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Pour une sociologie des itinéraires de sens : une lecture politique du rapport entre croire et institution / Towards a Sociology of Meaning Itineraries: a Political Rea ding of the Relationship between Belief and Institution - article ; n°1 ; vol.82, pg 223-238

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Description

Archives des sciences sociales des religions - Année 1993 - Volume 82 - Numéro 1 - Pages 223-238
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1993
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Exrait

Patrick Michel
Pour une sociologie des itinéraires de sens : une lecture
politique du rapport entre croire et institution / Towards a
Sociology of Meaning Itineraries: a Political Rea ding of the
Relationship between Belief and Institution
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 82, 1993. pp. 223-238.
Citer ce document / Cite this document :
Michel Patrick. Pour une sociologie des itinéraires de sens : une lecture politique du rapport entre croire et institution / Towards
a Sociology of Meaning Itineraries: a Political Rea ding of the Relationship between Belief and Institution. In: Archives des
sciences sociales des religions. N. 82, 1993. pp. 223-238.
doi : 10.3406/assr.1993.1650
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1993_num_82_1_1650Arch de Sc soc des Rel. 1993 82 avril-juin 223-238
Patrick MICHEL
POUR UNE SOCIOLOGIE DES ITINERAIRES DE SENS
UNE LECTURE POLITIQUE DU RAPPORT ENTRE
CROIRE ET INSTITUTION
Hommage Michel de CERTEAU
The problematic of the relation between particular and universal today
appears of crucial urgence with regard to the upheavals in the world scene
which shake this relation as much as they attest its recomposition Here an
attempt is made its starting point being the theoretic instruments perfected by
Michel de Certeau to centre by the political the contemporary economy
of belief in its relation to recent developments and to disengage certain ana
lytical elements concerning on the one hand the contemporary acceleration of
disengagement of problematic of the thruth of belief and on the other hand
the accentuation in the relative and the movement of the contradictory tension
between belief and institution
The hypothesis is proposed that the ample recomposition that is taking place
and that plays simultaneously on the identity the centrality and the mediation
refers to the rearticulations of belief or more precisely to an articulatory crisis
between individual belief and common belief the crisis is not of belief but
of collective belief which leads to centrally the question of institution Or
to be clear the question of the possibility of an institution of belief in the
universe of the relative
Si observamos de cerca las transformaciones que se est produciéndose
nivel mundial podemos concluir que es urgente que nunca acercarnos
la problem tica de la relaci entre lo particular lo universal El autor
se propone partir de los instrumentos te ricos elaborados por Michel de
Certeau abordar partir de lo pol tico la econom contempor nea de creer
en su relaci con las evoluciones recientes extraer algunos elementos de
an lisis referidos por una parte la aceleraci nea de la emer
gencia de una problem tica de la verdad del hecho de creer por otra por
la acentuaci en lo relativo en el movimiento de la tensi contradictoria
entre creer instituci
El autor presenta la hip tesis de que la gran reconstituci que se est ope
rando que tiene implicaciones al mismo tiempo sobre la identidad la cen-
223 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
tralidad la mediaci hace referencia rearticulaciones del hecho de creer
precisamente una crisis de articulaci entre el creer individual el
creer com la crisis no es tanto del creer sino del en conjunto lo
que nos lleva plantear el interrogante de la instituci Dicho con otras
palabras al interrogante sobre la posibilidad de una instituci del creer en
el universo de lo relativo
un esprit de veille Aux théologies négatives une
poésie désirée de pluies attente et de vent un
grand réalisme qui aggrave au lieu de résoudre qui
désigne obscur qui tienne les clartés pour nuées tou
jours déchirables Qui ait souci une haute et impra
ticable clarté
Yves Bonnefoy improbable
Cet article se voudrait doublement contribution un essai de tracement
en pointillés des itinéraires pluriels du croire dans le contemporain et hom
mage Michel de Certeau grand explorateur et grand voyageur grand car
tographe aussi Cet hommage se justifierait simplement par le souci de
témoigner de la dette contractée auprès de lui Mais au-delà la rencontre
avec son uvre impose incontournable dès lors que on interroge sur
les avatars du croire dans nos sociétés et sur les pratiques dont ces dépla
cements sont origine II semble bien disent avec raison Luce Giard
et Pierre-Jean Labarrière que Michel de Certeau ait souvent vu juste et dressé
une première carte des lieux hui nécessaire au travail de la pen
sée 3)
est cette carte et aux modifications que évolution rapide du monde
contraint lui apporter est consacré le présent essai qui pour se situer
sous le signe du braconnage que pratiquait Certeau est et ne prétend pas
être pour autant une étude des instruments analyse on lui doit Ceux-ci
sont ici mis au service une entreprise qui par fidélité Michel de Certeau
se devait de se réclamer vis-à-vis de lui de la liberté qui le caractérisait au
premier chef
Poser la question du croire est nécessairement interroger sur la rela
tion il organise entre le particulier et universel le simple et le pluriel
le je le nous et le ils chacune de ces entrées ne se recouvrant
ailleurs pas est donc aussi se saisir emblée de institution comme
organe de transmission de médiation et de contrôle Henri Madelin évoquant
la réflexion engagée par Michel de Certeau autour de et parti
culièrement de institution ecclesiale soulignait justement combien était per
ue dans cette réflexion cette sorte de contradiction entre la volonté de
signifier un absolu et la contingence des porteurs de signes ajoutant au
tour de la prétention de institution Michel de Certeau interrogeait sur
le rapport entre universel et particulier dans les tours et les détours de cette
institution qui ne veut pas reconnaître sa particularité pour dire de universel
et qui en même temps laisse toujours voir du particulier dans son dis
cours
Cette problématique du rapport entre particulier et universel apparaît au
hui une urgence cruciale au regard des bouleversements que connaît
224 ET INSTITUTION CROIRE
la scène mondiale qui bousculent cette relation autant ils attestent sa re
composition On se propose ici outre essayer de cadrer par le politique
économie contemporaine du croire dans son rapport aux évolutions récentes
de dégager sur le mode de hypothèse quelques éléments analyse concer
nant une part accélération contemporaine du dégagement une probléma
tique de la vérité du croire et autre part accentuation dans le relatif et le
mouvement de la tension contradictoire entre croire et institution
Nous vivons avec la disparition du système soviétique un passage Mais
nous le comme une rupture privilégiant affirmation de celle-ci au
détriment une pensée de la continuité qui pourtant avère indispensable
la compréhension une évolution affectant tout autant les sociétés occiden
tales que les anciennes démocraties populaires Toutes les contem
poraines sont des sociétés post-communistes au sens où elles ont toutes
charge de gérer la fin une polarité ultime référence qui structurait outre
les comportements les mentalités elles-mêmes Et cette tension adossait
du croire organisait du croire et débouchait sur du croire Il est cet égard
pas neutre que le religieux comme dimension de ce croire ait été dans le
processus long de sortie du communisme et reste issue de ce processus
requis en permanence pour saisir cerner décrire du mouvement et prendre
position quant ce même mouvement
Le problème est naturellement pas hui de gérer un passage du
simple au complexe effondrement du communisme pas eu pour effet
de rendre le monde plus compliqué Mais la perception du simple et du
complexe en est modifiée approfondissement du passage un univers du
relatif dont témoigne et que sanctionne cet effondrement se traduit concrè
tement par une accélération généralisée de la circulation Cette accélération
est évidemment vécue sur le mode de la crise celle-ci référant tant la dif
ficulté de redéfinir des positions stables dans les recompositions en cours re
compositions dont au demeurant personne est hui valablement en
situation annoncer les configurations futures probables la nostalgie
des positions stables passées pour fictive ait été cette stabilité et injuste
ordre elle instaurait et cautionnait
Obnubilés par ampleur de cette crise et la multiplicité des registres
elle affecte nous avons quelque peine en reconnaître la nature profonde
Or cette crise est pas ponctuelle Elle inscrit dans le temps long et sanc
tionne une évolution dont origine est sans doute aussi ancienne que la re
lation humaine au sens On fera hypothèse que cette ample recomposition
qui joue simultanément sur identité la centralité et la médiation réfère
des réarticulations du croire ou plus précisément une crise de articulation
entre croire individuel et croire commun la crise est pas du croire mais
du croire ensemble ce qui amène poser centralement la question de ins
titution Ou pour être net la question de la possibilité même une institution
du croire dans univers du relatif
est dire aussi il est indispensable dans cette perspective de ap
pliquer rassembler les instruments permettant au regard du big-bang
conceptuel évoquait Moscovici assurer un minimum intelligibilité
aux recompositions actuelles est donc affirmer urgence une totale dé
prise une mise plat de nos catégories théoriques et de élaboration une
sociologie du mouvement est-à-dire en dernière instance des itinéraires de
sens qui permettrait de déchiffrer les tendances évolution du monde contem-
225 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
porain dans les redistributions elles induisent et les recompositions du
croire elles requièrent cette fin
Il est en dernière analyse deux positions théoriques partir desquelles
appréhender le croire La première se centre sur une interrogation sur ob
jet le dit énoncé) la seconde développe essentiellement une problémati
que de acte de croire le dire renonciation une tendance réitérer
inlassablement et passionnément son questionnement de la vérité de la
croyance tandis que autre se borne si on peut dire décrire les modes
de circulation de la conscience croyante travers les objets susceptibles
exprimer et de rassembler des convictions 5)
effondrement du communisme porte deux niveaux distincts en met
tant en évidence un renversement décisif du rapport énoncé-énonciation un
coup fatal au questionnement de la vérité du croire
abord parce que cet effondrement sanctionne une entreprise qui visait
organiser le monde par référence une totalité qui faisait sens de fa on
naturellement différente tant pour ses partisans que pour ceux qui la subis
saient ou la combattaient Cette référence était en dernière instance légitimée
par du croire et cela quelles aient pu être les transactions passées par la
totalité de référence avec le réel du fait de érosion que ce dernier lui faisait
subir En second lieu et peut-être surtout parce que cette entreprise ayant
avorté il est maintenant possible de vérifier que les instrumentalis ations une
totalité opposée la totalité officielle des fins de mise en cause de sa
légitimité entraînaient pas nécessairement adhésion aux catégories propres
de cette totalité la référence une synthèse religieuse pour lutter contre le
projet totalitaire qui légitimait la pratique soviétique ne visait pas une nouvelle
organisation de la société sur des bases religieuses mais bien la reconnaissance
une réalité sociale et politique plurielle où le croire notamment dans sa
modalité religieuse aurait se situer dans le relatif
effondrement historique du communisme comme pratique et comme
idéologie constitue un événement majeur que nul est encore capable et
sans doute pour longtemps de penser dans sa globalité La fin du commu
nisme censée hier peine annoncer par un curieux retournement un avenir
radieux pour humanité ou constituant même pour certains la fin de his
toire mérite en fait beaucoup plus une fois dressé le constat de décès un
simple permis inhumer Mais il est douteux que les seules critères gestion
naires évaluation du passage la démocratie ou économie de marché
permettent en prendre la mesure et en approcher la signification Il ap
paraît en revanche indispensable de penser cette expérience dans la continuité
Dans histoire longue le communisme ou plutôt la pratique qui en
réclamait été un essai de freinage qui serait pathétique il avait brisé
tant existences un processus continu et global de désenchantement du
monde travers la tentative de substitution une modalité du croire une
autre du politique au religieux comme vecteur majeur enchantement Il en
suit que effondrement du communisme constitue une étape supplémentaire
de ce désenchantement portant sinon sur le politique au moins sur une forme
sacralisée du politique Cette étape affecte ensemble des systèmes contem
porains ce qui suppose une adaptation de ces systèmes visant leur permettre
de fonctionner et éventuellement de faire face une ou plusieurs utopies
nouvelles dont les contours tendent ailleurs vraisemblablement se préciser
226 CROIRE ET INSTITUTION
la marge sans on en soit toujours conscient avec notamment certains
ré-emplois du religieux
Cette adaptation comme ailleurs les procédures de définition utopies
alternatives qui lui sont parallèles participent une vaste entreprise de re
définition des repères individuels et collectifs Le ur de cette entreprise
est constitué par importantes redistributions du rapport au sens qui bous
culent ensemble des équilibres sur lesquels nous campions absolutisation
du relatif contraint repenser des concepts devenus non-pertinents et trouver
un langage permettant de décrire le réel
Le langage est de fait hui piégé La seule référence une tran
sition ouvrirait Est la fin du communisme fait ainsi problème Elle
suppose en effet un point de départ et un point arrivée clairement identifiés
Or un et autre une fa on ailleurs différente font défaut Force est de
plus de noter que si on est instinctivement porté considérer que la rupture
mentale avec le communisme précédé la rupture concrète avec lui cette
seconde venant sanctionner un processus amorcé par la première les obser
vations effectuées en Europe de Est montrent assez largement les diffi
cultés actuelles viennent de ce que est inverse qui prévaut les mentalités
et donc les croire qui les sous-tendent ont du mal adapter une réalité
qui les précède Enfin et surtout cette référence la transition permet en en
limitant le champ aux seuls pays de ex-aire soviétique de faire économie
de analyse du mouvement auquel les sociétés de Ouest sont confrontées
du fait même de écroulement du système
effondrement du mur de Berlin entraîne certes attestation un consen
sus apparent sur la supériorité de la démocratie occidentale au double plan
de organisation politique et des valeurs qui la sous-tendent et sur efficacité
de économie de marché qui lui est étroitement associée Il conduit toutefois
aussi maintes interrogations portant bien évidemment sur les procédures de
passage la démocratie Est mais également sur les procédures de redé
finition de la Ouest du fait même de la disparition du commu
nisme On notera que là aussi le religieux est en permanence sollicité dans
ces procédures entre autres comme vecteur affirmation identitaire et comme
instrument de mise en cause des catégories propres de la démocratie
La difficulté de saisir le contemporain tient la circulation généralisée
qui règne et qui contraint se situer en permanence dans un entre-deux
nous imposant de mettre en place une pensée et un langage du transit Mais
nos catégories restent majoritairement celles figées un monde artificielle
ment stabilisé autour une polarité ultime référence hui défunte
Analyser la transition revient donc décrire un entre-deux malaises qui est
aussi un malaise de entre-deux au malaise généré par des identités pré
définies auxquelles nous étions requis adhérer succède le malaise créé par
la difficulté de recourir quelque pré-définition que ce soit pour arrêter une
identité
Il est dès lors rien de surprenant ce que la transition se joue pour
les orphelins de la centralité confrontés des redistributions valant appro
fondissement de la sécularisation du pensable sur le mode un flottement
identitaire dont les manifestations sont partout visibles Nous vivons une né
crose identificatoire Faute de grands repères toutes les identités se fragilisent
Comme identité et la centralité et autant plus vivement elle pour
fonction de les articuler une autre la médiation connaît une crise sensible
227 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
tant au niveau des institutions au niveau du langage per par maints ac
teurs comme déphasé Des catégories aussi élémentaires que centre et pé
riphérie majorité et minorité petit et grand particulier
et universel croyant et non-croyant ordre et mouvement
toutes ressenties comme indispensables la constitution indentités stables
semblent prises dans un tourbillon qui les rend sinon quasi-inutilisables au
moins utilisation fort complexe
Revenons sur expérience contemporaine du Centre-Est européen qui
ici une valeur heuristique certaine dans le long processus conduisant
la sortie du communisme il est apparu que contrairement un bien enten
du particulièrement répandu notamment dans un pays comme la France il
existait pas de champ religieux ou de champ politique autonome mais une
matrice commune où organisaient les passages de un autre sur la base
de mécanismes fort complexes de recharges et de redéfinitions réciproques
En dernière analyse le rôle historique du religieux ou de utilisation qui en
été faite dans la sortie du communisme été de dé-pervertir le politique
de amener se limiter accepter dans des limites se désacraliser Il
est agi de montrer un tout politique ailleurs fictivement unanimiste
était jamais un rien politique
Le rôle même du communisme dans la constitution du religieux en véhi
cule privilégié de questionnement de la légitimité du système politique doit
être souligné en se refusant intégrer idéologiquement Dieu le communisme
en fait le seul lieu autonome partir duquel dire valablement le refus du
système et mettre en cause sa légitimité ou mettre en évidence son absence
de légitimité On là explication du type de démarche que les oppositions
en choisissant comme plate-forme commune les droits de homme ont mis
en place face au régime
En même temps force est de constater que cette logique conduisait da
vantage une configuration en termes de guerre de religion croire contre
croire une figure spécifique de relation entre politique et religion Tout
est passé comme si le religieux avait contribué accoucher une modernité
politique dont faut-il le souligner il au moins sur un plan institutionnel
tout craindre si on retient pour exemple celui de Ouest sécularisé)
Dans Europe de Est désoviétisée ou plutôt en voie de désoviétisation)
le discours éthique qui était adossé pour se construire des catégories re
ligieuses été hier un discours libérateur une très grande efficacité po
tentielle ou réelle Il devient avec la pluralisation de la société un discours
exclusion fondé sur des catégories perverties articulant du religieux de
identitaire et de la soi-disant norme morale Cette évolution témoigne de la
difficulté de passer un système de discours clos un système ouvert et de
utopie mobilisatrice la gestion un réel polymorphe et éclaté cette
première crise ajoute celle qui est liée dans ère du relatif la définition
de la centralité La promotion de individu débouche sur un questionnement
permanent de celle-ci tat est ainsi doublement atteint par cette évolution
car pris au piège une contradiction incontournable mais ingérable il est
de fait mis en demeure la fois être moins présent en raison du désaveu
de toute centralité et être omniprésent en tant indispensable instance
arbitrale et médiatrice
Une contradiction de même nature frappe les glises et tout particuliè
rement glise catholique de plein fouet comme instances centralement pro-
228 ET INSTITUTION CROIRE
ductrices de sens et de norme ère du passage du débat idéologique au
débat de société la demande de sens qui exprime notamment dans une quête
éthique accompagne ce qui est apparemment paradoxal par le refus
de la norme morale rigide Or glise semble incapable de répondre une
demande de sens autrement que par la production de normes ce qui va
encontre de ce pourquoi on la requiert
Cette interrogation plurielle sur le sens renvoie tant la crise dû politi
que que le retour du religieux au statut sinon épiphénomènes au moins
de symptômes La transition est fondamentalement une réarticulation de la
question du sens dans une phase de redistribution globale Les ré-emplois du
religieux auxquels on assiste hui traduisent incapacité du politique
actuel fournir un langage permettant aboutir explicitement un question
nement croyable du sens qui vaille mise en perspective du réel Ce qui est
en cause ici est le passage et les difficultés il suscite un rapport au
sens qui articulé soit sur la certitude de la certitude soit sur le questionnement
de la certitude tend se structurer autour de la certitude du
Dans cette perspective nous ne sommes pas sortis de la modernité même
il est plus difficile de penser la continuité que de repérer les ruptures dont
elle se constitue et alimente en permanence Dans cette perspective toute
référence une post-modernité constitue une tentative pour freiner ce pro
cessus
Là est peut-être pas pour glise catholique équivoque principale
Sans peut-être viser une restauration de son autorité sur des sociétés profon
dément sécularisées son projet semble être hui de jouer des contra
dictions mêmes de cette sécularisation Ce schéma doit beaucoup une
interprétation des deux signes rreles que sont élection un slave au Va
tican et la fin du communisme le système de type soviétique ayant été analysé
par glise comme le dernier avatar de la modernité la caricature ultime de
édification un monde sans Dieu effondrement du communisme est donc
vu comme une victoire de glise sur la Cette thèse étayée et
complétée par les critiques de la modernité issues de la modernité même est
toutefois fondée sur une vision très construite de la Pologne catholique
et du rôle du spirituel dans effritement progressif puis la disparition de or
dre soviétique Est
Contrairement ces analyses fort répandues dans glise catholique au
hui effondrement du communisme athée -considéré donc par elle
comme le dernier avatar de la modernité le dernier rejeton certes bâtard et
pervers des Lumières ne saurait constituer le signe de la victoire de glise
sur cette modernité Les malaises repérables ici ou là devant les contradictions
de la se nourrissent un processus plus large les instruments
mêmes de la mise en cause du religieux de sa relativisation se trouvent
leur tour relativisés la philosophie la politique et la science ont joué un
rôle majeur en matière de désenchantement du monde Le marxisme qui se
voulait simultanément philosophique politique et scientifique pouvait dès lors
poser en véhicule parfaitement accompli de la modernité au travail et donc
en vecteur central de sortie de la religion Or en sacralisant le politique il
est parvenu redonner de la vigueur ce dont eradication aurait constitué
sa légitimation ultime En effondrant le communisme dissipe le brouillage
derrière lequel abritaient certaines formes du religieux pour prétendre faire
économie de la définition de leur rapport la modernité En bref que
229 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
celle-ci ne soit pas en mesure de répondre toutes les questions elle
elle-même soulevées annonce pas son effacement on puisse relever
maints indices attestant la crise elle traverserait ne préjuge pas de la nature
même de cette crise Celle-ci pourrait bien être signe de croissance annon
ciateur de sa maturité et donc présage un monde adulte Face ce processus
glise catholique se comporterait en mère abusive qui refuserait émanciper
un monde pourtant en instance être majeur selon le mot superbe de Bon-
hoffer
hui face aux difficultés de la transition Est et face la
recherche partout de nouveaux équilibres tant internes que mondiaux le re
ligieux apparaît comme un lieu observation privilégié des mutations lentes
des sociétés individualisation différenciation etc. Ces débou
chent sur une distance croissante prise égard des instances normatives cen
trales comme si avec le passage de ère du débat idéologique celle du
débat de société la demande de sens ou plus précisément de cet au-delà
de sens en lequel Certeau voyait le ud interne de la croyance 9)
demande plus aiguë du fait des formidables transformations enregistrées ces
dernières années était hui pensée indépendamment une demande
de normes Cette évolution frappe de plein fouet institution du croire en
amont bien sur mais aussi et peut-être surtout en aval au sens où elle
condamne toute mobilisation du croire au service activités contrôlées par
institution et qui passent encore pour un de autre Ce qui est
en cause est dès lors la capacité même de institution instrumentaliser
la relation que tout croire entretient avec un faire 10)
Plus généralement on assiste en fait au télescopage de deux logiques dis
tinctes inscrivant chacune dans un registre de temps différent La première
relève du temps long et renvoie un triple phénomène individualisation
de différenciation et de rationalisation Elle induit une perte de influence
sociale de la religion La seconde caractérisée par la recherche de repères
nouveaux dans une phase de transition voit des ré-instrumentalisations poli
tiques de la religion qui accréditent idée un renouveau de celle-ci mais
ne relève que de redistributions ponctuelles Elle semble remettre en cause
la première alors en fait elle conforme et la sert Le religieux devient
en situation de recomposition globale un des lieux privilégiés du politique
Il est partout utilisé en dernière analyse pour questionner les catégories du
pluralisme et donc de la démocratie)
Dans le cadre une pensée de la continuité le désenchantement des ins
truments mêmes du désenchantement vaut donc poursuite un processus glo
bal de désenchantement affectant maintenant le politique après que le
politique ait été requis de participer au désenchantement religieux du monde
Plusieurs problèmes sont posés de ce fait dont on peut observer les effets
dans le cadre des recompositions en cours et qui participent soit de la confu
sion délibérée ou pas entre le désenchantement des instruments du désen
chantement et un ré-enchantement religieux du monde re-sacralisation
renouveau religieux revanche de Dieu autant de termes participant
une pensée de la rupture) soit du refus par peur nostalgie ou calcul du
désenchantement des instruments du désenchantement sacralisation du poli
tique de la République ou. -paradoxe- de la démocratie)
La structuration nouvelle des mentalités on voit dès lors se dessiner
dans le cadre un consensus mou non sur les supposées valeurs propres
230 CROIRE ET INSTITUTION
de la démocratie et de économie de marché mais sur absence alternative
leur opposer verra la confrontation entre ceux pour qui les repères sont
chercher de fa on dynamique dans le relatif et ceux pour lesquels un tel mo
dèle est insupportable et qui vont appliquer stabiliser artificiellement les
repères utilisables en jouant sur la tradition et sur identité est-à-dire sur
une identité ne se définissant que par et dans une tradition 11)
effondrement du bloc et de idéologie soviétiques élément majeur de
actuelle transition est sans doute abord mettre au compte de épuisement
des logiques qui les sous-tendaient Il constitue cependant une victoire pour
la démocratie en ce il témoigne une sortie de ère des finalités Le
triomphe du relatif débouche sur une levée hypothèques il contraint ainsi
sortir de la confusion entre une démocratie-idéologie figurant le Bien dans
le conflit qui opposée au communisme ou plus récemment Khomeyni
ou Saddam Hussein nouveaux avatars du Mal et la démocratie-système
modeste de gestion le système le plus respectueux du relatif et ayant
ce titre et ce titre seulement triomphé de ses adversaires En bref si la
démocratie gagné ce est pas parce elle est une idéologie supérieure
aux autres en termes efficacité mais justement elle est plus efficace
parce au elle est pas une idéologie On retrouve ici idée que le pensa
ble est sécularisé ce qui ne va évidence pas sans contradictions et
suppose un important travail de redéfinition
Celui-ci porte abord sur les critères de gestion simultanée de ordre et
du mouvement Pour ne prendre un exemple le communisme dans les
sociétés occidentales joué le rôle de repoussoir mais il représentait aussi une
incitation permanente au progrès social II est pas étranger la configura
tion actuelle de nos démocraties avec leurs trois piliers institutions démo
cratiques libéralisme économique protection sociale
Le redéfinition porte en second lieu sur les critères organisateurs des re
lations entre majorité et minorité(s) dans une situation où aucune de ces deux
catégories est jamais définie de fa on stable Il est pas neutre que des
catholiques blessés par le film de Scorcese aient pu affirmer que ils étaient
juifs ou musulmans on les écouterait Dans ère du relatif le minoritaire
peut apparaître comme jouissant des privilèges du majoritaire Per comme
produit et représentation privilégiée du changement il est soup onné par cer
tains membres de la majorité être plus susceptible eux-mêmes de in
tégrer un mouvement dénoncé parce que bousculant tous les repères
Enfin et peut-être surtout la relation entre particulier et universel fait de
plus en plus problème Le premier besoin pour se fonder comme tel in
vestir le second et être investi par lui Mais explosion du nombre des
acteurs et accroissement de la vitesse de communication entre eux relati
visent par la force des choses cette démarche La mondialité se manifeste par
des mécanismes permanents interaction qui ils disent parfois le même
articulent jamais identique Dans le contemporain ce qui est gagné en
mondialité est-à-dire en conscience de la multiplication interactions plu
rielles est perdu en universalité universalisation du relatif implique la re-
lativisation de tout universel celui-ci se disant étant désormais plus une
forme particulière une aspiration commune la gestion harmonieuse de al-
térité 12)
opposition considérée ici ou là comme ores et déjà potentiellement
structurante entre mondialisme cosmopolitisme et enracinement commu-
231