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Catholicisme populaire et hégémonie bourgeoise au Brésil / Popular Catholicism and the Hegemony of the Bourgeoisie in Brazil. - article ; n°1 ; vol.47, pg 53-79

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Archives des sciences sociales des religions - Année 1979 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 53-79
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1979
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Language English
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P-A. Ribeiro de Olivera
Catholicisme populaire et hégémonie bourgeoise au Brésil /
Popular Catholicism and the Hegemony of the Bourgeoisie in
Brazil.
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 47/1, 1979. pp. 53-79.
Citer ce document / Cite this document :
Ribeiro de Olivera P-A. Catholicisme populaire et hégémonie bourgeoise au Brésil / Popular Catholicism and the Hegemony of
the Bourgeoisie in Brazil. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 47/1, 1979. pp. 53-79.
doi : 10.3406/assr.1979.2173
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1979_num_47_1_2173Arch Sc soc des Rel. 1979 47/1 janvier-mars) 53 79
Pedro RIBEIRO DE OLIVEIRA
CATHOLICISME POPULAIRE
ET MONIE BOURGEOISE AU BR SIL
the commences characteristical relations ascension The of conflict in capitalistic of Brazil aspects the between agrarian in of the nature popular second bourgeoisie After Catholocism half and having of the the clerical XlXth and described birth having of century Catholicism new the analyzed social more with
the factors which have turned it into controversial force against
capitalism the underlines the links uniting clerical Catholicism
to the agrarian bourgeoisie
Presently there are among the basic ecclesial communities two
currents favourable to popular Catholicism The first turned to
wards the past would like to rehabilitate this type of Catholicism by
return to precapitalistic means of production The second
would like to use it as starting point to try to create new means
of religious expression of contestation and liberation
La pratique récente des communautés ecclésiales de base nom générique
des groupes de réflexion et action religieuse constitués par Eglise catholique
brésilienne dans des villages ruraux et certaines périphéries urbaines donné
une nouvelle dimension au problème du catholicisme populaire Celui-ci été
revalorisé par les communautés de base comme expression religieuse du projet
de libération des classes dominées et donc moyen de résistance hégé
monie bourgeoise Par conséquent le catholicisme populaire ne saurait plus être
considéré comme une défiguration du vrai catholicisme mais comme une
expression religieuse des classes dominées Ce tournant dans la pensée dû la
pratique de la pastorale populaire pose donc la question dans quelle mesure
le catholicisme populaire es-il une expression religieuse de la résistance des
classes dominées hégémonie bourgeoise
Pour répondre il faut inscrire analyse du religieux dans une analyse des
rapports de classes En étudiant la production religieuse dans le contexte de la
société globale nous tâcherons de voir dans quelle mesure le conflit entre le
catholicisme clérical et le catholicisme populaire aurait ses racines dans les rap
ports de classes entre dominants et dominés Or ce conflit entre le catholicisme
clérical et le catholicisme populaire pas toujours existé au Brésil en exami
nant sa genèse nous aurons une piste pour éclairer la situation présente
Les débuts de ce conflit se situent vers la fin du XIXe siècle quand Eglise
catholique au Brésil passe par un processus de profondes réformes internes dit
53 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
processus de romanisation Au cours de ce processus les évêques brésiliens
renforcent leurs liens avec le Saint-Siège et font venir Europe de nombreuses
congrégations religieuses pour prendre en main des écoles des hôpitaux des
paroisses et des missions en même temps ils mènent une action pastorale de
modernisation du catholicisme brésilien en luttant contre les croyances et prati
ques traditionnelles et en fa onnant le catholicisme brésilien sur le modèle du
catholicisme romain Europe Les diocèses se multiplient des séminaires sont
créés pour réformer le clergé diocésain et en augmenter le nombre les laïcs sont
organisés en de nouvelles associations religieuses la catéchèse est intensifiée les
autres religions sont attaquées Bref les évêques tâchent de se débarrasser une
tradition religieuse vieille de trois siècles pour adapter le catholicisme brésilien
au modèle romain postérieur au Concile Vatican et aux nouvelles conditions
sociales du Brésil au tournant du siècle
Or le processus de romanisation coïncide avec instauration du capi
talisme agraire au Brésil et avec ascension de la bourgeoisie agraire la position
de classe dominante Nous nous proposons de montrer il ne agit pas là une
pure coïncidence historique et que la romanisation doit être sociologique-
ment envisagée comme un processus de changement religieux correspondant
instauration du capitalisme agraire et aux exigences hégémoniques de la bour
geoisie agraire
est donc de la genèse du capitalisme agraire et des changements religieux
il entraîne que nous traiterons dans cette étude En faisant une analyse
du passé nous pourrons mieux comprendre enjeu du présent Autrement dit en
étudiant la genèse du conflit entre le catholicisme clérical et le catholicisme popu
laire nous nous proposons éclairer le problème actuel et pratique des rapports
entre les expressions religieuses et hégémonie de classe Pour exposer les résul
tats auxquels notre recherche est arrivée nous avons organisé les données en
trois parties La première porte sur le catholicisme populaire la deuxième sur la
fonction sociale du catholicisme populaire pour hégémonie de la classe seigneu
riale la troisième enfin sur instauration du capitalisme agraire et la roma
nisation
LE CATHOLICISME POPULAIRE
La notion de catholicisme populaire est sociologiquement très inadéquate
pour désigner ensemble des pratiques et représentations de la population catho
lique qui ne correspondent pas enseignement officiel du clergé adjectif
populaire la fois bienveillant et péjoratif la connotation de défiguration
Cet article inscrit dans le cadre une thèse de doctorat en sociologie Université
Catholique de Louvain sous la direction de Fr Houtart Je tiens le remercier de avoir
aidé revoir les études empiriques sur le catholicisme au Brésil dans un cadre théorique où le
religieux est mis en rapport avec la structure de classe
54 CATHOLICISME POPULAIRE
du vrai catholicisme implicitement ou explicitement assimilé au catholicisme
clérical Pour cette raison nous avions proposé dans des travaux antérieurs de
parler de du peuple s> pour marquer le fait de son enracinement
dans le peuple est-à-dire dans ensemble des classes dominées Cependant
expression catholicisme populaire est tellement répandue dans la littérature
sociologique que nous avons choisi de la garder tout en soulignant elle ne
désigne pas une fa on non orthodoxe de pratiquer la religion mais une expres
sion dans le code religieux catholique du mode de vie des classes dominées 2)
Dès les débuts de la colonisation portugaise au Brésil on trouve le catholi
cisme populaire comme expression religieuse des classes dominées En même
temps que entreprise coloniale portugaise faisait la conquête du territoire des
Indiens subordonnait ceux-ci Etat portugais et créait la classe seigneuriale
propriétaire de grandes extensions de terre et esclaves il se formait progressi
vement au Brésil une masse de paysans constituée par des colons pauvres des
Indiens assimilés la culture luso-brésilienne et anciens esclaves africains
affranchis Selon impression un voyageur européen de la fin du XIXe siècle
six millions habitants au moins naissent végètent et meurent presque sans avoir
servi leur patrie Ce voyageur parlait de cette masse paysanne qui tra
vaillait la terre dans une économie de subsistance avec une très faible production
pour le marché Restée en marge du système économique de grande lavoura
équivalent de la plantation des Anglais produisant des marchandises pour le
commerce exportation cette masse hommes libres vit de la petite lavoura
En général ces paysans cultivent un lopin de terre cédé par un grand propriétaire
foncier en échange de services divers mais on trouve aussi des petits proprié
taires et des métayers Cette masse paysanne qui nous le verrons se trouve dans
une situation de dépendance vis-à-vis de la classe seigneuriale est le principal
porteur du catholicisme populaire
cette masse paysanne ajoutent les classes moyennes constituées par les
artisans indépendants les petits commer ants les fonctionnaires les militaires et
les membres des professions libérales qui vivent dans les villes et qui développent
elles aussi une production religieuse propre 4)
est donc au sein de la population libre la masse paysanne et les classes
moyennes urbaines que se développe le catholicisme populaire La population
des esclaves soumise aux dures conditions du travail dans les fazendas de grande
II faut ajouter que la notion de catholicisme populaire joue une fonction impor
tante dans la pensée cléricale cause de son ambiguïté en classant comme catholicisme
populaire les pratiques et représentations religieuses du peuple le clergé reconnaît il
agit de catholicisme mais en même temps il lui donne une connotation dépréciative Par
conséquent les et du peuple ne sont pas mises en dehors
du système religieux catholique ce qui permet le maintien une unité religieuse malgré les
contradictions objectives entre le catholicisme populaire et le catholicisme clérical Pour une
critique et une autocritique de la notion de catholicisme populaire cf P.A RIBEIRO DE
OLIVEIRA Catolicismo do povo in P.A RIBEIRO DE OLIVEIRA VALLE ANTO-
NIA2ZI Evangeliza comportamento religioso popular Petropolis Vozes 1978 pp 22-24
Cit par CAPONE Republica velha institui es classes sociais Paulo
DIFEL 1975 148
Cf PRADO Jr. Forma do Brasil contemporâneo Paulo Brasiliense 1977
pp 279-297
55 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
lavoura ou dans les mines au XVIIIe siècle conserve les religions africaines en
les syncrétisant avec le catholicisme et produit ainsi des expressions religieuses
propres il pas lieu analyser ici
Le catholicisme populaire se caractérise par le culte des saints et par orga
nisation de ses agents partir des laïcs Il faut donc analyser ces éléments essen
tiels avant examiner leur fonction sociale dans la société seigneuriale
Les saints occupent une place centrale dans le catholicisme populaire Ils
sont con us comme des êtres humains qui ayant accédé une place spéciale au
ciel peuvent intercéder efficacement auprès de Dieu pour les hommes La notion
courante de saint est donc beaucoup plus large que celle des saints canoniquement
reconnus par le magistère ecclésiastique Elle renferme une grande variété êtres
surnaturels ou sumaturalisés elle inclut dans la catégorie de saint outre
les saints canonisés les personnages de Jésus et de Marie le Saint-Esprit sous
la dénomination le Divin Dieu le Père sous la dénomination Père Eter
nel et les âmes des défunts qui en vertu une vie exemplaire de leurs souf
frances sur terre de leur bonté ou de manifestations de prodiges avant ou après
la mort sont censées être auprès de Dieu Chacun de ces êtres est un saint et
comme tel peut être objet un culte plus ou moins formel de prières invoca
tions de ux et jouer le rôle de protecteur ou allié céleste des hommes
Les saints bien sûr sont au ciel homme se met en relation avec eux par
la médiation de leur image celle-ci est plus une représentation symbolique du
saint elle est en quelque sorte la présence du saint sur terre est image objet
du culte des actions de grâce mais aussi des punitions que parfois on inflige au
saint qui ne répond pas attente de ses fidèles Même si ces punitions ne sont
pas fréquentes elles sont significatives de la présence du saint dans image ainsi
quand un saint patron auquel on demandé la pluie ne fait pas pleuvoir il est
retiré de autel de la chapelle au jour où il pleut ou bien quand saint
Antoine obtient pas un mariage pour la fille qui le lui demandé sa statue
tourne le dos dans sa niche ou bien sera privée de enfant Jésus elle porte
au jour du mariage Le saint et image sont tellement unis que quand on
fait un par exemple au de tel sanctuaire ce doit être accompli
là où se trouve ce saint et pas ailleurs Enfin comme signe de respect pour image
du saint on ne parle jamais acheter une image le verbe employé est échan
ger on échange une image de saint contre de argent
Le catholicisme populaire est structuré autour du culte des saints Dieu
créateur et maître du monde dont tout et tous dépendent rentre comme prin
cipe explication du mais il est pas objet de culte Les saints sont les
alliés célestes des hommes soit en tant que groupe le saint patron un village
une ville un groupe professionnel une famille soit en tant individus
chacun ayant ses saints attitrés qui le protègent En tant allié céleste le saint
pas un rôle spécifique il est censé faire tout ce il peut pour rendre heu
reuse la vie de son protégé sur terre et lui accorder une place au ciel après la
mort Le fidèle de son côté doit rendre un culte permanent son saint attitré
il aura son image chez lui ou il est trop pauvre pour en avoir une il aura au
moins une reproduction découpée dans un livre ou un calendrier) il fera des
prières régulièrement auprès de cette image il participera la fête du saint il
tâchera de faire un pèlerinage au sanctuaire où se trouve image miraculeuse de
son saint Bref il se montrera un fidèle qui accomplit toutes ses obligations vis-
à-vis du saint pour que celui-ci soit content et lui accorde toutes les grâces dont
56 CATHOLICISME POPULAIRE
il besoin sur terre et une place au ciel Le saint objet une dévotion individuelle
peut être le saint patron local ou non Tandis que le saint patron la charge de
procurer le bien-être la communauté de ses fidèles le saint de dévotion indivi
duelle plutôt en charge le bonheur de son protégé sur cette terre et après la
mort 5)
Dans les villes le culte des saints était organisé par les confréries Issues
des anciennes corporations médiévales les confréries se sont développées quand
les corporations ont perdu leur fonction économique organiser exercice des
activités professionnelles et ont gardé que la fonction religieuse de culte au
saint patron Quelques confréries du Brésil au XIXe siècle avaient encore des traits
corporatifs mais en général elles étaient que des associations privées rassem
blant les fidèles un même saint Il est important de noter que les confréries étaient
des personnes juridiques reconnues par le droit puisque le régime du patronat
de Etat sur Eglise impliquait la reconnaissance juridique des associations
but religieux) et gouvernées par un bureau élu par les confrères Elles
étaient donc des associations de laïcs et non des associations religieuses parois
siales Selon leurs ressources économiques les confréries se construisaient une
chapelle avec un cimetière parfois assez modeste dans les villes principales et
les régions minières ces chapelles étaient richement décorées et parfois dépas
saient de loin en magnificence les églises mères Les confréries fonctionnaient
aussi comme une sorte institution entraide pour les confrères et parfois
comme des organismes de charité pour les pauvres et les malades surtout les
confréries de la miséricorde)
Les confréries de divers types compris les tiers-ordres ont été importantes
surtout dans les villes et dans les régions minières où la concentration des
richesses leur permettait organiser de grandes fêtes religieuses rivalisant souvent
entre elles pour éclat donné aux festivités côté des célébrations officielles
telle la procession de la Fête-Dieu elles organisaient autres fêtes particu
lières et avant tout celle du saint patron précédées de neuvaines solennelles
Les confréries avaient aussi comme tâche assurer leurs membres des funé
railles chrétiennes souvent elles avaient leur propre cimetière prenaient en
charge enterrement des confrères et faisaient dire la messe du septième jour pour
leur âme 6)
Les confréries organisées avec un statut juridique qui ont attiré attention
de tant historiens sont le fait des villes et surtout des classes aisées Les esclaves
et les noirs aussi forment leurs confréries dont ils font un moyen pour la conquête
Plusieurs ouvrages analysent la figure des saints dans la tradition catholique luso-
brésilienne et leur culte Je signale ceux qui me semblent les plus intéressants Eduardo HOOR-
NAERT Cristandade durante primeira época colonial HOORNAERT et al Histo
ria da Igreja no Brasil Petropolis Vozes 1977 pp 344-353 Luis da MARA CASCUDO
Dicion rio do Folclore Brasileiro vol Rio de Janeiro Ed de Ouro 1969 Eduardo GALVAO
Santos Visagens Paulo Cia Ed Nacional 1955 eh Donald PIERSON Cruz das
Almas Rio de Janeiro Jose Olympic 1966 Pour un aper synthétique Pedro RIBEIRO DE
OLIVEIRA Catolicismo popular como base religiosa CEI suppi 12 pp 3-12
Un travail de synthèse sur les confréries est celui de Riolando Azzi Osleigos na
vida religiosa do Brasil Rio de Janeiro CERIS 1969 eh II dactyl
57 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
de leur liberté et pour préserver clandestinement leurs liens ethniques mais
la grande masse de la population la masse rurale organise pour le culte reli
gieux sous des formes beaucoup plus modestes
Dans la zone rurale association religieuse typique est celle qui se forme
autour de la chapelle locale Chaque village chaque hameau sa petite chapelle
érection une croix est généralement le premier signe de la présence des
chrétiens La croix fut utilisée par les Portugais la fois comme signe de conquête
du territoire et comme signe un lieu de culte Elle signale la des transitoirement sur territoire elle signale aussi un lieu de prière
une sépulture ou un emplacement réservé la dévotion aux âmes des défunts
Quand un groupe établit de fa on permanente dans un endroit le lieu de culte
marqué par la croix devient progressivement plus grand Une niche avec une
image sera annexée la croix le peuple rassemblera pour prier et un jour
une chapelle sera construite soit initiative un individu ou une famille
en général pour accomplir un ou en action de grâces soit initiative
de la communauté
J.O Beozzo en analysant la fonction de la chapelle pour les populations
rurales attire attention sur le fait que son espace est pas fait pour protéger
autel et la messe mais bien pour abriter image du saint Plus vaste est espace
devant la chapelle lieu de réunion du peuple le jour de fête Il est extension de
espace interne le jour de fête le mât du saint levé en dehors de la chapelle
exprime symboliquement la propriété du saint sur tout espace environnant
La chapelle bien sûr son petit autel autour duquel sont disposées les images
des saints et devant lequel le prêtre dit la messe le jour de sa visite la commu
nauté en principe une fois par an pour célébrer les baptêmes les mariages et
donner la confession et la communion annuelles ce est cependant pas en
fonction de la messe que la chapelle est construite mais bien en fonction du
culte des saints
La chapelle rurale est propriété commune du village ou un groupe de
hameaux Une personne ou une famille prend sa charge entretien de la
chapelle elle la nettoie la garde et ouvre pour les prières et les neuvaines
Souvent le sacristain est en même temps le rezador est-à-dire la personne qui
connaît les prières et les chants religieux et qui est donc apte diriger les actes
de culte collectifs Ce peut être un homme ou une femme et rien empêche
une communauté en ait plus un Il est point payé pour ses services reli
gieux et ne se distingue des autres habitants du village que par ses fonctions
religieuses La fa on dont il organise le culte varie beaucoup mais en général les
actes de culte les plus fréquents sont la récitation du chapelet les dimanches et
jours fériés les neuvaines la suite du décès un membre de la communauté
la fête du saint patron les prières collectives occasion de catastrophes natu
relles sécheresse inondations etc.) et aussi les prières demandées par un
Cf Julita SCARANO Devo escravid Paulo Cia Editora Nacional 1976
Ce sujet est aussi une des thèses centrales de Roger BASTIDE Les Religions africaines au
Brésil Paris P.U.F. 1960
Cf José Oscar BEOZZO Irmandades santu rios capelinhas de beira de estrada
Revista Eclesi stica Brasileira 38 décembre 1978 pp 741-758
58 CATHOLICISME POPULAIRE
membre du groupe en accomplissement un Le rezador ne jouit aucun
statut ecclésiastique et son rôle peut être défini comme un rôle mérité il est
rezador parce il est socialement reconnu apte organiser les actes
collectifs de culte
Parfois les chapelles rurales sont aussi la charge une modeste confrérie
locale beaucoup moins institutionalisée que les confréries urbaines mais qui
comme elles prend sa charge la promotion de la fête du saint patron et entre
tien de la chapelle Dans ce cas le sacristain est un membre du bureau directeur
de la confrérie Galv dans son étude classique sur la vie religieuse dans une
petite ville amazonique décrit minutieusement organisation du culte des saints
par les confréries populaires Bien que son étude se rapporte une période rela
tivement récente 1948) les conditions de vie de la population étudiée sont fonda
mentalement les mêmes que celles des populations rurales du XIXe siècle de
petits groupes dispersés sur un vaste territoire faible niveau productif et struc
turés sur des rapports de production précapitalistes des travailleurs libres pro
duisant principalement pour leur subsistance et dépendant de quelques proprié
taires terriens ou des acheteurs de caoutchouc qui absorbent le surplus de leur
production étude Galv décrit la vie religieuse de cette population et
conclut que le culte des saints les saints patrons et les saints de dévotion
des hameaux et des villes est le noyau de la dévotion du groupe Ce culte
exprime principalement par les fêtes des saints auxquelles prend part toute la
collectivité Ces fêtes sont organisées par les confréries locales qui outre leur
fonction religieuse assument la fonction organisme social qui fournit au groupe
sa base de cohésion 9)
Les chapelles et les agents religieux qui leur sont attachés forment donc la
base matérielle et sociale de la vie religieuse des classes populaires Malgré leur
variété régionale et les différences entre les chapelles urbaines et rurales elles pré
sentent toutes un trait commun organisation du culte des saints par des agents
religieux laïcs est-à-dire marginaux appareil ecclésiastique sous contrôle du
clergé Mais les chapelles ne sont pas les seuls éléments organisation de la vie
religieuse Celle-ci est organisée aussi au niveau domestique et au niveau régional
Au niveau régional on trouve les sanctuaires qui sont en quelque sorte le
complément culturel des chapelles Leur origine remonte des chapelles cons
truites non pas pour le culte une communauté locale mais dans des endroits
isolés un miracle ou la présence un ermite aurait rendus sacrés existence
ermitages est signalée depuis le XVIe siècle ils attirent des gens qui viennent
demander conseil ermite faire des prières des ux ou se procurer la pro
tection surnaturelle des saints est partir du XVIIIe siècle que le nombre
ermites devient plus grand Leur devise est souffrir et aimer 10 Au Brésil
ce renouveau spirituel est dû non pas aux clercs mais aux laïcs qui pour une
raison ou pour une autre quittent le monde pour adonner la vie ascétique et
la prière dans des ermitages Parfois ils se groupent en constituant de petites
communautés érémitiques ou des confréries qui prennent soin de ermitage et
GALV op cit. 186
10 Cf Eduardo HOORNAERT Evangeliza do Brasil durante primeira época
colonial in HOORNAERT et al. op cit. pp 94-109 et aussi Azzt op cit. eh
59 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
accueillent les pèlerins Au fur et mesure que le mouvemnt des pèlerins augmente
ermite se fait reconnaître par autorité ecclésiastique ce qui lui permet de cons
truire un sanctuaire est donc autour de la personne de ermite ou bien autour
une confrérie établie dans un endroit censé miraculeux que se constituent les
sanctuaires Ils sont les sources inspiration de la foi et de espérance du
peuple de intérieur Eloigné du catholicisme officiel privé de la présence du
prêtre et du missionnaire sauf pour la visite annuelle de distribution des sacre
ments le peuple affermit dans la foi par son attachement aux sanctuaires Ceux-
ci se trouvent sur les routes de pénétration vers intérieur du pays le long des
rivières répandus un peu partout et nourrissent la foi du peuple Le peuple
vient accomplir ses ux se confesser faire baptiser les enfants se marier ...
Le sanctuaire est dans isolement de intérieur une présence vivante qui évoque
pour les fidèles leur appartenance une communauté plus large visible et invi
sible celle des fidèles sur la terre et celle des saints au ciel image du sanc
tuaire et celle du saint sont rapportées chez soi quand on revient du pèlerinage
et sont intronisées dans le culte familial Les prières en famille auprès du saint et
du tableau du sanctuaire gardent vivant le lien entre les fidèles et le sanc
tuaire 11 Dans les villes aussi en général sur une colline des alentours on
trouve parfois un dont la fête attire un grand nombre de pèlerins
Au niveau familial est le petit oratoire domestique parfois un simple
coin de mur où sont fixées les images saintes qui marque le lieu culte où la
famille se réunit pour prier Dans les maisons de maître des fazendas oratoire
domestique qui était parfois une chapelle côté de la maison était le lieu
où le propriétaire réunissait les esclaves pour prier et aussi pour leur accorder sa
bénédiction Freyre dans son ouvrage classique attire attention sur le fait
que oratoire du seigneur est le trait union entre la maison seigneuriale et la
maison des esclaves est par la médiation de la religion que esclave peut avoir
accès aux quelques bénéfices accordés par la grâce de son maître pour oublier
oppression laquelle il le soumet indirectement travers intendant 12
inverse des chapelles des hameaux ruraux la chapelle des fazendas appartenait
au propriétaire foncier et le rôle de sacristain et de rezador était confié un
membre de la famille du propriétaire ou bien un prêtre qui servait de chapelain
et de précepteur des enfants du propriétaire Dans les fazendas les esclaves
avaient donc point la relative liberté religieuse dont ils jouissaient dans les
villes le culte religieux était organisé par la famille du propriétaire ou par un
de ses préposés de préférence un prêtre attaché la famille 13)
Les oratoires domestiques les chapelles de fazenda les chapelles rurales
les chapelles des confréries urbaines et les sanctuaires constituent pour ainsi dire
le support matériel du culte religieux différencié selon les classes sociales Dans
les rurales la masse paysanne exprime sa condition de vie par le culte
11 J.O BEOZZO op cit.
12 Gilberto FREYRE Maîtres et Esclaves tr Bastide) Paris Gallimard 1952 en
fait un tableau idyllique Ce christianisme domestique lyrique festif de saints compères
et de saintes commères de Nôtre-Dames marraines des enfants qui créé chez les nègres
les premières liaisons spirituelles morales et esthétiques avec la famille et la civilisation bré
siliennes 304)
13 Ibid. 350
60 CATHOLICISME POPULAIRE
des saints dans sa chapelle privée de la fazenda la classe des propriétaires se
sert du catholicisme pour domestiquer ses esclaves dans les chapelles des confré
ries les classes urbaines expriment leur existence et leur statut social en promou
vant les fêtes religieuses Cette variété expressions religieuses est bien exprimée
dans la formule qui décrit le catholicisme antan beaucoup de saints peu
de prêtres beaucoup de prières peu de messes
Cependant le catholicisme des classes dominées est pas un système reli
gieux séparé du du clergé qui est la religion officielle de Etat au
Brésil Bien que les représentations et les pratiques enseignées par le clergé soient
réinterprétées par les classes dominées et acquièrent autres significations que
celles attribuées par le clergé 14) il une homogénéité fondamentale au niveau
des symboles religieux Les sacrements et la messe dont le clergé garde le mono
pole expriment cette unité fondamentale du catholicisme comme système religieux
de ensemble social Le clergé par le travail missionnaire de conversion et de
ressourcement religieux et par assistance religieuse la population assure ce
consensus religieux fondamental qui permet aux différents groupes sociaux de se
reconnaître comme faisant part du même ensemble social Il donc des rap
ports dialectiques entre les expressions religieuses propres chaque classe ou
groupe social et le consensus religieux fondamental dans la mesure où il en existe
entre les agents religieux laïcs de chaque groupe ou classe et les agents cléricaux
qui assurent le religieux Or ce consensus religieux est fondamental
pour la reproduction des rapports sociaux de domination est-à-dire les rap
ports sociaux par lesquels la classe des grands propriétaires fonciers assure sa
domination sur la masse paysanne est vers analyse de cette domination et de
sa transformation lors de émergence des rapports sociaux de type capitaliste
que nous tournons notre attention
II LE CATHOLICISME ET MONIE SEIGNEURIALE
On peut distinguer au sein du catholicisme deux séquences de représentations
et pratiques religieuses celles qui concernent la relation avec la nature et celles
qui concernent les rapports sociaux Dans la première on trouve les représen
tations et les pratiques qui servent expliquer des phénomènes naturels et
permettre leur maîtrise symbolique par le recours aux forces naturelles est dans
cette séquence on retrouve une part le culte des saints protecteurs et
autre part les rituels de type magique de la benze ao est-à-dire les prières
et les rituels de bénédiction par lesquels on opère des guérisons et on obtient la
protection surnaturelle contre les forces adverses de la nature est vers la
deuxième séquence que nous tournons notre attention puisque là que le
catholicisme fonctionne comme instrument hégémonie sociale
14 Cf excellent ouvrage de Eduardo HOORNAERT Forma do Catolicismo Bra
sileiro 1550-1800 Petropolis Vozes 1974 pp 98-124
61