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Réflexions sur le principe de la neutralité de l'Etat en matière religieuse et sa mise en oeuvre en droit français/ Reflections Concerning the Principle of Religious neutrality of the State and its Implementation in French Law - article ; n°1 ; vol.101, pg 31-52

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Archives des sciences sociales des religions - Année 1998 - Volume 101 - Numéro 1 - Pages 31-52
The principle of religious neutrality of the state represents the judicial translation of the political and philosophical concept of a secular state. This requirement of neutrality has very different expressions in positive law. In France, it is often thought that it finds its best expression in the secular laws of the Third Republic, while it is ignored by the concordat which regulates the relations between church and state in Alsace-Moselle. In a first part the article surveys these two legislations in order to call for a more subtle approach. In fact we are confronted with two conceptions of the religious neutrality of the state: on the one hand, a negative conception, based on the idea that the state is indifferent to or ignorant of cultural activities; on the other hand, a dynamic conception according to which freedom of religion and a non-preferential attitude towards the various confessions are better guaranteed by an active neutrality of the state. In a second part, the article discusses these two conceptions of the religious neutrality of the state. It concludes that the dynamic conception seems more appropriate to satisfy both the interests of the state and the needs of the different religions; however the implementation of such an active neutrality may lead to an unequal treatment when, as is the case in Alsace-Moselle, the religious legislation has not been adapted to social changes and does not take into account the emergence of new religious practices.
Le principe de neutralité de l'Etat en matière religieuse constitue la formulation juridique du concept philosophico-politique de laïcité de l'Etat. Cette exigence de neutralité comporte des expressions très différentes en droit positif. En France, on considère fréquemment qu'elle est assurée de manière exemplaire par les lois laïques de la 3ème République et méconnue par les lois concordataires maintenues en vigueur en Alsace-Moselle. L'étude consacre sa première partie à l'analyse de ces deux législations en vue de montrer que le jugement doit être plus nuancé. En réalité s'affrontent deux conceptions de la neutralité religieuse de l'Etat : d'une part, une conception négative, fondée sur l'idée d'indifférence de l'Etat, voire d'ignorance de sa part à l'égard des activités cultuelles; d'autre part, une interprétation dynamique selon laquelle la liberté de religion et le respect de parité entre croyances religieuses sont mieux assurés par une neutralité active de l'Etat. La deuxième partie est consacrée à l'examen critique de ces deux conceptions de la neutralité religieuse de l'Etat, l'interprétation dynamique apparaissant comme correspondant à une meilleure prise en compte des intérêts propres de l'Etat comme des besoins de différents cultes, mais la mise en oeuvre de cette neutralité active pouvant cependant susciter des situations critiquables en matière d'égalité lorsque, comme en Alsace-Moselle, la législation des cultes n'a pas été adaptée aux changements sociaux et n'a pas pris en compte le développement de nouvelles pratiques religieuses.
El principio de neutralidad del Estado respecto a lo religioso constituye la formulación jurídica del concepto filosófico-político de la laicidad del Estado. Esta exigencia de neutralidad implica expresiones muy diferentes en derecho positivo. En Francia, se considera frecuentemente que la neutralidad es asegurada de manera ejemplar por la leyes « laicas » de la Tercera Republica y es desconocida por la leyes del Condordato vigentes en la région de Alsace-Moselle. En su primera parte, el estudio se consagra al análisis de estas dos legislaciones para demostrar la necesidad de un juicio más matizado. En realidad, se enfrentan dos concepciones de la neutralidad religiosa del Estado : por una parte, una concepción negativa, basada en la idea de una indiferencia, ver ignorancia, del Estado respecto a las actividades de los diferentes cultos ; por otra parte, una interpretación dinámica según la cual una neutralidad activa del Estado garantiza mejor la libertad religiosa y el respecto de la paridad entre las creencias religiosas. La segunda parte del estudio se centra enel examen critíco de estas dos concepciones de la neutralidad religiosa del Estado, poniendo de relieve que la interpretación dinámica toma mejor en cuenta a la vez los intereses propios del Estado y las necesidades de los diferentes cultos, pero que la aplicación de esta neutralidad activa puede sucitar, sin embargo, situaciones criticables respecto ala igualdad cuando, como pasó en Alsace-Moselle, la legislación de los cultos no fue adaptada a los cambios sociales y no tomó en cuenta el desarrollo de nuevas prácticas religiosas.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1998
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Language English
Document size 2 MB

Exrait

Jean-Marie Woehrling
Réflexions sur le principe de la neutralité de l'Etat en matière
religieuse et sa mise en oeuvre en droit français/ Reflections
Concerning the Principle of Religious neutrality of the State and
its Implementation in French Law
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 101, 1998. pp. 31-52.
Citer ce document / Cite this document :
Woehrling Jean-Marie. Réflexions sur le principe de la neutralité de l'Etat en matière religieuse et sa mise en oeuvre en droit
français/ Reflections Concerning the Principle of Religious neutrality of the State and its Implementation in French Law. In:
Archives des sciences sociales des religions. N. 101, 1998. pp. 31-52.
doi : 10.3406/assr.1998.1201
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1998_num_101_1_1201Abstract
The principle of religious neutrality of the state represents the judicial translation of the political and
philosophical concept of a secular state. This requirement of neutrality has very different expressions in
positive law. In France, it is often thought that it finds its best expression in the "secular" laws of the
Third Republic, while it is ignored by the concordat which regulates the relations between church and
state in Alsace-Moselle. In a first part the article surveys these two legislations in order to call for a more
subtle approach. In fact we are confronted with two conceptions of the religious neutrality of the state:
on the one hand, a negative conception, based on the idea that the state is indifferent to or ignorant of
cultural activities; on the other hand, a dynamic conception according to which freedom of religion and a
non-preferential attitude towards the various confessions are better guaranteed by an active neutrality of
the state. In a second part, the article discusses these two conceptions of the religious neutrality of the
state. It concludes that the dynamic conception seems more appropriate to satisfy both the interests of
the state and the needs of the different religions; however the implementation of such an active
neutrality may lead to an unequal treatment when, as is the case in Alsace-Moselle, the religious
legislation has not been adapted to social changes and does not take into account the emergence of
new religious practices.
Résumé
Le principe de neutralité de l'Etat en matière religieuse constitue la formulation juridique du concept
philosophico-politique de laïcité de l'Etat. Cette exigence de neutralité comporte des expressions très
différentes en droit positif. En France, on considère fréquemment qu'elle est assurée de manière
exemplaire par les lois "laïques" de la 3ème République et méconnue par les lois "concordataires"
maintenues en vigueur en Alsace-Moselle. L'étude consacre sa première partie à l'analyse de ces deux
législations en vue de montrer que le jugement doit être plus nuancé. En réalité s'affrontent deux
conceptions de la neutralité religieuse de l'Etat : d'une part, une conception négative, fondée sur l'idée
d'indifférence de l'Etat, voire d'ignorance de sa part à l'égard des activités cultuelles; d'autre part, une
interprétation dynamique selon laquelle la liberté de religion et le respect de parité entre croyances
religieuses sont mieux assurés par une neutralité active de l'Etat. La deuxième partie est consacrée à
l'examen critique de ces deux conceptions de la neutralité religieuse de l'Etat, l'interprétation dynamique
apparaissant comme correspondant à une meilleure prise en compte des intérêts propres de l'Etat
comme des besoins de différents cultes, mais la mise en oeuvre de cette neutralité active pouvant
cependant susciter des situations critiquables en matière d'égalité lorsque, comme en Alsace-Moselle,
la législation des cultes n'a pas été adaptée aux changements sociaux et n'a pas pris en compte le
développement de nouvelles pratiques religieuses.
Resumen
El principio de neutralidad del Estado respecto a lo religioso constituye la formulación jurídica del
concepto filosófico-político de la laicidad del Estado. Esta exigencia de neutralidad implica expresiones
muy diferentes en derecho positivo. En Francia, se considera frecuentemente que la neutralidad es
asegurada de manera ejemplar por la leyes « laicas » de la Tercera Republica y es desconocida por la
leyes del Condordato vigentes en la région de Alsace-Moselle. En su primera parte, el estudio se
consagra al análisis de estas dos legislaciones para demostrar la necesidad de un juicio más matizado.
En realidad, se enfrentan dos concepciones de la neutralidad religiosa del Estado : por una parte, una
concepción negativa, basada en la idea de una indiferencia, ver ignorancia, del Estado respecto a las
actividades de los diferentes cultos ; por otra parte, una interpretación dinámica según la cual una
neutralidad activa del Estado garantiza mejor la libertad religiosa y el respecto de la paridad entre las
creencias religiosas. La segunda parte del estudio se centra enel examen critíco de estas dos
concepciones de la neutralidad religiosa del Estado, poniendo de relieve que la interpretación dinámica
toma mejor en cuenta a la vez los intereses propios del Estado y las necesidades de los diferentes
cultos, pero que la aplicación de esta neutralidad activa puede sucitar, sin embargo, situaciones
criticables respecto ala igualdad cuando, como pasó en Alsace-Moselle, la legislación de los cultos no
fue adaptada a los cambios sociales y no tomó en cuenta el desarrollo de nuevas prácticas religiosas.Arch de Sc soc des Rel. 1998 janvier-mars 31-52
Jean-Marie WOEHRLING
REFLEXIONS SUR LE PRINCIPE DE LA NEUTRALITE
DE TAT EN MATI RE RELIGIEUSE ET SA MISE
EN UVRE EN DROIT FRAN AIS
Bien incontesté le principe de neutralité de tat en matière de cultes
ou de convictions religieuses est rarement affirmé comme tel en France Ceci
résulte du rôle proéminent joue le concept de laïcité est travers
cette dernière notion que se développe en France la quasi totalité du débat
sur la place de la religion dans la société et sur ses rapports avec les pouvoirs
publics
Après une trentaine années durant lesquelles ce thème avait guère sus
cité attention et avait malgré quelques échauffourées relatives aux écoles
privées connu que peu de renouvellements la discussion autour du concept
de laïcité connu un regain très vif depuis la fin des années 1980 et singu
lièrement depuis affaire des foulards
En effet la laïcité est au ur un débat qui porte sur le modèle ré
publicain et sur les menaces qui pèseraient sur celui-ci Parmi les divers
éléments relatifs exception fran aise au rôle de tat et de la Nation
absence de corps intermédiaires egalitarisme formel la citoyenneté
etc... constitutifs de ce modèle la laïcité joue un rôle philosophique et po
litique central Bien il figure dans la Constitution et ait par conséquence
rang de principe constitutionnel ce concept de laïcité été considérablement
surinvesti du point de vue politique et idéologique au point il est dif
ficile de lui donner encore une signification juridique précise au regard du
droit des activités religieuses
Pour mieux distinguer la dimension philosophico-politique et la portée
juridique de la notion de laïcité il paraît possible identifier cette dernière
avec un terme moins chargé On peut considérer que la notion de neutralité
de tat par rapport aux religions le même contenu que le concept juridique
de laïcité mais apparaît comme plus opérationnel si on veut tenter de cerner
de manière plus précise ses implications du point de vue strict du droit
En effet la neutralité religieuse de tat implique la séparation entre les
instances étatiques et les instances religieuses au sens une autonomie res
pective absence adhésion des organes de tat une conviction religieuse
le respect par tat une parité de traitement des cultes ce terme est
31 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
préféré celui égalité pour souligner que certaines différences peuvent être
justifiées en raison de situations distinctes et enfin le refus de Etat de ef
facer ou de renoncer ses intérêts propres au profit de ceux des cultes Mais
la neutralité signifie aussi absence attitude négative ou hostilité de tat
égard des cultes ou des pratiques religieuses
Sans doute par rapport celui de neutralité le concept de laïcité pourrait
être compris comme comportant une dimension supplémentaire qui est celle
de la primauté de tat En outre il est traditionnellement interprété comme
impliquant une certaine inaction de tat au regard des cultes cette position
de retrait étant exprimée notamment dans la loi du décembre 1905 Mais
ces aspects doivent être relativisés car ils se combinent avec autres exi
gences en particulier le principe de laïcité doit se concilier avec le principe
de liberté de religion qui exige de la part de tat non seulement une
abstention actions pouvant mettre en cause cette liberté mais aussi le cas
échéant un comportement positif si celui-ci est nécessaire la concrétisation
de la liberté de religion
Il paraît donc légitime de traiter le concept juridique de laïcité au sens
de principe de neutralité de tat Pour préciser la portée de ce principe on
recourra dans la présente étude une comparaison du droit local alsacien-
mosellan avec le droit applicable dans le reste de la France droit général
par opposition au local) ces deux régimes exprimant deux formes très
différentes des rapports tat- glises Le régime alsacien-mosellan des cultes
est souvent compris comme dérogeant au principe de neutralité-laïcité tel il
exprime dans le reste de la France La vérification critique de cette appré
ciation permettra de mieux cerner la notion de neutralité religieuse de Etat
En effet ces deux systèmes de législation correspondent deux conceptions
différentes de cette neutralité Leur comparaison est donc de nature mieux
cerner les diverses compréhensions de la notion
Pour procéder cette comparaison on exposera abord les caractéristi
ques principales de ces deux régimes juridiques des activités religieuses le
droit général et le droit local des cultes Puis on analysera les conceptions
de la neutralité religieuse de tat qui les sous-tendent On argumentera ici
dans le sens une neutralité active de tat fondée sur idée une utilité
sociale du fait religieux
LA LEGISLATION CULTUELLE EN VIEILLE FRANCE ET EN
ALSACE-MOSELLE
Ces deux régimes sont présentés souvent comme opposés Le régime issu
de la loi du décembre 1905 est per comme instituant une privatisation
de activité religieuse et un désengagement complet de tat devenu indif
férent la question religieuse la séparation instituée par la loi de 1905 tendant
distinguer deux cercles étanches un par rapport autre un corres
pondant aux institutions publiques autre aux institutions religieuses Seule
cette séparation radicale garantirait la neutralité de tat Alsace-Moselle
en tant elle conservé la législation concordataire avant 1905 aurait
pas accédé un régime de laïcité et serait caractérisée la fois par inter-
32 LA NEUTRALIT DE TAT EN FRANCE
vention de pouvoirs publics dans les affaires religieuses et par existence de
préoccupations religieuses les services publics La neutralité de tat
serait donc pas assurée
Cette opposition et ces appréciations doivent être regardées comme insuf
fisamment nuancées voire inexactes tat ne peut se désintéresser totale
ment des questions religieuses et le régime juridique applicable en Vieille
France ne manifeste pas un tel désintérêt Inversement le régime alsacien-
mosellan il comporte des aspects de coopération entre tat et les glises
ne correspond pas une situation de confusion entre les intérêts publics et
les intérêts religieux La neutralité de tat est préservée
Le droit général
La loi du décembre 1905 constitue le texte central un ensemble de
dispositions juridiques tendant la séparation des activités publiques et des
activités religieuses Si du point de vue des principes est abandon du
concept de culte reconnu qui caractérise ce régime cet aspect reste rela
tivement abstrait Sous un angle plus concret et pratique les aspects les plus
saillants de cette séparation résident dans le non subventionnement public des
cultes absence enseignement religieux dans les écoles publiques déjà ac
quis en 1886) et assujettissement des activités religieuses au droit privé
Toutefois ces principes font objet de modalités de mise en uvre qui at
testent une préoccupation certaine de tat en ce qui concerne activité re
ligieuse
Les institutions cultuelles
Depuis 1905 les institutions religieuses relèvent du droit privé Néan
moins il ne agit pas en règle générale du droit commun Le cadre normal
de activité cultuelle est constitué par les associations cultuelles selon le ré
gime de la loi de 1905 Ces associations doivent avoir exclusivement Rour
objet de subvenir aux frais entretien et exercice public du culte la
différence des autres associations elles ne peuvent recevoir de subventions
publiques attribution de leurs biens en cas de dissolution fait objet un
décret En échange elles bénéficient une capacité juridique étendue leur
permettant de recevoir des dons et legs mais ceux-ci doivent être autorisés
par autorité administrative Par ailleurs elles profitent de diverses exonéra
tions fiscales Les dons qui leur sont faits peuvent être déduits des impôts
sous certaines conditions Les groupements religieux qui ont pas été re
connus comme associations cultuelles par autorité administrative ou qui ne
veulent pas relever de ce régime peuvent fonctionner selon le régime de as
sociation ordinaire de la loi de 1901 voire il agit un petit groupement
stable celui de la société civile Les communautés religieuses relevant de la
qualification de congrégation relèvent par contre un régime exorbitant
comportant une forte connotation de droit public autorisation par décret ré
gime de reconnaissance contrôle administratif Mais le délit de congrégation
ayant été supprimé en 1942 ce mode organisation qui comporte aussi cer
tains avantages en matière de dons et legs est désormais facultatif et toute
33 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
communauté religieuse peut se constituer selon les modalités juridiques de
son choix
Le système juridique que on vient de décrire ouvre donc un choix entre
des structures de droit commun authentiquement coupées de toute relation
avec tat et des structures particulières marquées la fois par une tutelle
publique et une influence protectrice de tat Des deux côtés tat affirme
sa volonté de respecter organisation interne chaque culte dans le souci du
respect de la liberté de religion
Les ministres du culte
Une dualité du même ordre se rencontre en ce qui concerne le statut des
agents des institutions religieuses Si ces dernières le souhaitent elles peuvent
soumettre leurs agents au droit social commun ou les faire échapper Dans
tous les cas un certain nombre obligations ou incapacités spécifiques sont
applicables aux ministres des cultes interdiction de recevoir certains dons
être rémunérés par tat sauf certaines exceptions) de célébrer un mariage
religieux avant le mariage civil exercer certains emplois publics assujet
tissement des pénalités particulières obligation de loyauté spécifique
gard de leur glise etc. Les ministres du culte peuvent échapper au statut
du salariat et au code du travail la jurisprudence admettant ils ne concluent
pas de contrat de travail avec organisation cultuelle défaut de lien de su
bordination La loi Viatte du 19 février 1950 exclut exercice du culte ca
tholique du champ application de la sécurité sociale Une loi particulière
de 1978 crée un système assurances sociales propres aux ministres des cultes
qui ne veulent pas relever du régime de droit commun Ce régime particulier
assurance sociale étant en déficit il bénéficie en fait du soutien financier
des autres régimes
Cependant les groupements religieux peuvent aussi faire relever leurs
agents permanents du droit du travail et du régime général de la sécurité so
ciale
Les lieux de culte
Si le principe est que les lieux de culte ils soient des lieux publics
ou de culte public ou privés sont la charge des seules associations cul
tuelles la réalité est profondément différente seuls répondent ce principe
les lieux de culte non catholiques et ceux construits après 1905 Mais même
dans ces deux cas diverses aides publiques sont licites et pratiquées la
construction de nouveaux lieux de culte peut être favorisée soit par la garantie
des emprunts contractés par les associations cultuelles par les collectivités
publiques en application une loi de 1961 soit par des subventions concer
nant des bâtiments mixtes est-à-dire affectés pour partie une finalité
cultuelle et pour partie un usage culturel ou autre par ailleurs en vertu
une loi de 1942 les collectivités publiques peuvent aider financièrement
entretien des édifices appartenant aux associations cultuelles Quant aux édi
fices cultuels construits avant 1905 et affectés au culte catholique ce qui
constitue le cas le plus fréquent ils sont restés en règle générale propriété
communale parfois propriété de tat notamment pour les cathédrales) mis
34 LA NEUTRALIT DE TAT EN FRANCE
la disposition du culte concerné dans ce cas il agit de dépendance du
domaine public dont les communes peuvent supporter les dépenses entretien
entretien pouvant même inclure éclairage et le chauffage Alors que les
diverses formes aides susmentionnées sont facultatives les mesures en
tretien des bâtiments cultuels publics nécessaires la sécurité publique sont
obligatoires La séparation institutions publiques-institutions religieuses est
donc en ce domaine particulièrement nuancée égalité entre les cultes est
également mise mal il existe au fond trois régimes des édifices cul
tuels ceux de glise catholique majoritairement antérieurs 1905 ceux
appartenant des associations cultuelles bénéficiant des lois de 1942 et 1961
et ceux relevant non qui sont nettement désavantagés
La police des cultes
Par ce terme on désigne les mesures organisation autorisations inter
dictions allégations intéressant la vie collective dans un souci ordre public
Cet aspect été que faiblement modifié par intervention de la loi de 1905
Avant comme après cette loi les pouvoirs publics se sont toujours reconnus
les pouvoirs nécessaires la sauvegarde de ordre public concernant usage
des voies publiques processions) la tranquillité publique sonneries des
cloches) hygiène publique abattages rituels) la bienséance publique lieux
inhumation) etc. Mais ces mesures doivent être nécessaires et ne pas porter
une atteinte excessive ou injustifiée la liberté activité religieuse De plus
ces mesures de police doivent veiller ne pas interférer avec le principe du
respect des règles organisation interne chaque culte cette fin un certain
pouvoir de police est reconnu au desservant intérieur des lieux de culte
publics
enseignement religieux
est un des points de fixation de la laïcité la fran aise ensei
gnement public est considéré comme neutre que dans la mesure où toute
référence confessionnelle en été éliminée école publique doit donc non
seulement ne se prêter aucune prise influence religieuse sur les élèves
que ce soit de manière active contenu de enseignement) ou passive pré
sence de signes religieux dans les locaux scolaires) mais institution éduca
tive ne peut collaborer avec les institutions religieuses pour faire une place
dans les lieux et dans le programme de enseignement public pour un en
seignement de catéchisme ou de religion Ce principe de séparation été in
terprété de la manière la plus stricte pour primaire public un
jour de la semaine restant vacant pour activité religieuse Toutefois exis
tence aumôneries religieuses est prévue par la loi dans les établissements
enseignement secondaire Inversement les écoles privées sous contrat sont
elles-mêmes soumises aux principes de la liberté de conscience des élèves et
des enseignants ainsi que du droit accès pour les enfants de toute croyance
Dans le cadre du contrat association le caractère religieux prend la forme
de plages horaires dans les programmes destinées enseignement religieux
les autres activités spirituelles en trouvant exclues
35 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
Le régime cultuel Alsace-Moselle
Parmi les spécificités des trois départements de Est de la France exis
tence de cultes reconnus paraît constituer une dérogation particulièrement
exorbitante par rapport aux principes de droit commun applicables dans le
reste de la France Cette situation pourrait être regardée comme une anomalie
dont il serait vain de chercher les fondements juridiques dès lors elle ne
correspondrait un contexte social et politique propre une région Mais
il ne agit pas une simple exception par rapport au régime de Vieille France
est un modèle différent des rapports Etat-cultes
Le terme de statut public des cultes utilisé pour décrire la situation
alsacienne-lorraine laisse penser il existe en Alsace-Moselle un régime glo
bal et homogène qui comporte une reconnaissance officielle et formelle la
quelle entraîne ensuite de manière nécessaire un certain nombre de
conséquences sur le plan de la situation juridique et de la rémunération des
ministres du culte du régime des édifices consacrés au culte du contrôle
public sur les activités religieuses enseignement religieux etc.. Cette
conception est erronée Non seulement les règles juridiques applicables aux
quatre cultes dits reconnus sont différentes pour chacun de ces cultes mais
encore ces règles ne constituent pas proprement parler un statut en ce sens
elles ne constituent pas pour chacun de ces cultes un ensemble homogène
et complet Ces règles relèvent certes du droit public On peut donc parler
de régime de droit public Mais ce régime de droit public des cultes Al
sace-Moselle est constitué par un nombre important et hétérogène de lois et
de règlements issus de périodes et héritages variés que on peut regrouper
autour de cinq axes dont chacun son autonomie et ses particularités
Le statut des organes des cultes reconnus
Les cultes dits reconnus comportent des organes de gestion qui ont un
statut de droit public Ce sont fréquemment des établissements publics du
culte Cet aspect paraît souvent extraordinaire aux Fran ais de Vieille France
bien il agisse une technique juridique comme les autres Toute activité
sociale doit bénéficier un cadre que celui-ci soit emprunté au
droit privé ou au droit public ne préjuge que de manière très réduite des
liens de activité en cause avec les autorités publiques Le droit fran ais en
fournit de nombreux exemples il existe des organismes de droit privé qui
gèrent des activités intérêt général et sont soumis un contrôle des autorités
publiques inversement il existe des établissements publics qui servent des
intérêts particuliers dans une situation de très large autonomie
Dans le cas particulier des cultes reconnus Alsace-Moselle le caractère
de droit public des institutions cultuelles comporte essentiellement les consé
quences suivantes les organes des cultes reconnus étant organisés selon des
textes réglementaires accord du gouvernement ou du moins du ministre de
Intérieur est nécessaire pour modifier les structures ou les circonscriptions
de ces cultes les textes en cause prévoient une participation de tat cer
taines décisions des organes des cultes reconnus agrément de la nomination
de certains responsables approbation de certaines décisions etc...) admi
nistration publique dispose un certain pouvoir de contrôle et de surveillance
36 LA NEUTRALITE DE ETAT EN FRANCE
sur ces organes certaines règles du droit commun des institutions publiques
appliquent aux institutions cultuelles principe de légalité principe égalité
obligation de motivation formes des notifications accès aux documents
etc...) enfin les décisions des organes des institutions publiques cultuelles
ont assez souvent le caractère actes administratifs et relèvent alors du
contrôle de la juridiction administrative au lieu être soumises au contrôle
des tribunaux de ordre judiciaire
Cet ensemble de conséquences montre que le choix un régime de droit
public est pas sans effet pratique Il serait cependant exagéré de lui attribuer
des conséquences excessives et en particulier en déduire que les organismes
des cultes reconnus constitueraient une composante de administration publi
que ou auraient le caractère organes de tat Les phénomènes de colla
boration voire de contrôle ne sont pas exclusifs une nette différence de
nature et une réelle autonomie
Le statut du personnel religieux
En Alsace-Moselle agissant des cultes reconnus le statut du personnel
religieux des ministres du culte et des employés administratifs des autorités
religieuses relève du droit public Ce régime est spécifique également en
Vieille France notamment au regard de la protection sociale et du droit du
travail Mais il relève du droit privé En Alsace-Moselle il agit un
statut de droit public le personnel religieux relevant de ce régime est pas
fonctionnaire comme on affirme souvent Il ne agit même pas agents
publics mais seulement agents de droit public Ce statut essentiellement
trois types de conséquences comme dans le reste de la France il entraîne
la non-application du droit social commun il comporte des règles particulières
de nomination ou entrée en fonction lesquelles instituent de manière plus
ou moins marquée un droit de contrôle au profit des autorités étatiques enfin
il comporte une rémunération par tat selon des modalités techniques qui
sont empruntées au régime de la fonction publique En pratique est ce der
nier aspect qui est le plus important La protection sociale est la même que
celle des fonctionnaires en matière de maladie mais spécifique en matière
avantages vieillesse
Le statut des édifices cultuels
Les bâtiments affectés exercice des cultes reconnus et leurs annexes
sont des publics appartenant aux communes aux établissements
publics cultuels ou plus rarement tat Ces bâtiments sont mis la
disposition des établissements cultuels et leur entretien partagé entre ces éta
blissements et les collectivités publiques Leur statut juridique est celui ou
vrages publics et les travaux qui sont effectués sont des travaux publics
En fait ce régime est peu différent de celui qui existe en Vieille France Les
caractéristiques principales tiennent au fait que les collectivités publiques
Alsace-Moselle peuvent contribuer sans limite juridique au financement des
travaux relatifs aux édifices cultuels et peuvent être tenues de combler les
insuffisances des ressources financières des établissements publics cultuels
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