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Grèce ancienne et étude comparée des religions / Ancient Greece and the Comparative Study of Religions - article ; n°1 ; vol.41, pg 5-24

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Archives des sciences sociales des religions - Année 1976 - Volume 41 - Numéro 1 - Pages 5-24
Until quite recently the major polytheistic religious systems have been approached from essentially two different angles: as relics of primitive mentality or as the prefiguration of type of monotheism similar to Judaeo-Christianism. The study of these religions per se has been limited to philological and historical analysis. The changes in the field of religious studies during the last thirty years have affected the sociology anthro pology and history of religions and make it possible to state new terms the problems of the comparative method as applied to the ancient religions. This article treats the Greek example and in the three areas of the ritual (sacrifice), myths, and figurative system of symbols attempts to define the contents of cooperative research programme which specialists could undertake with the purpose of establishing for the written civilizations of the past, a differential typology of religious systems.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1976
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Language English
Document size 2 MB

Exrait

Jean-Pierre Vernant
Grèce ancienne et étude comparée des religions / Ancient
Greece and the Comparative Study of Religions
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 41, 1976. pp. 5-24.
Abstract
Until quite recently the major polytheistic religious systems have been approached from essentially two different angles: as relics
of primitive mentality or as the prefiguration of type of monotheism similar to Judaeo-Christianism. The study of these religions
per se has been limited to philological and historical analysis. The changes in the field of religious studies during the last thirty
years have affected the sociology anthro pology and history of religions and make it possible to state new terms the problems of
the comparative method as applied to the ancient religions. This article treats the Greek example and in the three areas of the
ritual (sacrifice), myths, and figurative system of symbols attempts to define the contents of cooperative research programme
which specialists could undertake with the purpose of establishing for the written civilizations of the past, a differential typology of
religious systems.
Citer ce document / Cite this document :
Vernant Jean-Pierre. Grèce ancienne et étude comparée des religions / Ancient Greece and the Comparative Study of
Religions. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 41, 1976. pp. 5-24.
doi : 10.3406/assr.1976.2083
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1976_num_41_1_2083Arch Sc soc des Rel. 41 1976 5-24
Jean-Pierre VERNANT
GRECE ANCIENNE
ET TUDE COMPAR DES RELIGIONS
Until quite recently the major polytheistic religious systems
have been approached from essentially two different angles as
relics of primitive mentality or as the préfiguration of type
of monotheism similar to Judaeo-Christianism The study of
these religions per se has been limited to philological and
historical analysis The changes in the field of religious studies
during the last thirty years have affected the sociology anthro
pology and history of religions and make it possible to state
new terms the problems of the comparative method as applied
to the ancient religions This article treats the Greek example
and in the three areas of the ritual sacrifice) myths and figu
rative system of symbols attempts to define the contents of
cooperative research programme which specialists could
undertake with the purpose of establishing for the written
civilizations of past differential typology of religious
systems
Monsieur Administrateur
Mes chers Collègues
Mesdames Messieurs
En créant une chaire Etude comparée des Religions antiques
le Collège de France tout la fois maintenu une tradition et accueilli
un enseignement nouveau Maintenu une tradition cela fera bientôt
un siècle était fondée au Collège la première chaire Histoire des
Religions dont les titulaires se sont succédé sans interruption jusqu*à
ces toutes dernières années Certes alors comme hui il existait
ici même de savants spécialistes qui sur leur terrain Chine Inde
Proche-Orient ancien Egypte monde sémitique Islam rencontraient
des problèmes histoire religieuse mais ils les abordaient dans le cadre
une civilisation particulière Créer une chaire histoire des religions
était au contraire traiter ensemble des faits religieux quelle que soit
leur forme comme un domaine unique un plan de réalité assez général
spécifique et autonome pour pouvoir être envisagé dans la perspective
Le on inaugurale faite le décembre 1975 au Collège de France Chaire Etude
comparée des Religions antiques) ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
evolutionniste de époque comme une suite ayant en elle-même sa
continuité sa cohérence peut-être même sa fin était aussi reconnaître
au phénomène religieux le statut un objet ordinaire de connaissance
accessible comme tout autre investigation scientifique Cette double
approche avait des implications théoriques et des résonances politiques
qui apparaissent très clairement dans la le on inaugurale en
1880 prononce le premier titulaire de la chaire Albert Réville On
per oit écho des débats qui opposent pas seulement sur le terrain de
exégèse des textes sacrés historiens et théologiens mais qui divisent
la société fran aise dans son ensemble Albert Réville entend défendre
histoire des religions sur deux fronts contre ceux qui appelaient
avance sa chaire une chaire irréligion et ceux qui voyaient
une chaire de superstition Ce plaidoyer si anachronique il puisse
paraître hui ne tient pas des raisons ordre circonstanciel
il répond un aspect plus fondamental qui concerne orientation même
de la nouvelle discipline Car si Eglise inquiète une histoire qui
vocation de placer toutes les religions sur le même plan il en est
pas moins vrai que les études religieuses naissent et se développent en
Occident dans un horizon qui est la fois dominé et délimité par le
Christianisme est travers les catégories religieuses élaborées par
la tradition chrétienne que les historiens pensent la religion et comme
le notent les deux successeurs Albert Réville son fils Jean abord en
1907 puis Alfred Loisy en 1909 est en fonction du christianisme pris
comme terme de référence et point arrivée on est tenté de disposer
les faits religieux suivant la ligne une évolution progressive De sorte
que la pratique de cette discipline par le choix des thèmes les terrains
enquête retenus se coule comme spontanément dans un schéma de
type hégélien où le christianisme vient couronner ce que les autres
religions ailleurs ou auparavant avaient imparfaitement ébauché
Un homme de la taille de Ernst Cassirer serait ici un bon témoin
Dans sa Philosophie des Formes Symboliques il expose comment pour
déchiffrer le sens un rituel aussi répandu que le sacrifice il faut le
prendre en ce point et ce moment où de sacrifice aux dieux il est
fait sacrifice volontaire de Dieu avec les valeurs spirituelles et intériori
sées que lui confère le christianisme est au terme de sa transformation
que le sacrifice dévoile sa vérité religieuse rend manifeste cette fonction toujours et partout il assumée et qui fait de lui le noyau de la
pratique cultuelle par le sacrifice instaure la mise en corrélation
progressive un sujet humain une personne et un absolu divin
dans un rapport où la tension doit aussi répondre la réciprocité
Cette attraction exerce le christianisme sur tout un courant des
sciences religieuses et qui tend placer dans son orbite ensemble
faits de culte sa contrepartie En ce même tournant de siècle
Année sociologique est fondée en 1898 équipe de savants groupés
autour de Durkheim dans une perspective evolutionniste analogue
prend les choses de autre bout Elle met origine du développement
social la religion ou plutôt ce elle lui substitue la catégorie plus
large et plus diffuse du sacré Dans cette nébuleuse du sacré on CE ANCIENNE GR
trouve au départ plus ou moins confondus les éléments qui se dis
sociant et se combinant vont donner naissance des institutions
sociales complexes en même temps des systèmes religieux élaborés
la primauté que Durkheim reconnaît la sociologie religieuse dont
objet contient en germe tous les autres phénomènes sociaux répond
nécessairement le privilège accordé dans cette discipline aux religions
dites primitives
Mais entre les deux bouts de la chaîne ainsi tendue entre le chris
tianisme que vise historien les cultes primitifs où part le sociologue
il existe un vaste continent religieux divers et multiple très organisé
sur le plan de la pensée comme sur celui des institutions et dont sans
aller dire il été déserté par les sciences religieuses on doit
reconnaître il fut moins exploré pour lui-même et en lui-même que
par rapport ce qui était pas lui Prenons exemple de la religion
grecque aux époques archaïque et classique est un monde dans lequel
il faut entrer et dont les voies accès dans la mesure où il est religieu
sement très différent du nôtre sont indirectes et difficiles On ne dispose
au départ aucune clef aucune grille conceptuelle il suffirait tout
bonnement appliquer Le cadre interprétatif doit être construit et
remanié incessamment au cours même de enquête Or dans ce secteur
les tentatives de lecture se sont ordonnées pour essentiel selon deux
axes Tantôt la suite du père Lafitau qui dès 1724 jetait un pont entre
religion grecque et idolâtrie des sauvages Amérique on est efforcé
de repérer dans le panthéon les rites la mythologie les vestiges de
pratiques magiques et une mentalité primitive tantôt on orienté
de préférence les recherches vers ce qui dans un système polythéiste
semblait préparer une conception unitaire et universelle du divin ou
ébaucher dans les mystères et les sectes une religion de salut individuel
Quant aux savants qui se refusant la double et contraire facilité de
la survivance et de la préfiguration entendaient en tenir strictement
aux faits grecs ils ont accompli en historiens et philologues la tâche
essentielle de collection de restitution de mise en place précise des
divers types de documents portée religieuse Rien ne peut être
construit sans passer par eux Mais interprétation nous paraît exiger
autres méthodes approche et dans la fa on même de questionner
le recours un faisceau de disciplines différentes En effet dans la
perspective positiviste et historisante étroite où se trouvait nécessai
rement cantonné ce courant de recherches le panthéon ne pouvait
manquer apparaître comme un simple agrégat de dieux une collection
de personnages singuliers origine diverse produits eux-mêmes au
gré des circonstances par fusion assimilation segmentation et qui se
sont trouvés associés les uns aux autres plutôt par les hasards de
histoire que par un ordre de nécessité interne traduisant sur le plan
intellectuel une exigence de classement organisation et répondant
sur le plan social des finalités fonctionnelles précises Quant aux
mythes leur étude suivant les règles une bonne critique historique
si elle évité les interprétations de fantaisie arbitraires et anachro
niques est contentée établir pour chacun eux sa fiche acte de
naissance supposé et curriculum vit en repérant le lieu de sa ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
première apparition son cheminement ses transformations un témoi
gnage un autre Le foisonnement et la diversité des mythes grecs
leur richesse ont semblé interdire on les traitât comme un ensemble
ayant son vocabulaire son cadre général ses règles ses contraintes
propres on ne est pas demandé si les variantes plutôt que de refléter
de purs accidents ou les fantaisies de imaginaire individuel ne peuvent
ordonner en des configurations où divergences écarts contrastes sont
significatifs au même titre que recoupements et accords
Un panthéon dispersé disparate une mythologie faite de pièces et
de morceaux si tel était le polythéisme des Grecs comment ces hommes
dont on célèbre exigeante rigueur en matière de cohérence intellectuelle
ont-ils pu vivre religieusement dans une sorte de chaos
Poser cette question est élargir en confrontant le cas grec aux
autres systèmes religieux qui sont la fois assez différents et assez
proches pour que la comparaison soit possible et utile Nous voulons
parler de ces religions polythéistes et nationales sans vocation univer
saliste qui apparaissent dans les grandes civilisations du passé civilisa
tions urbaines où le développement des villes confère organisation
sociale sous des formes variables un même caractère de complexité
civilisations écrites où la pensée religieuse trouve exprimer dans et
par des textes qui articulent de fa on diverse tantôt pour mêler
tantôt pour opposer des écrits de genres différents littéraires
politico-administratifs scientifiques
Analogie du niveau de culture homogénéité dans les sources de
documentation mêmes types de religion polythéiste la comparaison
imposerait Il plus la suite de Karl Jaspers les historiens des
civilisations se sont interrogés sur les raisons et la portée un phéno
mène étonnant peu près la même époque entre le vue et le ne siècle
avant notre ère se produisent dans des civilisations aussi éloignées que
la Chine Inde Iran la Judée la Grèce de profondes transformations
de univers religieux traditionnel Le Confucianisme le Bouddhisme le
Zoroastrisme le Prophétisme juif en Grèce la quête philosophique de
absolu autant de ruptures et innovations dont la relative simultanéité
fait problème Une enquête collective récemment publiée par la revue
Daedalus était proposé de regrouper tous ces phénomènes sous le titre
de recherche du transcendant Disons plutôt ils nous mettent en
présence une série de mutations religieuses très différentes ici ou là
Mais pour comprendre ces dans leurs formes et leurs orien
tations multiples pour définir les dimensions nouvelles elles ont
instituées dans la sphère religieuse il faut partir du terrain sur lequel
elles ont germé de ces systèmes polythéistes assez voisins pour que les
réformes produisent comme en chaîne divers les
plans de fracture ne recouvrent jamais et que les refontes accusent
plutôt les divergences
Une étude comparée des polythéismes de Antiquité est ainsi
conduite mettre en question non seulement idée il existe une
essence de la religion ce qui serait banal mais celle une continuité
des phénomènes religieux a-t-il pas en ce domaine comme en GR CE ANCIENNE
autres des tournants des cassures des avènements qui donnent au
fait religieux dans homme et dans la société un contenu une place
une fonction il avait pas auparavant Considérons le polythéisme
grec La notion de dieu fait pas référence une personne singulière
ni même un agent individualisé deux catégories qui ne sont pas
encore nettement dégagées Un dieu est une puissance qui traduit une
forme action un type de pouvoir Dans le cadre un panthéon
chacune de ces puissances se définit non en elle-même comme sujet
isolé mais par sa position relative dans ensemble des pouvoirs par
le système des rapports qui opposent et unissent aux autres puis
sances composant univers divin La loi de cette société de au-delà
est la délimitation stricte des pouvoirs leur équilibre hiérarchisé ce
qui exclut les catégories de la toute-puissance de omniscience du
pouvoir infini Le rapport de ces dieux au monde est exactement ni
de transcendance ni immanence le jeu du sacré et du profane tel il
atteste dans le vocabulaire et les rites obéit pas aux règles un
simple tête-à-tête il des formes et des degrés divers de sacré plutôt
une polarité sacré-profane insertion du religieux dans la vie sociale
ses divers étages ses liens avec individu sa vie sa survie ne
prêtent pas une délimitation précise du domaine de la religion
Cette résistance entrer dans les cadres auxquels nous sommes
accoutumés fait intérêt une étude comparée des systèmes polythéistes
est elle aussi qui nous contraint déplacer et varier angle attaque
par rapport aux méthodes savantes traditionnelles Le travail érudition
indispensable pour restituer les faits religieux dans leur authenticité
pas pouvoir lui seul de nous les rendre transparents Il doit asso
cier autres disciplines comme la sociologie religieuse et la psychologie
historique Ou plutôt la recherche du spécialiste sans rien abandonner
elle-même doit se faire anthropologie Elle ne doit pas
séparer la lecture indéfiniment recommencée des textes mythiques le
déchiffrement scrupuleux des structures du panthéon interprétation
précise des rituels une enquête double dimension concernant abord
enracinement social le statut au sein du groupe des différents types
de croyances et de croyants ensuite univers psychologique les caté
gories mentales de homme religieux antique Comment ne pas dire
ici notre dette égard des deux maîtres qui nous ont formé Louis
Gernet helléniste et sociologue aussi bien Meyerson psychologue mais
psychologue historien attentif toutes les formes de conduites hu
maines les observant non dans le milieu artificiel une salle expé
riences mais telles elles se trouvent par histoire déposées sous forme
de documents dans ce vaste laboratoire que constitue ensemble des
faits de civilisation
Comment ne pas ajouter que si entreprise laquelle nous nous
attachons pu être engagée est en raison des remaniements qui se
sont produits au cours des trente dernières années dans le champ des
études religieuses La sociologie des religions ne mobilise plus le gros
de ses forces comme au début du siècle en direction des peuples primi
tifs Elle attaque aux grandes religions contemporaines Les enquêtes
sur la fréquence les modalités et les niveaux de pratique suivant les ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
milieux les corrélations entre attitudes religieuses et comportements
dans autres secteurs de la vie collective attention portée côté des
conformismes aux faits de déviance hétérodoxie aux phénomènes
sectaires et aux messianismes ont permis de mieux cerner les rapports
du social et du religieux En même temps la nécessité une typologie
différentielle des systèmes religieux et absence un modèle pertinent
en la matière ont été plus nettement ressenties Prenons le cas de
Max Weber qui de notre point de vue helléniste une portée
exemplaire Sa construction représente la tentative la plus systéma
tique et la plus riche pour élaborer une sociologie comparative en
matière de religion Par le jeu une série de dichotomies du type
transcendance-immanence ascétisme-mysticisme orientation intra ou
extra-mondaine les divers systèmes religieux se distribuent entre deux
pôles dont un le Calvinisme représente pour Weber le Christianisme
sa pointe extrême dans sa forme la plus rigoureuse et la plus pure
sa rationalisation religieuse achevée autre pôle le Bouddhisme Un
peu comme cette anti-terre que pour les besoins de la cause et par esprit
de symétrie les Pythagoriciens avaient inventée le se
définit en contracte complet avec le modèle précédent du côté cal
viniste la transcendance et un ascétisme intra-mondain du côté
bouddhiste immanence et un mysticisme extra-mondain Mais dans
le damier que dessinent ces diverses combinaisons typologiques on ne
trouve pas de case où mettre la religion grecque qui fait peine figure
de religion Dans optique wébérienne Hellade occupe une place de
choix avec le type idéal de la cité dans histoire sociale et politique
mais reléguée dans les coulisses elle ne fait pas son entrée sur la scène
de histoire religieuse Au nom de quel critère cependant refuser
une religion qui pendant plus un millénaire eu ses fidèles ses dévots
authenticité on reconnaît autres
Du côté des ethnologues et des anthropologues les choses ont pas
moins bougé Aux prises avec les cultures archaïques il
seulement exorcisé sur leur propre terrain les fantômes du totémisme
du mana de la mentalité primitive qui hantent encore parfois les
hauteurs de Olympe ils ont avec Claude Lévi-Strauss proposé une
méthode de lecture des mythes et une conception générale de la pensée
mythique qui obligent les hellénistes faire retour sur soi et inter
roger sur ce est la mythologie grecque où la situer par rapport
aux récits oraux des sociétés archaïques une part aux divers genres
écrits que les Grecs nous ont laissés de autre enjeu du débat est
fondamental dans quelle mesure existe-t-il une forme de pensée on
puisse appeler mythique en général peut-on formuler des règles de
transformation qui permettent de passer une mythologie comme celle
de la Grèce une mythologie comme celle des Amérindiens En autres
termes quelles sont les conditions de validité et les limites application
une mythologie comparée
Quant aux historiens ils ne font plus histoire générale des reli
gions Travaillant sur un domaine religieux particulier telle civilisation
telle époque ils ne pouvaient pas ne pas être sensibles comme nous
la spécificité des univers religieux aux difficultés une traduction ANCIENNE GRECE
dans la langue et dans la pensée quand on passe un système un
autre Mais ils ne pouvaient pas non plus ne pas reconnaître la nécessité
une confrontation de ces modèles religieux différents Avec beaucoup
entre eux ici même et dans autres établissements nous avons établi
de longue date une collaboration en vue enquêtes qui auraient pas
de sens si des spécialistes autres religions que la grecque ne asso
ciaient et ne les sentaient leurs autant que nôtres
Nos recherches supposent en effet recoupement et convergence
tous les niveaux Impossible de faire hui du comparatisme
global en survolant de haut les univers religieux pour en dégager les
traits généraux en fonction de ressemblances plus ou moins vagues
La comparaison doit au départ installer dans un des systèmes religieux
avec sa configuration particulière et se poursuivre de intérieur pour
chacune des religions avec lesquelles la confrontation semble devoir
être payante est ainsi que nous avons procédé dans enquête sur la
divination Nous avons cherché ni définir la divination en général
ni déployer éventail de toutes les techniques divinatoires utilisées de
par le monde Nous sommes partis des questions que activité oraculaire
pose helléniste sur un double plan comment la divination insère-
t-elle dans les processus de décision tels ils sont définis dans le cadre
de la cité Quelles sont les procédures intellectuelles mises en uvre
dans le jeu des questions et des réponses La consultation se déroule-
t-elle suivant un modèle de type binaire ou relève-t-elle une logique
de ambigu La comparaison avec les grandes civilisations scripturaires
comme la Chine et le monde suméro-babylonien ne met pas seulement
en lumière les profondes différences dans le statut social et les procé
dures intellectuelles entre le dialogue oraculaire des Grecs et des
techniques divinatoires qui traitent leur objet comme des configurations
symboliques analogues aux signes une écriture idéographique que le
devin la fa on un scribe aurait pour mission de déchiffrer Les
apones de la divination grecque on constatait comme des faits bruts
tant on se limitait ce cas éclairent dès lors que ce type de divi
nation vient trouver sa place dans un ensemble plus vaste qui englobe
mais dont il se démarque par une série de traits solidaires écarts
convergents significatifs dans la mesure même où ils prennent valeur
de marques définissant par rapport autres modèles un statut
particulier
La comparaison est donc affaire de spécialistes et le comparatiste
abord homme une religion Mais pour que les efforts convergent
une même orientation se dégage il faut en son domaine chaque
spécialiste soit susceptible élargir son angle étude habituelle de
prendre en charge toutes les dimensions du phénomène religieux
concerné Le mot pluridisciplinaire est la mode Cependant plutôt
que de rassembler autour une table des représentants de disciplines
constituées qui ont chacune leur objet leur méthode et leur langue
on voudrait par le travail comparatif engager les historiens des religions
penser eux-mêmes pluridisciplinaire aborder les faits religieux qui
leur sont familiers dans une perspective nouvelle permettant de les
aligner sur ceux autres cultures de fixer une direction de recherche
11 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
et une problématique communes Toutes les fois que nous avons inscrit
une question notre programme ces échanges de vue préliminaires
sur la fa on dont un problème se pose dans des contextes religieux
différents ont pas seulement élargi horizon de tous ils ont infléchi
la vision que chacun avait de son propre domaine et parfois mis en
cause des interprétations qui paraissaient trop assurées Chaque enquête
chaque équipe elle rassemble prennent donc un peu la forme une
aventure collective où en dehors de la compétence ouverture esprit
la sympathie intellectuelle et amitié ont toujours eu et auront encore
leur place
est pourquoi si la responsabilité de enseignement qui été
confiée pèse autant plus lourd sur mes épaules que je souhaiterais
être pas trop indigne de ceux qui ont devancé honneur qui
été fait par ce choix concerne moins ce il serait convenu appeler
ma personne que ce poste-frontière cette position de carrefour où je
me suis trouvé placé ce point où travers moi bien des fils divers en
faisceau sont venus se rejoindre et se nouer
On me posera une question Pour engager ce travail comparatif
pourquoi partir de la Grèce En principe il pas de réponse
est trouvé ainsi En fait si on réfléchit sur orientation des études
grecques depuis la dernière guerre et sur le statut de la Grèce dans le
champ du comparatisme religieux on discerne plusieurs raisons ordre
très divers La première la plus importante est en quelque sorte néga
tive La religion grecque est la seule qui ne puisse intégrer dans le
modèle des trois fonctions souveraineté dans son double aspect
juridique et magique force guerrière fécondité modèle que le compa
ratisme de Georges Dumézil su reconnaître dans ensemble des
religions des peuples indo-européens entreprise de Georges Dumézil
ne nous pas seulement fourni un modèle méthodologique elle remis
sur pieds un comparatisme religieux que les excès de école de mytho
logie comparée de Max Müller les généralisations de Frazer et plus
récemment les extrapolations hasardeuses de école histoire culturelle
de Graebner et Frobenius risquaient de disqualifier La démonstration
il existe des concordances précises entre religions de peuples distincts
comme les Indiens les Indo-Iraniens les Italiques les Celtes les Ger
mains les Scandinaves tire sa force de la combinaison et de équilibre
entre deux éléments une part la rigueur minutieuse de enquête
historique et linguistique autre part la pleine conscience du caractère
systématique des phénomènes religieux Si la comparaison est possible
est que panthéons mythologies rituels comportent une architecture
engagent un ensemble articulé de concepts véhiculent une idéologie
présentant des hommes des choses de leurs rapports de équilibre
social et cosmique une analyse précise et cohérente Le comparatisme
dumézilien reconnaît les différences de champ idéologique qui séparent
un peuple un autre mais il vise essentiellement cette charpente
commune qui constitue pour tous le même héritage indo-européen la
trace sur le plan religieux comme il en existe sur le plan linguistique
une origine commune La force de ce comparatisme sa pertinence
sont donc solidaires de sa limitation aux religions de peuples historique-
12 GR CE ANCIENNE
ment apparentés Il agit moins de comparer des systèmes religieux
étrangers les uns aux autres que de retrouver partir de rameaux
divergents le tronc dont ils sont tous issus En ce sens le malheur de
la religion grecque orpheline coupée de ses racines indo-européennes
exclue du domaine interprétation auquel on devrait pouvoir la ratta
cher donne helléniste sa chance partir de ce cas isolé il peut
développer un comparatisme tout azimut
Un exemple la notion grecque de pouvoir souverain ignore la
polarité de la souveraineté indo-européenne avec ses deux aspects
complémentaires régulière et juridique violente et magique La compa
raison ne peut pas se situer sur ce plan qui intégrerait la Grèce un
ensemble Mais les mythes grecs de souveraineté en racontant comment
dans le monde divin la suprématie se conquiert exerce et se maintient
avec quelles armes quels alliés et contre quels ennemis posent des
problèmes généraux sur les rapports du pouvoir et de ordre instituer
conserver du pouvoir et du désordre comme si pour fonder ordre
il était nécessaire de le dépasser de intégrer la puissance de ce qui lui
est antérieur du primordial et du chaotique du pouvoir et des
différents types de savoir que le souverain doit mobiliser son service
dans le domaine du régulier et de irrégulier Chacune de ces questions
nous oriente de préférence vers telle ou telle civilisation ouvre des pistes
qui peuvent ne pas se recouper Nous en avons suivi certaines en souli
gnant après Haudricourt opposition entre les peuples pour qui la
puissance est première tout ordre supposant un pouvoir fondateur et
ceux qui inverse pensent religieusement en terme ordre le meilleur
pouvoir étant celui qui pas agir
De même dans la mesure où le panthéon grec ne présente pas dans
sa construction cette clef de voûte trifonctionnelle des religions indo
européennes nous avons pas chercher un modèle unique qui nous
livrerait le secret du système en le rattachant des théologies de même
type Il nous faut reconnaître dans le panthéon des structures multiples
repérer toutes les formes de groupement suivant lesquels les dieux se
trouvent régulièrement associés ou opposés Ensemble complexe où
chaque dieu entre dans un réseau varié de combinaisons avec les autres
et qui bien valeur de système classificatoire appliquant la totalité
du réel la nature et la société humaine comme au monde surnaturel
mais système dont les grands cadres ne se recouvrent pas exactement et
dont la lecture doit se faire suivant des lignes multiples comme un
tableau nombreuses colonnes et plusieurs entrées Ces structures du
panthéon sont objet de la recherche non les divinités isolées Leur
diversité ouvre autant plus largement éventail des comparaisons
possibles que chacune elles se situe et opère plusieurs niveaux
Le couple Hermès-Hestia par exemple ne traduit pas seulement la
complémentarité de deux puissances divines la déesse du foyer fixe et le
dieu mobile des transitions des échanges des passages Cette structure
théologique est aussi une structure intellectuelle une fa on de penser
dans leur opposition et leur nécessaire solidarité espace comme centre
et clôture le mouvement comme passage possible de tout point un
autre Davantage couple divin et catégorie mentale ne sont pas perdus
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