12 Pages
English

Nation et religion chez les immigrés iraniens en Italie / Nation and Religion among Iranian Emigres in Italy - article ; n°1 ; vol.68, pg 27-37

-

Gain access to the library to view online
Learn more

Description

Archives des sciences sociales des religions - Année 1989 - Volume 68 - Numéro 1 - Pages 27-37
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Subjects

Informations

Published by
Published 01 January 1989
Reads 17
Language English
Document size 1 MB

Mme Chantal Saint-Blancat
Nation et religion chez les immigrés iraniens en Italie / Nation
and Religion among Iranian Emigres in Italy
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 68/1, 1989. pp. 27-37.
Citer ce document / Cite this document :
Saint-Blancat Chantal. Nation et religion chez les immigrés iraniens en Italie / Nation and Religion among Iranian Emigres in
Italy. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 68/1, 1989. pp. 27-37.
doi : 10.3406/assr.1989.1394
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1989_num_68_1_1394Arch Sc soc des Rel. 1989 68 juillet-septembre) 27-37
Chantal SAINT-BLANCAT
NATION ET RELIGION CHEZ LES
IMMIGR IRANIENS EN ITALIE
This article examines the role of mediation assumed by religion in thé
structuring of identity among ironian emigres to Italy and in
particular the typology of the relationship existing between social
national and religious identities Also evalued here is the real impact
of identity constructs on the life strategies of the subjects and on their
behavior in the host society
Survey results revealed the following two elements it is not really
religious identity as such which determines life choices but rather the
typology of the relationship existing between this latter and national
identity The case of the successful choice of integration into
Italian society thus appears in sharp contrast to that of the Shiitesfor
whom the national reference in coincidence or in opposition with
religion remains the determining dimension of identity which struc
tures the future of the subjects The second element in
determining life choices is their different conception of the social role
of religion
The bipolarism observed in identity illustrates the non-resolved
conflict between two representations oflranity two visions ofShiism
and its social interpretation thus raising the issue of an immigra
tion deludingly experienced as parenthesis
analyse du phénomène iranien est ordre du jour Elle porté tour
tour sur les origines de la révolution sur la typologie de ce nouvel intégrisme
tat 1) sur le rôle historique et contemporain du clergé chiite dans le
processus identification nationale comme sur sa fonction orchestration et de
représentation de la dissidence sociale égard des différents pouvoirs Notre
propos est pas ici approfondir importance des dimensions sociales de la
spiritualité chiite et originalité une vision et une pratique religieuse où
attentes eschatologique et sociale coïncident étroitement Il agit plutôt dans une
perspective analyse du rôle de la religion dans le processus identité et
appartenance collective des communautés immigrées de interroger partir
des données une enquête directe sur le phénomène suivant quel est impact
réel des constructions identitaires dans interaction sociale et quel poids exercent-
elles sur les comportements des sujets
27 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
ce propos le choix des Iraniens parmi les populations musulmanes
immigrées est certes pas fortuit Leurs stratégies de vie comme leurs-modalités
insertion dans la société accueil nous renvoient semble-t-il nécessairement
analyse du rapport souvent complexe ils ont instauré avec la dimension
religieuse Car exception des khomeynistes est précisément en fonction de la
typologie de leur relation avec le chiisme hier et aujourdhui que de nombreux
Iraniens se trouvent actuellement provisoirement exclus de leur communauté
nationale et contraints affronter une emigration temporaire ou définitive pour
certains originalité de immigration iranienne ne réside pas seulement comme
nous le verrons dans origine sociale ou les motivations émigration de ses
membres mais aussi et surtout dans la teneur et la force de ses divisions internes
Or ces dernières illustrent deux phénomènes étroitement liés entre eux et que
nous distinguons ici aux seules fins de analyse
une vision différente du rôle social de la religion
la diversité du rôle de médiation de la religion dans la structure identitaire
et en particulier la typologie du rapport entre identités sociale nationale et
religieuse Or les résultats de la recherche ont mis en évidence que les choix de
vie des sujets seraient incompréhensibles plus un titre sans le nécessaire
approfondissement des structures de leur identité collective Car si interprétation
conflictuelle de la fonction sociale de la religion recoupe en fait les fractures
sociales du contexte origine elle reflète aussi le processus complexe de construc
tion identitaire affronte hui la nation iranienne
LES IRANIENS EN ITALIE UNE CONSTELLATION DE FAMILLES DIVIS ES
Les 13 536 immigrés iraniens résidant hui dans la péninsule
présentent certains traits communs la première génération de Turcs ou Algé
riens immigrés en Europe nette prévalence de la présence masculine 713 )
naissance et socialisation dans le contexte origine 983 ) jeunesse de la
population 80 moins de 30 ans) et une faible implantation familiale 583
de célibataires Ils en diffèrent toutefois radicalement en ce qui concerne leur
origine sociale leur niveau instruction et leurs motifs émigration Les Iraniens
Italie ne constituent en rien une population de travailleurs musulmans
immigrés au sens habituellement consacré ce terme 4) même si leurs
conditions actuelles de vie tendent les en rapprocher marginalisation et
isolement social réels dûs essentiellement ambiguïté de leur statut résidentiel
provisoire la faiblesse de leur revenu la précarité du travail au noir et leurs
difficultés de logement
Appartenant quasiment tous ethnie perse un niveau instruction
relativement élevé 22 entre eux sont licenciés) ils proviennent en général des
classes moyennes iraniennes et plus précisément de deux catégories sociales
petits et moyens entrepreneurs propriétaires fonciers éleveurs ou commer ants
487 et fonctionnaires tat ou parapublics 348 Le motif principal
émigration est étude et la demande inscription dans les différentes facultés
italiennes 722 dessujets interviewés ont obtenu leur permis de séjour ce titre.
La motivation était réelle pour les premiers immigrés résidant en Italie depuis
plus de dix ans 27 venus alors chercher en Europe un titre et une expérience
négociables au retour en Iran On peut par contre en douter pour ceux arrivés plus
récemment 217 ou pour ceux qui installés depuis plus de ans la suite de la
28 IRANIENS ITALIE
révolution tentent de prolonger indéfiniment leur statut universitaire ou de
régulariser leur position de travailleur-étudiant en vertu de la récente loi
italienne du 30-12-86 Cette emigration origine provisoire tend en fait se
transformer en une illusoire fausse parenthèse qui coïncide pour beaucoup
avec le refus ou impossibilité affronter la situation socio-politique actuelle de
la société origine La fin de la guerre avec Irak pourrait représenter ce titre un
motif en moins pour prolonger émigration mais elle ne résoud pas pour autant.le
problème central du rapport au religieux acceptation pour ces émigrés tempo
raires de la légitimité un pouvoir qui poursuit une logique de transformation
sociale de la réalité iranienne dont ils sont hui exclus attente un
éventuel changement politique malgré la récente disparition de Khomeyni
risquant de se prolonger ne fait accentuer travers un processus isolement
et enfermement une des caractéristiques essentielles de immigration
iranienne en Italie le contraste paradoxal entre homogénéité structurelle de la
population considérée et la force de ses divisions religieuses et idéologiques Il
est en effet difficile de définir la présence iranienne comme une communauté
immigrée Il agit plutôt une série de familles qui vivent ensemble mais
séparément les traditionnelles fêtes nationales comme Nohruz la nostalgie de
Iran la volonté retourner la précarité et les difficultés concrètes de émigra
tion Le rapport au religieux structure en fait les relations intérieur du groupe
émigré Les Khomeynistes redoutés et méprisés par ensemble des autres sujets
vivent dans un isolement total Quant la minorité religieuse ie si elle
côtoie fréquemment les autres Iraniens elle le fait surtout pour des motifs ordre
professionnel
La subdivision de la population étudiée en sous-groupes analyse est
donc pas casuelle elle reproduit trois différents types de relation avec le chiisme
origine trois types possibles de structuration du rapport identité nationale
religieuse/sociale La lecture des données il agisse du rapport religieux
du type de structure identitaire des modalités insertion en Italie ou des
stratégies de vie articule donc autour de cette typologie qui reflète les frontières
actuelles appartenance la communauté nationale au sein desquelles la
relation complexe avec la religion chiite peut se traduire en acceptation réinter-
prétation ou rupture Elle articule de la fa on suivante
les Iraniens de croyance chiite origine mais qui se déclarent désormais
non pratiquants CnP ou en crise par rapport leur identification religieuse
de départ les indifférents et enfin les rares sujets qui identifient comme
marxistes Tous ont en commun être actuellement en situation de rupture sans
retour pour certains avec le chiisme officiel au pouvoir Ils représentent 461 de
échantillon
les Iraniens qui se déclarent chiites pratiquants CP et partagent une
même vision du religieux centrée sur le militantisme social Les divisions internes
opèrent autour du rapport entre religion et pouvoir politique figurent les
chiites obédience khomeyniste comme les opposants au régime partisans de
Sadr ou membres des Mujahidin Ils constituent 217 de échantillon
les Iraniens de religion ie B) 322 de échantillon caractérisés par
une cohésion interne sans failles la différence des deux autres groupes sont
aussi ceux qui entretiennent la rupture la plus définitive avec le chiisme iranien
La forte identification religieuse et la stricte observance des règles une commu
nauté vocation universaliste cimentent une population désormais bannie
de la structure nationale
29 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
est autour une conception diversifiée de la place de la dimension
religieuse dans la société que se profilent déjà les premières oppositions entre les
groupes considérés
II INTERPR TATION SOCIALE DU RELIGIEUX
Pour les chiites pratiquants le vécu religieux se traduit abord par une remise
en cause totale de individu La rénovation commence ici par soi-même Vivre
dans le respect de la Loi de Dieu est avant tout lutter contre le mal qui est en
soi telle est pour nous la définition première du Jihad déclarent les sujets
interviewés Cette tension continue et cet engagement personnel se reflètent dans
la solidité des croyances et une pratique exemplaire avec même un respect
majeur de la prière rituelle depuis arrivée en Italie On observe également un
renforcement des aspects normatifs du religieux volontairement accentués
dans la logique un processus de différenciation positive égard un
contexte occidental jugé trop fortement sécularisé est ainsi que dans la hiérar
chie des interdits les pratiquants considèrent dans ordre la consommation
alcool et de porc puis les relations sexuelles hors mariage comme les infractions
les plus graves La deuxième signification donnée par les sujets au Jihad nous
éclaire sur une des caractéristiques fondamentales du religieux chiite la
dimension sociale inséparable de la croyance Pour les CP acte de foi est aussi un
acte social il sous-entend nécessairement non seulement une transformation
active de individu mais aussi de sa société La religion coïncide ici étroitement
avec le militantisme social unanimité des sujets la religion est une idéologie
pour améliorer la société et pour 478 du groupe engagement politique est
une nécessité car il inscrit dans la logique même de la foi Comme le souligne
Carré la force du radicalisme islamique est liée la sensibilité extrême
la prédétermination divine qui jointe au sens de immédiate responsabilité
individuelle intra-mondaine situe islamiste dans action mondaine indivi
duelle violente il le faut de type millénariste En contexte chiite cette tendance
est renforcée par la seule croyance qui distingue les fidèles Ali de la majorité
sunnite Imama ou attente du retour du 12e Imam actuellement en occultation
Or apparition du Mahdi est directement liée la conscience spirituelle et aux
efforts concrets des croyants qui doivent mériter sa venue Pour 64 des CP Al-
amr bi rufe ananil-munkar 10 est avant tout un devoir social
dans la lignée une tradition qui refuse voir une conception restrictive
limitée aux prescriptions rituelles alors elle concerne surtout amélioration
des conditions sociales et la transformation de la vie collective 11 une des
particularités du chiisme est il se vit aussi comme conscience ésotérique et
spirituelle de islam 12 attente active de la Parousie constitue ainsi un
potentiel de subversion sociale une force mobilisante de contestation perma
nente 13 origine de énorme pouvoir acquis par les mujtahid-s chiites
travers leur rôle fondamental de recherche analytique et interprétation créative
ijtihad de la Charta 14 Mais la communauté des croyants se doit de rester
vigilante tant égard du pouvoir civil que du quiétisme de ses clercs susceptibles
de trahir le projet utopique de société towhidi 15 Comme ont déclaré claire
ment plusieurs khomeinistes le marja suprême est actuellement le meilleur
guide pour une transformation sociale et politique de la réalité iranienne mais
rien ne prouve il en soit toujours ainsi infaillibilité demeure en effet la
30 ITALIE IRANIENS
prérogative des seuls Imams Outre la capacité des représentants religieux
constituer progressivement une force autonome de contestation intérieur de la
société civile est essentiellement travers la force symbolique de la religiosité
populaire chiite que les croyants ont en quelque sorte fait coïncider identification
religieuse et identité sociale 16 Profondément enracinées dans imaginaire chiite les expectatives messianiques finissent par coïncider avec la
nécessité une reconquête des droits sociaux et abstraction historique se
transforme en une récupération concrète du futur national En témoigne claire
ment la RS que les sujets pratiquants ont du croyant chiite Ce terme inducteur fut
essentiellement associé aux concepts suivants musulman religieux pratiquant
Ali Iran altruiste juste sincère libre lutte savoir et futur 17 On remarquera
exception de la référence Ali absence de contenus doctrinaires au profit
une vision de la dimension religieuse qui se superpose ici nettement au
militantisme social et demeure liée la construction nationale
Toute autre est la relation établit le groupe des chiites non pratiquants avec
sa religion origine émigration fait que renforcer une tendance de fond
préexistante une pratique religieuse déjà occasionnelle en Iran où plus de la
moitié des sujets ne priaient ni ne respectaient le jeûne obligatoire Pour 804 du
groupe la religion est un choix de vie strictement personnel et inspire un
comportement éthico-social de droiture et engagement social est ainsi que
pour 774 des sujets on est pas responsable de ses actions devant Dieu mais
devant sa conscience Al-amr bi ruf entendu comme principe de conduite
et non comme acte religieux demeure pour 415 des CnP au-delà du fanatisme
dont il est hui objet un concept important de la société iranienne le
témoignage un nécessaire engagement social De même le jugement exprimé
sur la gravité des interdits confirme une interprétation éthique de la religion car
est ici le vol et le mensonge qui sont considérés comme les plus graves Derrière
cette apparente laïcisation du religieux se profile aussi un refus radical du
cléricalisme renforcé en outre par institution du gouvernement walayat al-
faqih 18 Le groupe des CnP condamne unanimité ingérence des religieux
dans les affaires de tat et souhaite que les lois droit de la famille code
pénal etc... inspirent seulement du respect des droits de individu En terre
islam les CnP se prononcent pour une claire distinction entre le champ
religieux et organisation de la société civile Cette séparation de la religion et de
la politique ainsi une vision largement privatisée de expérience religieuse
confirment une tendance la sécularisation déjà vérifiée lors des dernières
années du règne de Reza Shah 19 Cette conception de la religion en fort
contraste avec la religiosité de la majorité de la population iranienne accentue la
fracture sociale entre une élite occidentalisée minoritaire et une communauté
nationale qui fait de la religion un espace symbolique de médiation identitaire
la fois culturelle et sociale Or ce est pas seulement le cléricalisme qui répugne
aux CnP mais aussi le fanatisme une interprétation religieuse ils jugent
arriérée aliénante irrationnelle et inscrite dans une logique dont ont aujour
hui perdu la clé Le croyant chiite demeure toutefois leurs yeux un élément
central de la réalité nationale représentatif des valeurs fondamentales de la
communauté Sa crédibilité sociale est ailleurs pas remise en cause elle
se trouve détachée de son interprétation politique actuelle Mais si le chiisme
symbolise une tradition culturelle il ne structure pas pour autant avenir comme
est le cas pour les pratiquants illustre ensemble des associations faites
partir du terme chiite pratiquant non khomeiniste religieux Iran tradition
famille respectable sincère mais aussi ignorant Il serait sans nul doute
31 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
excessif affirmer que ensemble des classes moyennes iraniennes est progres
sivement détaché de identification religieuse Mais il est pas exclu de penser
que expérience iranienne de colonialisme indirect et acculturation occidentale
de la classe dirigeante ombre des dynasties Pahiavi ait pu entraîner la longue
un processus de sécularisation et travers lui une accentuation un isolement
culturel du reste de la société iranienne profondément attachée par contre une
tradition religieuse articulée autour de la défense des injustices et inégalités
sociales conformes esprit du chiisme des Alavi et Ali Shariati opposa
islam des Safavides lié au pouvoir la stratification sociale et aux privilèges
Le rôle accordé au religieux est aussi une clé de lecture fondamentale pour la
compréhension du troisième sous-groupe considéré la communauté ie 20
Sa situation de minorité active accompagne un niveau de pratique extrê
mement élevé tant en Iran que dans le contexte immigration Ce comportement
religieux qui renforce la nécessaire cohésion du groupe exprime aussi dans le
strict respect des fidèles égard de institutionalisation de ses structures
origine Les deux péchés les plus graves aux yeux de tous les sujets sont en effet
premièrement la non obéissance aux décisions des assemblées locales et
nationales et ensuite inscription un parti politique alors que par compa
raison la consommation alcool ou le vol ne sont pas considérés comme des
infractions fondamentales Toutefois interdiction totale de toute activité politique
ne diminue en rien aux yeux des is la centralité du lien entre société et
religion et la nécessaire action sociale qui en dérive 21 Comme dans le cas des
chiites pratiquants on assiste une superposition entre religion et dimension
idéologique Les opposent par contre radicalement le rapport entre identification
religieuse et identité nationale si pour les CP le Jihad est lié comme nous avons
vu avenir de Iran les is privilégient au contraire la poursuite de unité
un ordre religieux mondial dont le croyant doit pouvoir témoigner dans
tout contexte social et/ou national Dans le cadre de notre problématique le cas
des is et leur refus de identité nationale apparaît comme fondamental
enquête en effet mis en lumière que ce est pas seulement la relation
instaurée avec la dimension religieuse qui influence les choix de vie des Iraniens
immigrés mais plutôt la typologie du rapport existant entre religion et identifica
tion nationale Car parallèlement une vision différenciée du rôle de la religion
inscrit aussi ambiguïté de la structure identitaire iranienne où affrontent
dans un conflit encore non résolu les diverses RS de la nation et du chiisme Or
analyse du processus identification des Iraniens immigrés tend exclure le
groupe de cette logique
III LA STRUCTURE IDENTITAIRE
Les is autodéfinissent comme des citoyens du monde identifi
cation religieuse devenue totalisante finit par supplanter la référence nationale
appartenance la communauté religieuse garant de autocatégorisation et de
la valorisation sociale des sujets se substitue absence de liens avec la réalité
iranienne renfor ant ainsi les chances réelles intégration en Italie analyse de
la RS du Moi réel et idéal des is met en évidence la rupture avec la société
origine opposé des autres immigrés Iran est jamais cité Les sujets se
vivent comme sincère bon imparfait identification de ennemi 22
confirme la centralité de identification religieuse Pour les is est avant
32 IRANIENS ITALIE
tout le CP khomeiniste le musulman associés aux termes suivants fanatisme
violence peur haine intolérance ignorance mais est aussi athée 2e facteur
de AFC associé inexistant perdu fragile aveugle absurde désinformé
matérialiste résultat des fautes du clergé oppose-t-on cet univers de
violence et erreur Comme pour tous les Iraniens la dimension affective et
sécurisante de la famille identification ie bien sûr Moi idéal et étrange
ment la référence de univers juif 2e et 3e facteur associé religieux uni
puissant persécuté peuple solidante travail éducation autre minorité qui
symbolise aux yeux des sujets une réussite en termes aspirations et de stratégies
Avec des modalités diverses la structure identitaire des CP présente la même
cohérence La dimension religieuse tient encore une place privilégiée mais elle
est cette fois étroitement liée identification nationale En témoigne la RS du
Moi réel et idéal on est la fois religieux altruiste et Iranien Le confirme
également la vision de ennemi qui est abord un infidèle et un antireligieux
mais aussi le symbole une menace concrète qui pèse sur le présent et avenir de
la communauté nationale identification de adversaire est ce propos expli
cite Américain Juif et Les termes qui chargent le facteur éclairent la
hiérarchie complexe du kâfir aux yeux des CP Tous bien sur sont anti
islamiques ignorants infidèles irréligieux le contenu ne varie pas en soi mais
ordre fluctue en fonction des menaces prioritaires pour Umma Le est un
kafir intérieur mais la lutte contre hérésie internationale USA et Israël associée
politique puissance exploiteur violence apparaît pas moins essentielle
La structure de défense est de nouveau la sphère familiale puis identification
chiite Elle intègre aussi face occidentalisation la référence zoroastrienne
bien unanimement respectée cette dernière reste toutefois pour les CP liée au
passé de la Perse et non au futur de Iran
Toute autre est la place privilégiée que cette dimension pré-islamique occupe
dans la structure identitaire des CnP Profondément enracinée dans univers
affectif des sujets la référence zoroastrienne est ici vécue comme un âge or
désormais perdu symbole une unité nationale que introduction de islam
aurait perverti Seul terme recueillir le consensus de tous les immigrés univers
zoroastrien est pour les CnP lié la RS de identité nationale Associée
civilisation orgueil Perse culture pré-islamique religieux uni Iran savoir
feu sincère respectable cette RS reflète isolement une minorité sociale
nostalgique un passé pré-islamique elle oppose une identification où Iran
et chiisme coïncident étroitement est donc le zoroastrisme que les CnP choisis
sent comme élément identification et de différenciation positive par rapport
outgroup il soit occidental ou arabe adversaire est clairement identifié
est abord islam symbolisé par le CP khomeiniste associé fanatisme
ignorance intolérance et sous-développement le musulman et surtout Arabe
vécu comme arriéré différent fanatique ignorant envahisseur musulman
sous-développé oppresseur Aux yeux des Iraniens entité arabe reste le
symbole de ennemi une culture et une religion étrangères aussi bien la
dimension pré-islamique elle écarta islam iranien elle suscita
Mais peut-on contourner une Iranité historiquement liée désormais au phéno
mène chiite Peut-on abstraire une identification nationale où le religieux
tenu une si grande place Ce est donc pas un hasard si les CnP sont les seuls
sujets avouer une identité actuellement en crise En net contraste avec les
certitudes des pratiquants ils soient chiites ou is le CnP se vit Moi réel
comme Iranien altruiste sincère mais aussi non sur de lui en crise bloqué
exilé
33 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
IV CONCLUSI IDENTIT ET CHOIX DE VIE
La typologie de la structure identitaire et en particulier le type de relation
entre identification religieuse et nationale éclaire la vanete des stratégies de vie
observées Elle détermine également la diversité des modalités insertion en
Italie pour chacun des trois sous-groupes immigrés originalité du cas
est liée au fait que la communauté religieuse constitue non seulement la structure
identification sociale différenciée mais devient en réalité la clé de insertion
dans la société accueil déterminant les stratégies intégration professionnelle
et sociale Si les fidèles persans se montrent particulièrement actifs au sein de la
communauté ie italienne ils occupent aussi une place prépondérante dans
le commerce du tapis activité principale de la société iranienne immigrée Ce
sont bien sur les Iraniens qui ont les relations les plus étendues avec la société
italienne mais si le manage mixte est envisagé il est souvent con
intérieur de la communauté religieuse Les is sont néanmoins les seuls
Iraniens identifier clairement Italie comme leur seconde patrie 703 entre
eux écartent définitivement éventualité un retour en Iran Leur spécificité
demeure liée la typologie des liens ils ont maintenus avec la culture origine
tous médiatisés au fond par identité religieuse Iran reste avant tout la terre de
leur prophète avant être une référence nationale En témoigne leur RS de
Hran te associée citoyenneté civilisation culture et religion en net
contraste avec celle du reste du groupe
Le bipolarisme identitaire observé auprès des Iraniens chiites illustre comme
on vu le conflit non résolu entre deux représentations de iranité deux visions
du chiisme deux interprétations du rôle de la religion dans la société Quand il
agit de autodéfinir par rapport outgroup en occurrence la dimension
occidentale symbolisée par Américain ou Arabe culture étrangère les CP et
les CnP appuient tour tour sur identification religieuse chiite et univers
zoroastrien les deux faces une même médaille qui alimenta tour tour le
processus de légitimité des différents pouvoirs du Shah Khomeyni Pour les
CnP la RS de iranité est associée Iran civilisation tradition Perse orgueil
tandis que pour les CP est encore mais aussi futur orgueil religion
islam Au-delà des contradictions de la subjectivité iranienne contemporaine
partagée entre une référence pré-islamique et une dimension chiite actuellement
controversée la seule structure identification commune tous les Iraniens
exception des is demeure la référence nationale En coïncidence ou en
opposition avec la religion est elle qui structure au-delà du paradoxe de deux
systèmes symboliques avenir des sujets Le choix du retour en Iran est motivé
pour 96 des CP et 86 des non pratiquants par le sentiment de devoir faire
quelque chose pour le futur de leur pays La centralité de la dimension militante
dans la hiérarchie des valeurs 23) elle-même inséparable de identité nationale
est origine de la force du mythe du retour émigration est ici vécue comme
une parenthèse soit par les pratiquants repliés sur des pratiques religieuses
qui les différencient et les isolent la fois de la société accueil que par les non
pratiquants qui travers innombrables difficultés réussissent tant bien que mal
une tentative insertion provisoire Soutenus par la certitude du retour on
retrouve ainsi paradoxalement réunis dans une même tension utopique de
construction nationale identification religieuse chiite qui coïncide avec un
engagement social et le militantisme socio-politique laïcisé des CnP et des
marxistes
34 IRANIENS DTTALIE
Les articulations fluctuantes entre identification nationale religieuse et
sociale servent de révélateur la ense identitaire qui ébranle hui la
communauté iranienne Il semble que le processus de modernisation-occidenta
lisation-sécularisation la veille de la révolution ait touché que superficielle
ment la réalité La méfiance générale des sujets égard du matéria
lisme occidental comme la RS négative de athéisme témoignent de enraci
nement de la dimension religieuse dans la société En dehors des marxistes qui
identifient comme tels athée est vécu comme inexistant non sur de lui par
les non pratiquants et comme faible et perdu par les pratiquants is et
chiites Mais si on peut être comme on vu la fois Persan et Iranien y-a-t-il
plusieurs manières être chiite Car il semble bien que ce soit autour de
interprétation sociale de la dimension religieuse que se structure avec difficulté
une conscience nationale statu nascente ambiguïté des rapports entre
chiisme et pouvoir est intrinsèque au dogme de Occultation majeure et attente
messianique du Mahdi la fois chef spirituel et temporel de la communauté Dès
lors évolution du clergé chiite et histoire de ses confrontations successives
avec tat ne font que refléter un long processus de grignotement 24 des
fonctions et des prérogatives des Imams par les spécialistes du religieux De
énorme pouvoir social des mujtahid-s leur intervention directe dans la vie
politique la frontière est fragile elle sera définitivement franchie en 1969 avec la
théorie du Walayat-al-faqih Les données de la recherche illustrent la querelle
historique et sans doute encore actuelle entre un chiisme quiétiste jaloux de son
indépendance et un courant interventionniste où autorités religieuse et
politique se superposent enquête outre la centralité de la référence nationale
auprès de tous les sujets en effet souligné opposition entre la dimension
idéologique de combat conférée au religieux par les pratiquants et le refus chez
les non pratiquants un chiisme clérical et politique Mais au-delà du poids
des structures normatives appartenance et du bipolarisme identitaire elle
aussi mis en évidence les rares certitudes des Iraniens immigrés unique refuge
identifié par les trois groupes est la sécurité matérielle et affective de la structure
familiale Ce est pas non plus un hasard si les seules réalités sociales crédibles et
jugées unanimement sincères aux yeux des Iraniens sont le chiite pratiquant
non Khomeiniste le vrai croyant libéré de tout opportunisme politique ou
fanatisme idéologique univers zoroastrien et le martyre symbole une
éthique de sacrifice et de justice de la culture iranienne quelque soit la croyance
religieuse ou non qui inspire on se prononce rarement par contre sur entité et
les caractéristiques du Pouvoir 25)
Chantal SAINT-BLANCAT
Université de Padoue
35