR EN CÔTE D'iVOIRE 35
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DES POIDS A PESER L'OR EN CÔTE D'iVOIRE 37 UTILISATION
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I. PAYS AGNI
Après un séjour en pays agni du 23 janvier au 9 février 1952, Henri Abel groupe
ainsi les renseignements recueillis :
« i° Quelques anciens se souviennent avoir entendu leurs parents dire que les
signes figurant sur certains poids représentaient des chiffres ; mais personne aujour
d'hui ne sait les reconnaître.
« 20 Pour un poids déterminé il existe toujours un poids « fort » pour acheter et
un « faible » pour vendre l'or. Ces poids cependant portent le même nom *.
« 30 S'intercalant entre les poids dont les noms sont connus, il existe de nombreux
poids intermédiaires qui n'ont aucun nom particulier ; ils sont tous nommés êdouma
hounou.
« 40 Les poids ne servent plus depuis de nombreuses années, et la grande majorité
des anciens qu'il m'a été donné d'interroger les détiennent par héritage et ne s'en
sont jamais servi.
« 50 Des sacrifices sont encore faits sur ces poids en souvenir des ancêtres.
« 6° Les Agni reconnaissent les poids en les pesant (après avoir établi une corre
spondance qui est la suivante) :
essan ou assan anumia 10 g (environ) 26 g (environ)
11 — 28 — bagua n'déa n'dua niua
12 — 32 — étêa anra niua
— Зб - anrui attatué 13
— — n'dua anrué risan 14 39
— — anraê 16 n'dua 42
— - êtté sue 48 18 anra san
— assénua 54 — 20 ta 50 à
— 64 - bagdoa ridé rida 22 banna
bandéa 24
Les collections montrées en pays agni, bien que plus riches que celles ultérieur
ement examinées en pays baoulé, ne semblent pas, d'après les documents laissés par
Henri Abel, avoir été explorées aussi complètement.
A Abengourou des renseignements sont donnés par Koreko Mian, Ousseynou
N'Doye, Amoikou, Eugène Boy et le bijoutier Kifou en présence du roi Bonzon II.
Les anciens se rappellent en partie la liste des poids donnée par Binger. Ils disent
qu'avant l'arrivée de Treich-Laplène la famille maternelle exigeait que les enfants
apprissent à reconnaître les poids et leur valeur. Le père était obligé de s'incliner et
d'envoyer les enfants auprès de celui qui pouvait les initier. Depuis l'ouverture des
écoles plus personne n'enseigne cette science aux enfants.
Dans la région ď Abengourou, en dehors du taku (3 graines) et du ba (2 graines), est
mentionné le sirokon-ba (6 graines). La graine de YAbrus ftrecatorius est appelée :
dama boë. Le bijoutier Kifou avait une graine noire, équivalent à 3 graines de VA brus
x. Ce fait a été mentionné par de nombreux auteurs. UTILISATION DES POIDS A PESER L*OR EN CÔTE D'iVOIRE 39
precatorius, qu'il appelait ma. Il a amené avec lui sa balance et ses poids, dont un
attatué de 35,5 g (162 taku), et des poids en boîtes de bijoutier (onces anglaises). Pour
reconnaître la valeur des anciens les bijoutiers les pèsent à l'aide de poids euro
péens (grammes ou onces) et en déduisent la valeur, soient en shillings, soit en francs x.
Un notable, Adieye Kouao, a 9 poids qui ont des valeurs très voisines (entre 5 et 9 g),
dont 7 font partie de différentes séries et valent chaque fois la moitié du poids-clé,
et un gua (planche III, fig. a-i).
Edouma Hounou possède un poids de 50 taku qu'il nomme éboufi *.
A Agnibellekrou Kouao Bile, roi des Diabé, Kangambia, Akapri et Marc Какой
(interprète) semblaient particulièrement heureux de parler de leurs poids et de donner
des renseignements :
Presque tous les chefs de famille possèdent encore leur balance et quelques poids et
s'en servent pour des prêts (comme différents auteurs l'ont mentionné). L'or prêté
étant mesuré avec les poids de la série faible ou féminine, l'or rendu avec les poids
de même nom, mais de la série forte ou masculine. La différence représentant l'inté
rêt du prêteur.
La plupart des anciens connaissent la liste des poids et leur valeur en grammes ;
mais souvent leurs renseignements sont incomplets et différents dans les détails. Cette
liste est celle établie par Binger en 1889.
Bourou Kouassi du village Bangoua possède un atakpi (planche III, fig. j).
Les anciens à Dammé n'ont que très peu de souvenirs. L'un d'eux dit : « Pourquoi
veux-tu que nous nous occupions de ces choses du passé ; nous avons les billets main
tenant. » Un autre nie que les dessins figurant sur les poids peuvent représenter des
nombres. Il n'en avait jamais entendu parler. Deux notables : Angaman-Bénié et
Kouan-Miéa, signalent que très jeunes ils apprenaient à estimer la valeur d'un poids
d'après sa forme.
A Sankadiokro un bijoutier rencontré ne travaille qu'avec des onces anglaises. Le
notable Apenapena possède une balance et des poids qui avaient appartenu à son
père et provenaient de la région de Ouellé (d'Andé Logouelé). Plusieurs des poids
sont intéressants, notamment un de 47,3 g (213 taku) : anan-n'san (f). Il a également
un poids de 10,5 g (47 taku) : gbangbandya, présentant douze dents ; mais il le nomme
assan. Les noms et la valeur des poids lui avait été enseignés par son père. Apenapena
n'a jamais entendu dire que les signes figurant sur les poids pouvaient représenter des
nombres. Il ajoute cependant que seul le propriétaire connaissait le nom et la valeur
des poids, ayant été initié par le propriétaire précédant.
Deux notables âgés : Amatakou et Akandiouré, étaient présents.
A Amélikia de très nombreux notables montrent de l'intérêt pour les poids. Kouassi
Assendé (pi. IV, fig. a-p) et Diémelou (pi. IV, fig. q-t) disent que les anciens « savaient
lire sur les poids avant qu'on ait commencé la récolte du caoutchouc ». Ils donnent
assez correctement l'équivalent des taku en grammes.
Le chef du village Aniassué, Anno Kabran (seul ancien dans le village) se souvient
du passage de Binger. Il possède quelques poids figurines : un chasseur, une chaise
de chef, un panier avec trois oiseaux et présente un poids de 526,85 g, mais ne peut
pas indiquer qu'il s'agit d'un tabourou (pi. V, fig. i). Il a été acquis par l'IFAN d'Abid-
sirokon 1. Renseignements ont la même valeur donnés : trois par Kifou graines. (v. J.dela Soc. des Africanistes, XXIX, 2, 1959, p. 279) ; donc ma, taku,
2. Voir l'Introduction, p. 34, Vasia des Ashanti. 40 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
jan *. Les poids géométriques appartenant à Anno Kabran sont particulièrement
intéressants étant en grande partie des multiples de huit (taku), ils pourraient appart
enir à la série des gua (pi. V, fig. a-i).
A Zaranou Jean N 'Guetta apporte deux collections de poids. La première lui avait
été léguée par Ehouman Kan (pi. VI), décédé avant 1910, et qui est une des plus
intéressante examinée sur le terrain. L'autre collection provient de N'Gouin Kouao
(pi. VII), décédé il y a aussi de nombreuses années. Parmi ces poids quelques petites
unités qu'on trouve rarement.
Какой Adom apporte le paquet contenant balance et poids en le nommant : dya.
Des poids géométriques simples ont selon ses dires servi à l'initiation des enfants ; il
est toutefois frappant que par exemple les poids de 2,7 g (12 taku), 5,4 g (24 taku),
6,1 g (27 taku) portent le même dessin (pi. VIII, fig. a-e). Kouakou Amien présente
quatre poids (pi. VIII, fig. f-j).
A Ebilassikrou le chef se montre inquiet et demande la raison cachée du désir,
exprimé par Henri Abel, de voir des poids. Une fois rassuré sur le but poursuivi les
notables apportent leurs poids, enveloppés dans de nombreuses étoffes. L'un d'eux
exprime le grand intérêt que les anciens portent à ces choses dont la connaissance
s'est perdue et qu'ils sont heureux de recevoir des renseignements à leur sujet. Un
certain nombre de ces poids ne sont que des reproductions et n'ont aucune significa
tion. Le chef montre ses poids en dernier, une trentaine dont vingt sont figuratifs et
anciens représentant antilopes, boucliers, cloches de guerre et quelques poids à forme
géométrique qui se situent en trois séries (pi. IX).
II. PAYSBAOULÉ
Henri Abel note le 7 mars 1952, après avoir séjourné à partir du 18 février en pays
baoulé :
« i° Dans l'ensemble, dans le pays baoulé, les collections sont moins importantes
que dans le pays agni.
« 20 Le plus grand poids qu'il m'a été donné de voir est le ta (sauf un ta-atakpi à
Bouaké).
« 30 Le nom des poids est encore assez bien connu à Toumodi, mais se perd de plus
en plus dans les régions de Tiébissou, Bouaké et Béoumi. »
Une liste de 17 poids a été notée :
anui-sue n'zié-nyon trakpàlé
tra n'zou-nyon simbari-fan
mokuê-nyon n'zouanzan simbari
n'zié-n'san kuabo bare
n'zou-n'san n'darasuê assan
mokué-risan bandya-suê
II semble intéressant d'inscrire ces poids suivant la répartition du tableau dressé
par Henri Abel et d'ajouter leur valeur en ba :
x. Il existe au British Museum un poids de 1877 g à dessin géométrique (1947-AF 13 488).