18 Pages
English

La ?uddhi de l'?ria sam?j ou l'invention d'un rituel de (re)conversion à l'hindouisme / The ?ria sam?j ?uddhi or the Invention of a Ritual of (Re) Conversion to Hinduism - article ; n°1 ; vol.87, pg 99-114

-

Gain access to the library to view online
Learn more

Description

Archives des sciences sociales des religions - Année 1994 - Volume 87 - Numéro 1 - Pages 99-114
El súddhi de l'?rya sam?j, movimiento hindú reformado fundado a finales del siglo XIX, es formalmente un ritual extremadamente simple que participa, al mismo tiempo, de la dik??, necesaria a la incorporación en una tradición sectaria, y de la iniciacion bramánica (upanayana) que confiere a los hijos de las très primeras clases el estatuto de « dos veces nacido » y la capacidad de celebrar los ritos védicos. Pero, aparté de la entrada (o iniciación) en l'?rya sam?j, garantiza otras dos funciones rituales : la reintegración en su casta de hindús islamizados o cristianizados y la transformatión de intocables «dos veces nacidos ». El análisis de este ritual permite mostrar que existe entre estas diferentes funciones un parentesco estrecho desde el punto de vista del hindú tradicional lo cual esclarece la naturaleza del proselitismo de l'?rya sam?j. El hecho de que este último utilice el término « conversion » y « reconversion al hinduismo » no significa por la tanto, como se considera corrientemente, que se le de la misma significación que los no hindúes de los cuales ha sido tomado. Pero, aunque situándose sin duda en la continuidad de la tradición hindú, el súddhi implica una ruptura : su presentación en terminos de (re)conversión y la inserción de sus elementos constitutivos en un nuevo marco de interpretación implica un uso inédit o del hinduismo.
The súddhi ritual, as performed by the ?rya sam?j, a Hindu reform movement founded at the end of the 19th century, is formally very simple. It is reminiscent of the diksa - the ceremony required for acceptance into a sectarian tradition - on the one hand, and of the upanayana, the brahmanic initiation conferring upon the male members of the first three classes the status of twice-born and allowing them to perform the Vedic rituals, on the other hand. It has two other ritual functions besides initiation into the ?rya sam?j, namely the reintegration of islamized or christianized Hindus into their original castes, and the metamorphosis of untouchables into twice-born. The study of this ritual shows that these different functions are very closely linked to one another from the traditional Hindu point of view, and that such links shed some light on the nature of the Arya samaj proselytizing activities. The fact that the ?rya sam?j use such terms as conversion and reconversion to Hinduism in no way means, as is currently held, that these terms have the same meaning for its members as for the non-Hindus from whose traditions they were borrowed. Although it is part and parcel of the Hindu tradition, the súddhi breaks away from it in some respects: the fact that it presents this ritual in terms of (re)conversion, and the new interpretation it gives of its constituting elements have led to its being utilized in a new way.
La súddhi de l'?rya sam?j, mouvement hindou réformiste, fondé à la fin du XIXe siècle, est formellement un rituel d'une grande simplicité, qui tient à la fois de la diksa, nécessaire à l'entrée dans une tradition sectaire, et de l'initiation brahmanique (upanayana), qui confère aux fils des trois premières classes le statut de deux fois nés et l'aptitude à célébrer les rites védiques. Mais, outre l'entrée (ou l'initiation) dans l'?rya sam?j elle assure deux autres fonctions rituelles : la réintégration dans leur caste des hindous islamisés ou christianisés et la transformation d'intouchables en deux fois nés. L'analyse de ce rituel permet de montrer qu'il y a entre ces différentes fonctions une étroite parenté du point de vue hindou traditionnel et que celle-ci éclaire la nature du prosélytisme de l'?rya sam?j. Le fait que ce dernier utilise les termes conversion et reconversion à l'hindouisme ne signifie donc pas, comme on le considère couramment, qu'il leur donne la même signification que les non-hindous auxquels il les a empruntés. Mais tout en s'inscrivant dans la continuité de tradition hindoue, la súddhi marque une rupture avec elle : sa présentation en terme de (re)conversion et l'insertion de ses éléments constitutifs dans un nouveau cadre d'interprétation lui ayant donné un usage inédit dans l'hindouisme.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Subjects

Informations

Published by
Published 01 January 1994
Reads 21
Language English
Document size 1 MB

Mme Catherine Clémentin-Ojha
La Śuddhi de l'Āria samāj ou l'invention d'un rituel de
(re)conversion à l'hindouisme / The Āria samāj Śuddhi or the
Invention of a Ritual of (Re) Conversion to Hinduism
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 87, 1994. pp. 99-114.
Citer ce document / Cite this document :
Clémentin-Ojha Catherine. La Śuddhi de l'Āria samāj ou l'invention d'un rituel de (re)conversion à l'hindouisme / The Āria samāj
Śuddhi or the Invention of a Ritual of (Re) Conversion to Hinduism. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 87,
1994. pp. 99-114.
doi : 10.3406/assr.1994.1457
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1994_num_87_1_1457Abstract
The súddhi ritual, as performed by the Ārya samāj, a Hindu reform movement founded at the end of the
19th century, is formally very simple. It is reminiscent of the diksa - the ceremony required for
acceptance into a sectarian tradition - on the one hand, and of the upanayana, the brahmanic initiation
conferring upon the male members of the first three classes the status of "twice-born" and allowing them
to perform the Vedic rituals, on the other hand. It has two other ritual functions besides initiation into the
Ārya samāj, namely the reintegration of islamized or christianized Hindus into their original castes, and
the metamorphosis of untouchables into "twice-born". The study of this ritual shows that these different
functions are very closely linked to one another from the traditional Hindu point of view, and that such
links shed some light on the nature of the Arya samaj proselytizing activities. The fact that the Ārya
samāj use such terms as "conversion" and "reconversion to Hinduism" in no way means, as is currently
held, that these terms have the same meaning for its members as for the non-Hindus from whose
traditions they were borrowed. Although it is part and parcel of the Hindu tradition, the súddhi breaks
away from it in some respects: the fact that it presents this ritual in terms of (re)conversion, and the new
interpretation it gives of its constituting elements have led to its being utilized in a new way.
Résumé
La súddhi de l'Ārya samāj, mouvement hindou réformiste, fondé à la fin du XIXe siècle, est
formellement un rituel d'une grande simplicité, qui tient à la fois de la diksa, nécessaire à l'entrée dans
une tradition sectaire, et de l'initiation brahmanique (upanayana), qui confère aux fils des trois
premières classes le statut de "deux fois nés" et l'aptitude à célébrer les rites védiques. Mais, outre
l'entrée (ou l'initiation) dans l'Ārya samāj elle assure deux autres fonctions rituelles : la réintégration
dans leur caste des hindous islamisés ou christianisés et la transformation d'intouchables en "deux fois
nés". L'analyse de ce rituel permet de montrer qu'il y a entre ces différentes fonctions une étroite
parenté du point de vue hindou traditionnel et que celle-ci éclaire la nature du prosélytisme de l'Ārya
samāj. Le fait que ce dernier utilise les termes "conversion" et "reconversion à l'hindouisme" ne signifie
donc pas, comme on le considère couramment, qu'il leur donne la même signification que les non-
hindous auxquels il les a empruntés. Mais tout en s'inscrivant dans la continuité de tradition hindoue, la
súddhi marque une rupture avec elle : sa présentation en terme de (re)conversion et l'insertion de ses
éléments constitutifs dans un nouveau cadre d'interprétation lui ayant donné un usage inédit dans
l'hindouisme.
Resumen
El súddhi de l'Ārya samāj, movimiento hindú reformado fundado a finales del siglo XIX, es formalmente
un ritual extremadamente simple que participa, al mismo tiempo, de la dikşā, necesaria a la
incorporación en una tradición sectaria, y de la iniciacion bramánica (upanayana) que confiere a los
hijos de las très primeras clases el estatuto de « dos veces nacido » y la capacidad de celebrar los ritos
védicos. Pero, aparté de la entrada (o iniciación) en l'Ārya samāj, garantiza otras dos funciones rituales
: la reintegración en su casta de hindús islamizados o cristianizados y la transformatión de intocables
«dos veces nacidos ». El análisis de este ritual permite mostrar que existe entre estas diferentes
funciones un parentesco estrecho desde el punto de vista del hindú tradicional lo cual esclarece la
naturaleza del proselitismo de l'Ārya samāj. El hecho de que este último utilice el término « conversion
» y « reconversion al hinduismo » no significa por la tanto, como se considera corrientemente, que se le
de la misma significación que los no hindúes de los cuales ha sido tomado. Pero, aunque situándose
sin duda en la continuidad de la tradición hindú, el súddhi implica una ruptura : su presentación en
terminos de (re)conversión y la inserción de sus elementos constitutivos en un nuevo marco de
interpretación implica un uso inédit o del hinduismo.Arch de Sc soc des Rel. 1994 87 juillet-septembre 99-114
Catherine CL MENTIN-OJHA
LA UDDHI DE RYA SAM OU INVENTION
UN RITUEL DE RE CON VERSION
HINDOUISME
du for whose there There society entering are destiny is thousands no ... their way it That is of society to of obtaining society be ways born is out altogether ... entrance Hindus is only ... into closed for The the those Hin way but
Tagore Gora
En 1879 quatre ans après avoir fondé rya samâj Dayananda Sarasvati
célébra la suddhi un homme né musulman quelque temps auparavant
il avait par ce même moyen purifié un hindou et un sikh christianisés Jor
dens 1991 216 Peu après rya samâj qui se prétendait la forme la plus
ancienne et la plus pure de hindouisme fondée sur les seules Ecritures ré
vélées les Veda) lan ait des campagnes destinées réintégrer dans la société
hindoue des Indiens chrétiens ou musulmans et les termes conversion et
reconversion hindouisme entraient dans son vocabulaire et par son in
termédiaire dans celui de tous les hindous
introduction de cette terminologie partir de la fin du XIXe siècle ne
signifie pas que les pratiques en question étaient totalement inconnues de
hindouisme En témoignent les moyens mis en uvre par les traditions sec
taires hindoues pour recruter de nouveaux membres Le phénomène de la
conversion est-à-dire adoption une croyance nouvelle et adhésion
une communauté de foi distincte accompagnées de changement de compor
tement existe intérieur de hindouisme ou dans le cadre de la société
des castes En revanche entrée dans cette société dépend de la naissance
dans telle ou telle caste Toutefois la possibilité pour des groupes entiers être
intégrés dans cette société des castes par absorption ou assimilation est-à-
dire par un lent processus acculturation est bien illustrée dans histoire
indienne Bhandarkar 1911 Songeons aussi que certaines traditions sectaires
incorporèrent des populations en marge de la société hindoue 2) et contri
buèrent leur faire connaître et partager les valeurs brahmaniques De tels
processus se traduisirent donc effectivement par hindouisation des popula
tions concernées il fut toujours possible être intégré dans la société hin
doue ni le concept de conversion ni fortiori un rituel de conversion ne
99 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
sont traditionnels dans hindouisme Les campagnes de re)conversion hin
douisme de rya samâj et le rituel de sa suddhi inscrivent donc dans la
tradition hindoue en même temps ils marquent une rupture avec elle
Le contexte dans lequel se développa rya samâj le processus de re
vitalisation de hindouisme qui accompagna comme la portée politique de
son mouvement ont fait objet études approfondies Jones Jordens Ont
également été examinés les aspects strictement religieux de la suddhi Seu-
narine Jones) ainsi que son rôle dans la construction du communalisme hin
dou Jaffrelot dans ce numéro Tout en tenant compte de ces approches mon
propos se situe ailleurs Je préciserai en quoi le rituel de la suddhi relève de
hindouisme traditionnel et en quoi il en écarte puis je interrogerai sur
la nature de innovation représentée par invention de ce moyen de conver
sion Au préalable je rappellerai les aspects formels pris par la cérémonie
jusque dans les années vingt afin de dégager ses principales fonctions rituelles
On ignore la forme que Dayananda Sarasvati donna la suddhi il cé
lébra trois reprises au Pendjab Mais quelques années après sa mort celle-ci
avait acquis ses caractéristiques propres même si elle devait subir par la suite
divers remaniements la fin des années 1880 Lala Lajpat Rai un des
leaders de Arya samaj en donnait la description suivante en énon ant les
conditions entrée dans la Société il suffit aux hindous de signer une décla
ration de foi Pour les non-hindous je souligne une cérémonie de suddhi
simple est obligatoire elle est pas nécessairement célébrée par un brahmane
En fait naturellement sic] on emploie de tels Pandits Après avoir jeûné
être baigné rasé et avoir changé ses vêtements et après la célébration de
la cérémonie du Hom homa] il le candidat re oit la Gayatri Ceux qui
origine comme hindous étaient habilités porter le cordon sacrificiel le
re oivent de nouveau Le cordon également été remis des hommes qui
étaient pas hindous origine et comme on pouvait attendre cela don
né naissance une certaine objection et opposition Oman 1908 176)
De fait les défenseurs de la société hindoue orthodoxe fondée sur ob
servation des devoirs de caste refusèrent tout abord de reconnaître la sud
dhi admission dans Arya samaj ne signifiait pour eux ni redevenir hindou
ni de le devenir la suddhi était une simple initiation sectaire Que Arya
samaj prétende mettre le Veda et le rituel sacrificiel la portée de tous suffisait
leurs yeux le classer parmi ces mouvem.ents réformistes suspects dont le
programme portait atteinte aux privilèges de caste des hindous Si bien que
loin assurer la réintégration de quiconque dans la société hindoue les pre
mières suddhi entraînèrent la suspension de leur caste respective de ceux des
arya samajî qui avaient participé Jordens 1991 218)
une des préoccupations de Arya samaj fut dès lors de faire accepter
la suddhi aux membres orthodoxes de la société hindoue cette fin il ef
for intégrer dans son rituel des éléments propres aux expiations purifica
trices pray as citta traditionnelles Jones 1976 132 Jordens 1991 219
Ce type de concession par exemple absorption eau du Gange lui permit
100 LA UDDHI
organiser la place des Conseils de caste des cérémonies pour la réad
mission dans leur caste origine individus convertis ou issus de familles
converties islam ou au christianisme Au début du siècle ces méthodes
furent étendues des groupes entiers Deux exemples suffiront Au Kerala
1920) où pendant la rébellion des Moppilla des milliers hindous avaient
été islamisés de force les brahmanes nambutiri convaincus par la campagne
de persuasion de rya samâj acceptèrent de cautionner un rituel de suddhi
modifié permettant presque 2500 personnes de recouvrer leur ancien statut
de caste Jordens 1991 222 Plus tard 1922) au Nord-ouest du pays les
Malkana rajputs qui se déclaraient musulmans dans les recensements mais
avaient gardé de nombreuses pratiques hindoues furent purifiés grâce
action conjuguée de rya samâj une assemblée représentative de rajputs
et de célèbres pandits locaux Jordens 1981 131-134 Dans ces deux cas
comme dans autres similaires la dimension initiatique du rituel disparut
aucun des purifiés ne devint membre de rya samâj Mais ce que ce
dernier perdit en terme accroissement numérique de ses effectifs dans ces
affaires il le gagna en notoriété et respectabilité pour apparaître désormais
aux yeux de orthodoxie comme le défenseur de hindouisme face aux
religions étrangères prosélytes
Ces événements avaient été précédés par une vaste campagne de
samâj pour contrer la conversion intouchables au christianisme Dans ce
contexte partir de 1900 et jusque dans les années vingt la suddhi fut utilisée
pour rendre touchables des Du seul point de vue rituel
qui nous retient ici il agissait de faire bénéficier ces derniers du double
processus initiatique et purificateur En autorisant des intouchables célébrer
les rites védiques et se mêler aux hindous de caste du mouvement Jordens
1991 221) cette suddhi les transformait en deux fois nés Bien que la
suddhi en masse des intouchables ait été encouragée par certains représentants
de orthodoxie qui craignaient que leur passage au christianisme affaiblisse
la communauté hindoue Jones 1976 303) dans les faits Arya samaj
échoua dans entreprise de leur réhabilitation Les intouchables ne perdirent
leur intouchabilité ni pour les hindous orthodoxes ni pour les arya samâjî
de caste Ces derniers comme autres réformistes avant eux découvrirent
impossibilité de concilier dans leur vie quotidienne égalitarisme de principe
avec la discipline de caste Jones 1976 134 202-215 et 308-310 Seunarine
1977 35-36 Jordens 1991 223-225)
Au terme de ce survol retenons que la suddhi est formellement un rituel
une grande simplicité qui organise autour un sacrifice homa et
comporte des éléments de purification et initiation Sous ce rapport elle
tient la fois de la dïksâ qui donne accès une tradition sectaire et de
initiation brahmanique upanayana) qui confère aux fils des trois premières
classes varna le statut de deux fois nés dvija et aptitude célébrer
les rites védiques De cette dernière elle intègre les rites constitutifs homa
gâyatrî cordon sacré la suddhi se présente comme une sorte upanayana
Premièrement donc la suddhi permet entrée dans Arya samaj Elle assure
également deux autres fonctions rituelles Ce sont deuxièmement la réinté
gration dans leur caste hindous islamisés ou christianisés et troisièmement
la transmutation intouchables en deux fols nés Nonobstant cette diversité
de fonctions le rituel est présenté par Arya samaj comme un moyen de
ré)hindouisation et analysé en terme de re)conversion hindouisme
101 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
Voyons abord la seconde fonction
II
En entrant au Brahmo samaj mouvement réformiste né un demi siècle
avant Arya samaj Paresh Babu le personnage de Tagore cité en épigraphe
avait lui-même emprunté une de ces multiples voies qui conduisent hors
de la société hindoue en autres termes il avait perdu sa caste Brahma
bandhab Upadhyaya ami de jeunesse de Tagore était quant lui sorti de sa
caste en devenant chrétien certains de leurs contemporains avaient été sus
pendus de la leur en allant étudier en Angleterre ou pour autres transgres
sions En 1866 des brahmanes de Jaipur avaient pris conscience leurs
dépens une autre manière être déchu de sa caste était de professer le
vishnouïsme quand on vivait dans un royaume dont le maharaja avait Siva
pour divinité élection
Selon la théorie de la faute exposée dans les codes de loi religieuse Dhar-
ma-sastra) ces hindous du XIXe siècle avaient contracté une souillure et
celle-ci étant de nature se communiquer par des contacts plus ou moins
directs tous avaient été mis au ban de la société On ainsi les propos du
héros de Gora confirmés Mais pour chacune de ces situations on avait em
ployé des moyens rituels permettant aux fautifs de reprendre la place qui était
la leur dans le corps social par leur naissance Ces moyens variés étaient
globalement désignés dans le droit religieux sous le nom de prayascitta pra
tique expiatoire Rigoureusement accomplie sous la responsabilité de
Conseils chargés de faire respecter la discipline de caste expiation valait
réparation en permettant au fautif de récupérer son état de pureté suddhi
antérieure et obtenir sa réhabilitation sociale Ainsi les brahmanes vish-
nouïtes de Jaipur le chrétien Brahmabandhab les étudiants voyageurs et les
autres coupables de diverses transgressions avaient tous été purifiés Et
nul doute une expiation appropriée eût permis au brahmo Paresh Babu
il eut souhaité de réintégrer la société hindoue
En assurant la réhabilitation socio-religieuse individus christianisés ou
islamisés invention de Dayananda Sarasvati et de ses successeurs se situe
dans le droit fil de cette procédure elle fonctionne comme un prayascitta
noter que le terme suddhi qui la désigne est réservé dans les codes de loi
religieuse au résultat visé par un rituel de réparation est-à-dire la récu
pération du degré de pureté suddhi requis par chacun pour observer ses de
voirs de caste En même temps la suddhi de Arya samaj introduit quelques
innovations par rapport au prayascitta classique en signalerai deux
La première consista pour Arya samaj efforcer de soustraire la pro
cédure de purification aux Conseils de caste habilités préserver les coutumes
et pratiques de caste et fixer la pratique expiatoire valant purification et
réhabilitation du coupable Dans les faits Arya samaj ne réussit pas toujours
se substituer purement et simplement autorité traditionnelle en matière
expiation fréquemment il dut collaborer avec les autorités religieuses
compétentes et accepter de ce fait certains aménagements de son propre ri
tuel Mais du moins son intervention permit de nombreux hindous de re-
102 LA UDDHI
couvrer leur caste dans des situations jugées irréparables par leurs Conseils
de caste En effet ces instances refusaient souvent de réhabiliter socialement
ceux qui avaient eu des contacts avec des non-hindous ou quand elles
résignaient faisaient payer très cher leurs cérémonies de purification et de
levée une suspension de caste Bose 1881 167-168 Parvate 1963 35-36
Sans la campagne acharnée de rya samaj les hindous convertis de force
islam au Kerala eussent pu recouvrer leur caste la société orthodoxe
locale brahmanes nambutiri était réticente leur appliquer expiation puri
ficatrice ad hoc car elle ne la pratiquait plus Jordens 1991 222 Profitèrent
également de ce mouvement les Chela Nairs et Chela Nambutiri ces
hindous de haute caste islamisés de force par Tipu Sultan la fin du
XVIIIe siècle et que les autorités orthodoxes locales avaient toujours refusé
de réintégrer Grâce rya samaj ils retrouvèrent leur place initiale dans
la société hindoue Hardgrave 1977 92)
un des effets de la suddhi fut donc de libérer les rituels de réintégration
dans la société hindoue du contrôle exclusif de orthodoxie représentée par
les Conseils de caste Leur prise en main par rya samaj fut facilitée par
la simplification de la procédure Là où traditionnellement il avait plusieurs
rituels de purification chacun adapté la faute qui avait entraîné la perte
de la caste au contexte dans lequel celle-ci avait été commise et la situation
du coupable lui-même rya samaj proposa avec la suddhi une seule forme
rituelle Cette seconde modification du modèle du prayascitta alla de pair
avec la présentation du processus en terme de re)conversion est-à-dire
que la suddhi est un prayascitta spécialisé qui ne applique aux souillures
dues au contact avec des non-hindous
Afin de dégager la signification profonde de cette simplification il faut
revenir sur le fait que tout unique il soit le rituel de rya samaj assure
plusieurs fonctions différentes Les exemples montreront que loin être une
innovation aberrante cette simplification est au contraire un trait repérable
dans le système rituel hindou traditionnel
III
Dans la seconde moitié du XIXe siècle dans le cadre de la réforme re
ligieuse que le maharaja de Jaipur conduisait afin imposer tous ses sujets
le strict respect de ordre social brahmanique fondé sur le respect par chacun
de sa caste et de son étape de vie yarnasramadharma) et le culte non ex-
clusiviste de Siva des brahmanes vishnouïtes furent accusés de ne pas res
pecter leurs devoirs de caste adorer Visnu exclusion de tout autre dieu
et de porter des marques de brûlure sur le corps toutes pratiques assimilables
des fautes causant la perte de la caste pataka Le dernier reproche
explique par le fait que ces brahmanes relevaient de traditions sectaires ayant
adopté le rituel initiation pancaratra dont un des rites consiste imprimer
sur les épaules du nouveau disciple les symboles de Visnu au fer rouge tapa
Les brahmanes coupables furent contraints de subir une expiation afin être
réadmis dans leur caste Leur prayascitta dûment célébré sous le contrôle
du Maître-officiant âcârya de leur Conseil de caste consista mimer la
naissance de chacun eux aide un tissu figurant un utérus et refaire
103 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
les sacrements samskâra) tant prénataux que postnataux Cette procédure
rituelle visa les purifier de leur brûlure marque indélébile de leur ap
partenance sectaire est-à-dire les dévishnouïser Cette opération
accompagna de leur shivaïsation leur état de pureté suddhi recouvré
ils furent contraints adopter les symboles de Siva les cendres et le collier
de rudraksa et de se conformer aux normes religieuses établies par le ma
haraja 5)
Après les shivaïtes et les vishnouïtes on doit évoquer le curieux épisode
dans les relations entre hindous et musulmans dont parle le Riyazu- S- Salatin
une histoire du Bengale écrite en persan la fin du XVIIIe siècle 6)
la mort du Sultan Shamsu-d-din début du XVe siècle] lit-on un
zamindar hindou le raja Kans ou Ganesh] usurpa le trône du Bengale et il
se mit persécuter les musulmans la demande un saint musulman un
sultan voisin envahit le Bengale Le raja implora le saint de dissuader le sultan
avancer et en signe de soumission il lui offrit son jeune fils Jadu en lui
demandant de le convertir islam et de le faire sultan du Bengale Le saint
sortant de sa bouche le bétel il mâchait le mit dans la bouche de Jadu
et lui faisant répéter le credo de islam le convertit Peu de temps après
le fourbe raja détrôna son fils le sultan et en suivant les injonctions de sa
fausse croyance il fit préparer plusieurs vaches en or fit entrer son fils
par leurs bouches et le tira hors de leurs arrière-trains puis il distribua or
de ces vaches aux brahmanes faisant ainsi retomber son fils dans sa propre
croyance
est vraisemblablement au même type de cérémonie que fait allusion la
littérature ethnographique elle parle de renaissance travers une
vache en or afin de se purifier une grande souillure comme celle en
traîne un voyage étranger Eliade 1959 118 Ainsi la fin du XVIIIe siè
cle deux brahmanes envoyés en ambassade en Angleterre durent subir un tel
rituel leur retour La statue en or pur une vache ou une femme
!] avérant trop coûteuse il fut décidé de fabriquer une réplique de matrice
yöni en or Les deux brahmanes la traversèrent et après avoir été réinvestis
de leur cordon sacrificiel comme pour redoubler efficacité de leur purifi
cation) réintégrèrent leur caste Wilford 1799 535-536)
Ce type de simplification explique-t-il aussi le tissu en guise utérus dans
le rituel de Jaipur Explique-t-il de même que ramper sous le ventre une
vache plusieurs reprises ait été prescrit en cas de délit grave entraînant
la perte de la caste Dubois 1897 42) Quoi il en soit il faut noter la
ressemblance formelle de tous ces rituels avec ancien hiranyagarbhavidhi
De nombreuses inscriptions attestent la popularité du rite du hiranya
garbha chez les rois de Inde ancienne Bien elles ne donnent aucun
détail sur le rituel lui-même expression né du hiranyagarbha elles
utilisent témoigne du symbolisme de renaissance il impliquait Nommé
après le fameux Embryon or des hymnes cosmogoniques védiques RV
121 et AV 2) le hiranyagarbhavidhi est décrit pour la première fois
dans un des addenda de VAtharva veda Au cours de ce rituel le roi était
lavé avec les cinq produits de la vache pancagavya mélange notoirement
purificateur au dessus un récipient en or puis enfermé dans un vase en
or où il devait méditer sur Hiranyagarbha Boiling Neogelein 1909 90-92
Gonda 1965 322 Certains purana décrivent aussi ce rite en le classant
parmi les mahâdâna grands dons Kane II 873-874 Hazra 1940 44)
104 LA UDDHI
Cette catégorie de don qui impliquait des dépenses considérables visait ac
quisition de mérites pour cette vie et pour autre Hazra 1940 246-256)
elle avait aussi le pouvoir de purifier et de permettre expiation des fautes
les plus graves le meurtre un brahmane par exemple Hazra 1940 250
et pouvait donc tenir lieu de prayascitta
est sous appellation de grand don un hiranyagarbhavidhi fut
célébré en juin 1751 par Mârtânda Varma souverain du Travancore Il pénétra
dans un vase matrice en or lotiforme padmagarbhà rempli de pancagavya
immergea rituellement cinq fois dans le liquide purificateur tandis que des
brahmanes récitaient des mantra puis il sortit du vase pour être couronné
par le Maître-officiant Ce rituel fut diversement interprété Devait-il per
mettre au souverain expier la destruction de plusieurs temples Crooke
1906 499 Kunju 1976 117) Ou selon autres auteurs qui parlent un
vase en or en forme de vache et non de lotus bien que le symbolisme de
matrice demeure) visait-il transformer en empereur Mârtânda Varma de
caste nair Menon 1878 40-43 Kunju 1976 118) ou en brahmane Crooke
1906 500 Prazer 1910 IV 209 Dirks 1987 37-38 Bayly 1989 67)
Cette seconde interprétation semble sortir des prérogatives rituelles du grand
don Elle évoque par contre la finalité de la dïksa védique puisque celui
qui accomplissait devenait brahmane même il était né ksatriya ou sya
Gonda 1965 316-317 et 340) ou de certaines initiations sectaires la
dîksa de la secte du aivasiddhânta brûle la caste et confère le statut de
deux fois né un suara Koppedrayer 1991 301 311 Mais interpré
tation univoque du rituel en question est rendue plus difficile encore par le
fait que près un siècle avant Mârtânda Varma le nayaka de Tanjore avait
célébré un hiranyagarbhavidhi avec un autre objectif et selon un scénario
différent est dit-on afin de reconstituer sa force martiale il fut poussé
dans une vache en or par le Maître-officiant puis il simula sa naissance
en rampant extérieur où il fut recueilli pleurant comme un bébé par
pouse du même prêtre Bayly 1989 66-67)
Ces exemples ne ont pas éloignée de mon propos autant il pourrait
le sembler en tirerai deux enseignements Premièrement se trouve confirmé
un trait déjà évoqué plus haut utilisation un rituel de purification pour
assurer la transformation de identité socio-religieuse ce que nous appelons
conversion est pas une innovation de rya samâj Purifiés les vishnouïtes
de Jaipur étaient sortis du vishnouisme et avaient embrassé la religion de leur
maharaja Purifié Jadu avait quitté islam et était redevenu hindou Je
constate aussi que deux cas de figure que aurais été tentée de distinguer
en qualifiant un Jaipur de conversion intérieur de hindouisme et
autre au Bengale de conversion un hindou islam ont re un trai
tement comparable
est pas davantage originale par conséquent la représentation
Arya samaj de ce qui cause la sortie de la société hindoue dans les cas
particuliers du contact avec des non-hindous qui nous intéressent ici Il agit
une atteinte matérielle qui met en danger intégrité du corps et potentiel
lement celle de tout le corps social 10 ingestion de nourriture ou de quel
que substance est cet égard particulièrement redoutable Le jeune Jadu dut
être refait rituellement car il avait avalé la salive du saint musulman Les
brahmanes ambassadeurs durent être régénérés car ils avaient enfreint
leurs lois sacrées notamment alimentaires hors de Inde Wilford 1799
105 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
535 Pareillement la faute que le chrétien Brahmabandhab expia en 1907
fut avoir partagé la table avec des non-hindous et non de être fait baptiser
Animananda 1946 160-161 ingestion aliments interdits constitue
même une atteinte intégrité et la pureté du corps plus grave encore que
la circoncision Ainsi dans un cas islamisation forcée de brahmanes My
sore au XIXe siècle) plusieurs Conseils de brahmanes jugèrent ils ne pou
vaient être réadmis dans leur caste Ce est pas leur circoncision ils
estimèrent être un obstacle 11) mais le fait ils avaient mangé de la viande
bovine Dubois 1897 43-44 Même commise sous la contrainte cette abo
minable faute ne pouvait être effacée par aucun prdyascitta Pour cette raison
ces brahmanes restèrent musulmans
est bien la même logique qui fut invoquée dans affaire des hindous
islamisés du Kerala purifiés grâce intervention de rya samâj On
les estimés plus ou moins impurs selon le contexte de leur conversion
islam Le fait avoir eu sa mèche rituelle coupée et avoir prononcé le
credo musulman nécessita une purification moindre que celui en outre
été circoncis ou avoir eu des rapports sexuels avec des musulmanes Mais
ces deux catégories de fautes furent elles-mêmes jugées moins graves que la
consommation de nourriture préparée par les Moppilla Pour purifier cette
souillure extrême il fut nécessaire de faire les rites de réparation prévus pour
les fautes précédentes et en plus de prendre un bain dans la rivière Sethu
sous la supervision des autorités religieuses traditionnelles Hardgrave 1977
92)
Les exemples de ré-naissance rituelle montrent aussi un seul motif
rituel peuvent correspondre diverses fonctions très différentes de notre point
de vue La diversité de ces fonctions cesse être déconcertante dès lors on
ramène ces dernières au principe opératoire qui les rend cohérentes Evoquant
la conception la gestation et la naissance aide un vase lotiforme 12)
une vache factice ou réelle) un substitut de matrice ou un utérus en
tissu les rituels en question visent fabriquer un corps nouveau Le symbo
lisme de renaissance ils mettent en scène complété parfois de la célébra
tion de rites pré- et post-nataux est étroitement associé la purification 13
Dans tous les cas on marque un retour origine par cette qui
permet la restructuration rituelle du sujet et donc sa régénération 14 Le
contexte seul permet de définir celle-ci comme consécration initiation ex
piation réparation sociale ou encore transformation rituelle de la personne
concernée voire comme plusieurs entre elles la fois)
Il en est de la suddhi comme du hiranyagarbhavidhi et de ses variantes
Non pas formellement mais fonctionnellement En effet il dans la pers
pective que je viens indiquer une parenté entre la purification du jeune
Jadu et ennoblissement ou la régénération des souverains de Inde du Sud
comme il en une entre la suddhi des hindous islamisés au Kerala et la
métamorphose des intouchables purifiés et plus généralement la transfor
mation du nouvel arya samâjî en deux fois né instrumentalisation variée
de la purification est donc pas spécifique au rituel de Arya samaj
La raison en elle se trouve aussi dans le modèle formel de la
suddhi savoir initiation brahmanique upanayana cette seconde nais
sance qui associe les deux thèmes de ré-naissance et de purification im
plique une transmutation complète comme dans les rites de type
hiranyagarbhavidhi En outre comme tout samskara il la double fonction
106