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Christianisme et différenciation ethnique. Les catholiques de la Basse Betsiboka / Christianity and Ethnic Différenciation. Catholics in Lower-Betsiboka. - article ; n°1 ; vol.57, pg 103-113

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Description

Archives des sciences sociales des religions - Année 1984 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 103-113
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1984
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Language English
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Exrait

Bernard Chandon-Moët
Christianisme et différenciation ethnique. Les catholiques de la
Basse Betsiboka / Christianity and Ethnic Différenciation.
Catholics in Lower-Betsiboka.
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 57/1, 1984. pp. 103-113.
Citer ce document / Cite this document :
Chandon-Moët Bernard. Christianisme et différenciation ethnique. Les catholiques de la Basse Betsiboka / Christianity and
Ethnic Différenciation. Catholics in Lower-Betsiboka. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 57/1, 1984. pp. 103-
113.
doi : 10.3406/assr.1984.2309
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1984_num_57_1_2309Arch Sc soc des Rel. 1984 57/1 janvier-mars) 103 113
Bernard CHANDON-MOET
CHRISTIANISME ET DIFF RENCIATION ETHNIQUE
LES CATHOLIQUES DE LA BASSE-BETSIBOKA
MADAGASCAR
highland generations in however lics One the tenth Most madagascan they regions of the have these oflmerina population been province baptized settled or of catholics Betsileo lower in Mahajanga this Betsiboka region in were the are originally center of Boina which baptized of for the is from located several island catho the
As for the native population belonging to the akalova ethnic
group it has hardly been touched by Christianity The akalova
considered catholic as well as protestant converts as having been
far too compromised from their association with the european co
lonizer to resist imitating his behavior Conversion to Christianity
was thus identified with the adoption of an alien way of life The
formation of parishes at the turn of the century accentuated the
regrouping of these immigrants into distinct community in
which their specific cultural identity was expressed Christian
education and practice also served to strongly emphasize their
differences from the non-christian akalova Although this deter
mination to maintain distance has perceptibly diminished over
the past fifteen years it has nevertheless left traces which are rea
dily identifiable even today
Le fleuve Betsiboka est un des éléments principaux du réseau hydrographi
que qui descend des Hautes Terres de Madagascar et irrigue le large bassin du
Boina au nord-ouest Dans cette région comprise entre la Mahavavy du sud et
la Sof au nord la population originaire akalova est souvent minoritaire mais
son empreinte culturelle est forte Le souvenir des rois akalova du Boina se
perpétue toujours Les immigrants nombreux dans cette région ont été attirés
par la fertilité des terres alluvions Ils ont abord suivi les armées Merina vic
torieuses des akalova au début du dix-neuvième siècle et se sont vraiment ins
tallés en nombre partir de la domination coloniale importants travaux as
sainissement et de drainage commencés dès 1910 sur la plaine de Marovoay
poursuivis ensuite sur la zone inondée par le confluent Betsiboka-Kamoro plai
nes Ambato-Boeni et Madirovalo) ont ouvert de vastes périmètres de cultures
Les réquisitions coloniales et le recrutement de main-d uvre salariée ouver
ture de routes et appel de terres riches ont ainsi provoqué et suscité installa
tion de cultivateurs venant de différentes régions de Ile
103 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
La répartition ethnique signalée dans les monographies de sous-préfectures
de 1975 paraît hui toujours recevable Pour les deux vondrona-
na de Marovoay et Ambato-Boeni la population Sakalava dépasse de très
peu la population Merina chacune constituant presque le cinquième de ensem
ble Puis les originaires du Betsileo devancent ceux qui viennent du sud-est ap
pelés Betsirebaka dans le nord-ouest Korao dans le Menabe) chaque groupe
formant de 12 15 de ensemble Les Antandroy venant du sud et les Tsi-
mihety venant du nord constituent chacun de de la population et peut-
être plus heure actuelle Tels sont les principaux groupes immigrants qui
continuent ailleurs sauf peut-être pour les Merina de bénéficier de nouvelles
arrivées
Cette diversité ethnique marque ainsi depuis bientôt un siècle cette région
instar des principales plaines de ouest Leur cohabitation sur ces terres ri
ches et convoitées été et reste marquée principalement par le règlement des
conflits fonciers et matrimoniaux et par des arrangements pour les attributions
de charges politiques et administratives Une acculturation réciproque enrichi
les uns et les autres touchant principalement les activités agricoles les usages
vestimentaires habitat ainsi que le domaine des croyances
Les fidèles de religion chrétienne rencontrés au cours enquêtes effectuées
durant plus un an en 1980 et 1981 ne reflètent pas hétérogénéité ethnique de
ensemble de la population Ils sont pour la plupart originaires des Hautes Ter
res dont les populations Merina et Betsileo ont connu le christianisme plusieurs
décades avant la main-mise coloniale fondation des temples et des églises
est née presque partout de initiative un noyau de fidèles émigrés des Hautes
Terres émulation sinon la rivalité entre confessions servant parfois aiguillon
Le souci de se distinguer des Sakalava païens qui ont pourtant pas eu une
attitude systématiquement hostile au christianisme paraît avoir été dominant
Les marques laissées par ce comportement de repli constituent objet de cette
étude
QUATRE SITUATIONS-TYPES
Le Sakalava une image péj orée
Dans une localité de plus de 1500 habitants
Madame est assise derrière étal de son petit commerce alignent en
petits tas des fruits de son verger et quelques produits de consommation cou
rante dont elle fait provision chaque semaine la ville pour satisfaire la de
mande des villageois
Assis côté elle je interroge sur le dernier client servi qui était accom
pagné de sa femme et de trois petits enfants est un Sakalava me dit-elle Et
elle énumère avec volubilité les défauts si caractéristiques après elle de en
semble de ethnie malpropreté du corps comme du vêtement volonté de vi
part maintenance des enfants dans ignorance. enregistre la diatribe et re
tiens mon étonnement car la vendeuse est une catholique pratiquante et membre
104 CHRISTIANISME ET DIFF RENCIATION ETHNIQUE
des Enfants de Marie Précisons encore elle est originaire de Imerina
mais installée dans le Boina depuis bien vingt-cinq ans
est-elle laissée emporter par une humeur passagère Elle ne paraissait
pas connaître ce client plus un autre et celui-ci avait fait tranquillement le
choix de ses achats Il semble bien plutôt elle dévoilait une image sociale as
sez courante Mais provoquée ensuite par une question sur ce qui pourrait être
apprécié chez les akalova Madame très nettement corrigé cette image en
leur reconnaissant une grande qualité accueil jointe une discrétion rare
On enumererà souvent également soulignés ces défauts et ces qualités
Mais il est remarquable que est toujours image péjorée qui est spontanément
présentée
Une appartenance impensable
Morovoay
Une ur qui travaille depuis plusieurs années Marovoay aidant sans
distinction ethnie ou de religion des familles très pauvres ou ayant un parent
malade surmonter leur handicap occasion un jour de rendre visite une
femme akalova elle ne connaissait pas Après être entretenue avec elle des
soucis qui lui pesaient elle se hasarde lui demander (Est-ce que vous êtes
chrétienne?) La réponse suivit simple et immédiate (Comment mais je suis
akalova
incompatibilité de appartenance ethnie avec appartenance glise
est ici affirmée sans détour
La marque une relégation
Dans une localité un peu importante de la région je rends visite en compa
gnie du président de la paroisse catholique un couple âge mûr originaire de
Farafangana sud-est de Ile Après les présentations usage les échanges or
dinaires de nouvelles sur le temps les cultures les enfants charge le chef de
famille répond sans réticence mes questions
Venu en cet endroit époque des réquisitions coloniales dans les années
trente il souligne crûment la manière dont lui et ses compagnons Betsirebaka
ont alors été mis part On rien trouvé de mieux que de leur allouer pour
construire leurs maisons endroit où les habitants jetaient leurs ordures Tou
jours restés entre eux au fur et mesure des arrivées ils ont aménagé leur quar
tier Relativement sain en saison sèche ce quartier reste toutefois très insalubre
en saison des pluies le sol des ruelles est presque au niveau de la surface de
eau des rizières toutes proches Le terre-plein des maisons est peu surélevé les
matériaux de construction sont le bois et la tôle Le quartier voisin bâti sur un
sol plus élevé ne compte presque que des maisons de briques construites par des
habitants originaires des Hautes Terres immigrants installés de longue date
dont beaucoup sont chrétiens
Le couple qui nous accueille est catholique et même marié église On ne
les voit pourtant jamais participer la prière du dimanche de même que les
105 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
quelques autres baptisés du quartier Pour en expliquer mon interlocuteur re
prend la raison commune beaucoup immigrants même installés depuis long
temps ils sont venus ici pour se faire de argent et consacrent tout leur temps
Mais les effets de la relégation sociale dont ils ont été ici objet dans le passé ne
se font-ils pas aussi sentir Leur marginalisation par rapport glise peut se
lire comme une réponse leur au plan social laquelle tous les
habitants de la cité chrétiens ou non ont au moins tacitement participé Car la
marqua de leur relégation reste vivante maintenant rares sont les chré
tiens sur place qui reconnaissent ce fait
Une communauté chrétienne qui étiole
Morarano village situé une douzaine de kilomètres au nord-ouest
Ambato-Boeni
Le journal tenu par les prêtres desservant la région fait part des efforts ré
itérés pendant sept ans pour inciter les chrétiens de ce village manifester leur
foi chrétienne La visite du prêtre sur place suscite un certain intérêt mais cha
que fois ce est un feu de paille car les prêtres apprennent ensuite que le di
manche est plus occasion aucune réunion Par trois fois un certain élan
semble avoir été retrouvé comme en témoigne la décision prise de reconstruire
église totalement délabrée il eut un début exécution le prêtre participant
lui-même au travail des hommes coupe des arbres dans la forêt proche trans
port en charrette pose des premiers piliers Puis le Père reparti tout reste en
état et bientôt les bois coupés pourrissent là où on les avait posés
mon passage dans ce village il avait deux ans que la dernière tentative
avait eu lieu Le site de église sur lequel se dressaient encore quelques pieux
servait de parcs pour les ufs de trait des habitants des maisons voisines
Parmi les quelques chrétiens rencontrés seul celui qui me guidait et qui vient
quelquefois rendre visite aux prêtres Ambato-Boeni me donna part quelques
explications
il une quinzaine années encore les chrétiens catholiques ori
ginaires Imerina et du Betsileo presque tous regroupés dans un même quartier
un kilomètre du village akalova étaient assez fidèles la prière du dimanche
En remontant aux années cinquante mon interlocuteur se souvient une partie
de la population akalova était attirée par la prière chrétienne Puis elle est peu
peu retirée Le doany de Betsihoka trois kilomètres de là haut lieu de culte
pour toute la région retrouvé ces dernières années une attirance il semblait
avoir perdu naguère Il lui semble autrefois est plutôt vers glise que
se tournaient les regards alors que maintenant le doany attire davantage les
gens ils soient akalova ou non
Je noterai dans mes tournées un certain nombre de cas où le même mouve
ment se dessine même si est de fa on moins nette il pas adul
tes convaincus pour animer les réunions de prière et assurer le relais avec le prê
tre qui visite sur place tous les trois mois environ la vitalité de la communauté
chrétienne décroît entretien du bâtiment ecclésial est un des signes de cette vi
talité Mais le désir de refaire une église exprimé lors de la visite du prêtre peut
servir masquer momentanément la perte effective de sens du symbole que re
présente le bâtiment prévu pour la réunion de prière
106 ET DIFF RENCIATION ETHNIQUE CHRISTIANISME
Comme en bien autres endroits la religion chrétienne est trouvée peu
peu associée un regroupement de caractère ethnique La coupure avec la popu
lation originaire qui repose sur une opposition entre le doany et église vise
protéger les chrétiens du monde païen incroyant Uentily ou Jentilisy tsy-
mpinà Mais les chrétiens de par leur condition immigrants-paysans recon
naissent chez les akalova un pouvoir sur des forces liées la terre et aux ancê
tres locaux ils désirent se concilier où la fragilité de beaucoup de ces
communautés chrétiennes repliées sur elles-mêmes pour entretenir leur foi mais
participant une condition paysanne commune comportant des échanges et des
obligations parfois per us comme incompatibles avec adhésion chrétienne
AFFIRMATION DE LA DISTANCE
La mémoire du groupe
Lorsque les chrétiens sont invités faire la relation historique de leur pa
roisse ils associent la fondation de leur église avec celle du village ils habi
tent Le recul du temps renvoie image une fondation simultanée Les noms
des premiers chefs de famille qui se réunirent pour prier sont évoqués la com
munauté les retient autant plus facilement que certains de leurs descendants
sont toujours présents au village exactitude de la relation se trouve en partie
vérifiée par la concordance des témoignages recueillis auprès des anciens de la
communauté chrétienne qui sont les fils ou petits-fils des fondateurs
environnement géographique et humain apparaît jamais dans le récit
La mémoire laisse ainsi de côté tout le démêlé des relations avec la population
akalova locale Or est auprès elle que ces chrétiens qui émigraient des Hau
tes Terres obtenaient un emplacement pour bâtir leurs maisons et des terres
défricher Il en fut de même ils décidèrent édifier une église Le quartier
habité par ces immigrants soit il jouxte le village akalova soit il en soit
distant de quelques centaines de mètres ne re oit pas de nom distinct de celui de
ensemble villageois qui intègre de même le quartier souvent aussi ancien ha
bité par les Betsirebaka Tous ces habitants constituent une même assemblée vil-
lageoise ifokonolona Ce est que dans les localités regroupant au moins cent
deux cents maisons que ces quartiers peuvent se distinguer par des noms diffé
rents Pourtant lorsque les chrétiens rappellent les débuts de leur communauté
ils isolent entièrement de ensemble villageois au sein duquel elle pourtant
tissé des liens sociaux très étroits
Ceci serait peut-être moins surprenant si la population akalova avait radi
calement refusé le christianisme Mais ce est pas le cas Dans beaucoup de vil
lages on trouve une ou autre famille akalova dont les membres les plus âgés
ont été baptisés Et dès les premières années de évangélisation par les Pères de
la Congrégation du Saint Esprit au début du siècle il eut des baptêmes chez
les akalova comme en attestent les registres
La coupure du groupe chrétien comme tel avec ensemble villageois qui
exprime par une adhésion chrétienne de plus en plus réservée aux immigrants
107 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
venus des Hautes Terres paraît le résultat un processus de repli assez étalé
dans le temps après les témoignages des chrétiens les plus âgés hui
dont quelques akalova cet isolement de la communauté chrétienne com
mencé de affirmer dans les années trente alors il avait un très fort afflux
immigrants
Le bâtiment ecclésial
attachement très vif des chrétiens église comme bâtiment du culte re
lève autant de adhésion une foi commune que de la volonté de dresser un si
gne qui renforce leur cohésion et souligne leur spécificité La construction de
église matérialise le lieu de rassemblement et offre un repère objectif et perma
nent au milieu des habitations Il peu années encore on pouvait compter
sur le zèle de tous les baptisés ainsi que de sympathisants pour bâtir ou refaire
une église Les hommes particulièrement venaient nombreux alors ils ne
empressent guère hui
Assez souvent une émulation entre catholiques et protestants entretenait ce
zèle Mais on voulait aussi en érigeant le bâtiment chrétien souligner la distinc
tion avec le lieu sacré des akalova Ce dont le langage des chrétiens garde au
hui la trace en effet il souligne volontiers opposition qui existerait entre
le doany réservé aux akalova et ceux il attire et église Chacun dit-on
son lieu de rassemblement et de prière
Disciplines et usages
appartenance la communauté chrétienne supposait observance de pra
tiques sociales et rituelles qui se sont maintenues pendant plusieurs décades
celles-ci étaient sans doute soutenues par les recommandations de institution
mais répondaient aussi attente un groupe minoritaire soucieux de se ména
ger une différence par rapport la population non-chrétienne
Les associations fîkambanana de fidèles qui ont comme but explicite une
diffusion plus sélective de la doctrine ainsi que apprentissage des formes
entraide traditionnellement vécues dans les regroupements chrétiens ont été
peu peu marquées par les traits spécifiques de appartenance régionale et eth
nique de leurs membres
On favorisait ainsi entre les jeunes gar ons et filles des rencontres qui ne
se situaient pas seulement dans le cadre une paroisse unique certaines occa
sions fêtes liturgiques importantes célébration du saint patron de la paroisse)
ces rencontres rassemblaient les jeunes des paroisses environnantes On se mê
lait ainsi me précise-t-on entre Merina et Betsileo ce qui préparait des maria
ges en évitant il ait des rapports avec les akalova ou avec autres non-
chrétiens
Chez les adultes on retiendra une association de la bonne mort tsarafa-
hafatesana presque partout maintenant tombée en désuétude association
pour principal objet la christianisation des funérailles La collecte une cotisa-
108 CHRISTIANISME ET DIFF RENCIATION ETHNIQUE
tion annuelle permettait chacun être assuré que ses funérailles soient bien
exécutées quels que soient le nombre de ses descendants sur place et état des
disponibilités financières du moment Etaient notamment garantis achat du lin
ceul de soie rêche et aménagement de la tombe provisoire avant que le corps
soit remonté en pays merina ou betsileo Des migrants très attachés pour la plu
part au retour de leur corps au tombeau ancestral ne pouvaient être particu
lièrement fidèles une telle association Mais écart avec la population locale
en trouvait renforcé
Un usage quasiment normatif touchait la tenue vestimentaire En plusieurs
endroits pour participer dignement aux célébrations religieuses le port des vête
ments européens pantalon jupe chemise imposait beaucoup ajoutaient
étoffé blanche jetée sur les épaules femmes ou recouvrant largement tout le
buste hommes) comme était habitude sur les Hautes Terres Les amples
étoffes colorées dont se drapent les akalova comme le long pagne serré
la taille pour les hommes ne convenaient pas pour ces circonstances et il en
qui se souviennent avoir été ainsi éconduits De nos jours des prêtres âgés
se rappellent bien réagi là contre
Les réunions de prière
animation des réunions de prière hui pour beaucoup de chré
tiens perdu de son éclat antan Ceux-ci gardent la nostalgie du maresaka
=qui fait du bruit retentissant Et on évoque le temps où la pompe des gran
des cérémonies attiraient les fidèles autant que les curieux Ainsi dans les cen
tres de Mission la procession de la Fête-Dieu ou le cortège recevant évêque en
visite pastorale Alors que maintenant ajoutent certains ce sont les cérémonies
au doany qui font du bruit usage de la langue latine est également regretté
qui permettait la prière catholique de se distinguer encore plus
Lorsque les fidèles reconnaissent la tiédeur des chrétiens du Boina est
pour opposer la vitalité des paroisses des Hautes Terres Mais on renchérit
fortement sur le modèle tant les situations évoquées dépassent la réalité de ce
qui est vécu là-haut maintenant La pratique festive au moment des fêtes de
Noël et de Pâques se maintient plus forte dans les paroisses où des chrétiens
originaires du Betsileo animent la veillée nocturne par des chants zafindraony
Les chrétiens sont ainsi heureux de se souvenir me dit-on Ces cantiques reli
gieux qui sont encore en vogue dans certaines paroisses du pays betsileo sont
assez voisins par la forme des hira gasy chants folkloriques accompagnés de
danse ... ambiance laquelle donne lieu exécution des zafîndraony appa
rente celle des séances de hira gasy Bien que cantiques religieux ils présentent
un caractère de loisirs attirant une grande affluence lors des fêtes Eglises
Mais est surtout au cours des veillées funéraires que la solidarité chrétienne se
manifeste encore le plus Il faut vraiment un baptisé et sa parenté aient
rompu depuis longtemps le contact avec la communauté chrétienne pour
sa mort on ne présente pas aux chrétiens la demande de venir animer la veillée
nocturne Et les chants zafindraony ont souvent là aussi une place de choix ils
répondent attente de tous alors que les temps de prière proprement dits ne
sont pas toujours respectés
109 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
assurance être supérieur
Les stéréotypes qui déprécient le akalova et dont inculquation com
mence dans les villages origine des migrants sont renforcés chez les chrétiens
par la condamnation globale de tout ce qui est païen il peu de
temps un enseignement sommaire qualifiait tous les rites païens de démonia
ques Deux camps se trouvaient ainsi bien circonscrits celui où on pratiquait
les uvres du démon ny demony et où on suivait les coutumes erro
nées /omAa diso) et autre où se pratiquait la vraie prière ahana mari-
nx Un théâtre populaire chrétien caricaturant telle ou telle pratique tradition
nelle prolongeait les effets de cet enseignement
Cette dépréciation systématique du paganisme se trouvait renforcée par les
jugements tout aussi sommaires exprimés par la plupart des agents de adminis
tration et des planteurs époque coloniale ensemble de la population mal
gache était alors considérée comme très en-de du niveau de civilisation dont
se targuait occupant Mais dans cette échelle hiérarchique le akalova était
bien situé la dernière place Les akalova furent toujours considérés comme
récalcitrants et arriérés En effet quoique soumis beaucoup continuèrent ex
primer leur refus par des comportements de fuite et évitement La trace
laissée par les appréciations coloniales notamment sur la base de ardeur au
travail et du désir instruction est pas niable Elle accentué la différencia
tion ethnique et est imprimée fortement chez les fidèles chrétiens qui étaient in
vités un progrès humain défini par les missionnaires et les administrateurs
peu près dans les mêmes termes
Ce jugement dépréciatif toujours courant et que des énoncés lapidaires ren
dent aisément repérables dans le discours se décompose en deux niveaux Il
celui de la désignation du monde païen où tout est marqué du signe démonia
que la condamnation vise particulièrement le domaine religieux autre
condamnation stigmatise ceux chez qui on ne voit pas apparaître les signes du
progrès comme la scolarisation des enfants est sur la population sokola va
que accumule ainsi le plus grand nombre de griefs
Où que on visite les chrétiens ceux-ci ne manquent jamais de souligner
ils résident sur une terre où règne obscurité tany maizina) termes qui
connotent antinomie chrétienne de la lumière et des ténèbres ils résument le
retard humain et spirituel qui selon les chrétiens caractérise la situation de la
plupart des akalova ainsi que des autres ethnies en majorité non-chrétiennes
Ce qui persuade les chrétiens de jouir un statut supérieur auquel adhésion re
ligieuse facilité accès
Le processus de migration des populations malgaches des Hautes Terres
vers le pays akalova de Ouest devait avoir une résonance sur leur manière de
vivre le christianisme Dans la situation installation relativement précaire des
débuts la religion chrétienne fourni un cadre qui facilitait entretien et le ren
forcement de la solidarité familiale et ethnique On vu intérieur de la vie
110 CHRISTIANISME ET DIFF RENCIATION ETHNIQUE
des paroisses le lien avec les terroirs origine est pas rompu bien au
contraire entraide au moment des funérailles avec aménagement de la tombe
provisoire aidait le maintenir De même la volonté de préserver les jeunes
une contamination avec le monde païen en aménageant leurs rencontres dans
le cadre un mouvement rejoignait le souci de préparer des unions qui soient
acceptables par le groupe origine
Au cours des temps de rencontre et de prière les signes de reconnaissance
sociale propres aux originaires ïlmer na et du Betsileo vont se multiplier ad
hésion religieuse apparaît étroitement associée aux marques de légitimation
par lesquelles le groupe des fidèles cherche assurer une supériorité par rap
port aux autres groupes qui entourent accomplissement des rites chrétiens
qui fournit accès aux biens de salut se trouve de plus en plus réservé aux mem
bres des ethnies Merina et Betsileo et lié des signes de distinction vêtement
savoir scolaire partagé avec le monde des Blancs
Les chrétiens qui ont ainsi durci certains traits de leur religion ont pour
tant pas réussi conserver des communautés florissantes La rigidité de la dis
tance entretenue vis-à-vis du milieu païen pas été maintenue par tous les
baptisés est bien toujours un trait dominant des communautés existantes
mais celles-ci se sont passablement effritées durant les vingt dernières années
En certains endroits même seul un bâtiment ecclésial délabré en rappelle exis
tence Certes il arrive un cataclysme cyclone fortes crues provoquant en
sablement des rizières ou dépla ant le lit une rivière ait contraint le groupe
chercher de nouvelles terres mais souvent ce sont les marques de apparte
nance chrétienne qui se sont graduellement estompées
Les journaux rédigés par les missionnaires aussi bien que des conversations
entendues de nos jours en faisant ce constat parlent volontiers de sakalavisa-
tion Le terme est pas impropre car il souligne bien importance du lien
contracté par le migrant avec la terre il est venu occuper et avec les habitants
qui la lui ont octroyée Quelle que soit son ancienneté installation aucune fa
mille paysanne non akalova ne peut abstraire de ce rapport avec les maîtres
de la terre tompon-tany Certains chrétiens camouflent ou du moins minimi
sent la prégnance de cette réalité abord parce ils la situent en dehors de
orbite ecclesiale et aussi parce ils se sentent dévalorisés en en faisant état
est notamment le cas de ceux qui arrogent le titré même de tompon-tany
avec certaine raison ailleurs ils ont cessé de remonter leurs morts
leur pays origine pour les enterrer sur place Mais ceux-là même en demeu
rent pas moins aux yeux des akalova des vahiny ou étrangers comme tous
les immigrants
La plupart de mes interlocuteurs reconnaissent finalement il leur fallait
se plier aux coutumes locales Chrétien ou non immigrant compose avec
celui qui lui ouvre accès la terre Il en découle des obligations ordre socio-
économique prestations régulières ou occasionnelles) le respects de certains in
terdits fady sur les jours de travail notamment) parfois la participation des
rites agraires Lorsque ces pratiques sont accomplies sous le seul titre du rap
port la terre que on cultive elles ne mettent pas habituellement en cause la
participation aux pratiques chrétiennes De même lorsque deux personnes con
cluent autant pour des raisons de bon voisinage que amitié un pacte de sang
fatiar dont usage est largement répandu Madagascar adhésion chré-
lll