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Religion d'attestation et créativité communautaire. L'immigration italienne au Rio Grande do Sul (1875-1914) . / Attesting Religion and Group Creativity. The Italian Emigration to Rio Grande do Sul (1875-1914) - article ; n°1 ; vol.41, pg 55-75

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Archives des sciences sociales des religions - Année 1976 - Volume 41 - Numéro 1 - Pages 55-75
When the social and cultural behaviour of Italian immigrants and their descendants to the Rio Grande do Sul (Brazil) is studied, two features become immediately evident. On the one hand, the preservation of the original languages, customs and traditions, and on the other hand the total absence of an Italian national conscience. Finding themselves transplanted to a world which lacked the cultural symbols or references which would have allowed them to relate their memories, the immigrant's major concern was to re-establish the cultural elements of the Italian villages, particularly on the basis of religious values. The Catholic Church with its rites and feast-days was for many years the only social manifestation of the Italian colonies in this area. After examining religion as a psychological prop, the birth of the spontaneous communities of worship, the construction of the churches and the choice and role of the lay priests, the A. concludes by emphasizing the analogy existing between the major aspects of the Italian colonization at the Rio Grande do Sul and those contained in the dossier of the Afro-Brazilian religions, studied by Roger Bastide.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1976
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Language English
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Exrait

Olivio Manfroi
Religion d'attestation et créativité communautaire. L'immigration
italienne au Rio Grande do Sul (1875-1914) . / Attesting Religion
and Group Creativity. The Italian Emigration to Rio Grande do
Sul (1875-1914)
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 41, 1976. pp. 55-75.
Abstract
When the social and cultural behaviour of Italian immigrants and their descendants to the Rio Grande do Sul (Brazil) is studied,
two features become immediately evident. On the one hand, the preservation of the original languages, customs and traditions,
and on the other hand the total absence of an Italian national conscience.
Finding themselves transplanted to a world which lacked the cultural symbols or references which would have allowed them to
relate their memories, the immigrant's major concern was to re-establish the cultural elements of the Italian villages, particularly
on the basis of religious values. The Catholic Church with its rites and feast-days was for many years the only social
manifestation of the Italian colonies in this area.
After examining religion as a psychological prop, the birth of the spontaneous communities of worship, the construction of the
churches and the choice and role of the "lay priests", the A. concludes by emphasizing the analogy existing between the major
aspects of the Italian colonization at the Rio Grande do Sul and those contained in the dossier of the Afro-Brazilian religions,
studied by Roger Bastide.
Citer ce document / Cite this document :
Manfroi Olivio. Religion d'attestation et créativité communautaire. L'immigration italienne au Rio Grande do Sul (1875-1914) . /
Attesting Religion and Group Creativity. The Italian Emigration to Rio Grande do Sul (1875-1914). In: Archives des sciences
sociales des religions. N. 41, 1976. pp. 55-75.
doi : 10.3406/assr.1976.2087
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1976_num_41_1_2087Are/i Sc soc des Rel. 41 1976 55-75
Olivio MANFROI
RELIGION ATTESTATION
ET CR ATIVIT COMMUNAUTAIRE
Immigration italienne au Rio Grande do Sul 1875-1914
When the social and cultural behaviour of Italian immi
grants and their descendants to the Rio Grande do Sul Brazil
is studied two features become immediately evident On the
one hand the preservation of the original languages customs
and traditions and on the other hand the total absence of
an Italian national conscience
Finding themselves transplanted to world which lacked
the cultural symbols or references which would have allowed
them to relate their memories the immigrants major concern
was to re-establish the cultural elements of the Italian villages
particularly on the basis of religious values The Catholic
Church with its rites and feast-days was for many years the
only social manifestation of the Italian colonies in this area
After examining religion as psychological prop the birth
of the spontaneous communities of worship the construction
of the churches and the choice and role of the lay priests
the concludes by emphasising the analogy existing between
the major aspects of the Italian colonization at the Rio Grande
do Sul and those contained in the dossier of the Afro-Brazilian
religions studied by Roger Bastide
on essaie de comprendre le comportement socio-culturel des
immigrants italiens et de leurs descendants au Rio Grande do Sul on est
frappé une part par la conservation des langues urs et traditions
origine et autre part par absence totale une conscience nationale
italienne Cette première constatation fut le plus souvent mal interprétée
et par les propagandistes de italianité et par les partisans de assimilation
Fragments de la thèse de cycle présentée en 1975 par MANFROX Emigration
et identification culturelle La colonisation italienne au Rio Grande do Sul 1875-1914
417 polytypé)
55 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
Aux premiers la conservation des langues urs et traditions parut
comme une caractéristiques ethnique propice aux doctrines nationalistes
Pour les autres cette représentait un danger politique une
résistance culturelle voulue et il fallait tout prix briser Or ni les uns
ni les autres ne tinrent compte du cadre initial dans lequel se réalisèrent
immigration et la colonisation et du traumatisme provoqué la suite de
installation des immigrants au milieu de la forêt isolés des autres sociétés
Le cadre socio-culturel des colonies italiennes du Rio Grande do Sul
était pas un prolongement de Italie au sens donné par la politique
expansionniste italienne ni un danger politique au sens un Etat dans
Etat Il était une expression naturelle favorisée par isolement sans
aucun soutien de la part des écoles des sociétés ou de la presse et centra
lisée autour de la religion catholique Eglise catholique avec ses rites
et ses fêtes fut pendant de longues années unique manifestation sociale
des colonies italiennes du Rio Grande do Sul La prière individuelle et
familiale laquelle les immigrants italiens étaient si attachés ne suffisait
pas combler le vide des dimanches sur le front forestier La nostalgie de
leurs villages endimanchés emplis une liturgie vivace les conduisit
reproduire la même vie socio-liturgique là où ils se trouvaient Cette recons
titution par le souvenir prit des formes et des manifestations diverses mais
tendant toujours reproduire apparat traditionnel absence de prêtres
au début de leur installation les amena choisir parmi eux des prêtres
laïcs pour remplir les fonctions sacerdotales et ceci dans des églises
ils construisirent de toutes pièces et partout dans les lignes La
multiplicité des chapelles des églises des oratoires dans les colonies
italiennes devint même une caractéristique de la zone de colonisation
italienne
Là où il seulement des églises catholiques où les chemins sont
jalonnés de minuscules chapelles où les hommes portent une chemise noire et
un feutre noir ce sont des Italiens qui peuplent la région 2)
Chaque ligne ou chaque ville voulut donner le plus apparat possible
sa vie socio-religieuse est pourquoi le prêtre les religieux les urs
église en pierre les cloches les fêtes la chorale orchestre furent
considérés comme des éléments indispensables de cette reconstitution
La religion des colons italiens du Rio Grande do Sul prit ainsi une forme
ritualiste signe identité culturelle
LA RELIGION COMME SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE
Dieu la Vierge Marie et les Saints furent le soutien et le refuge des
immigrants italiens pendant leur voyage et les premières années de leur
installation au Rio Grande do Sul La prière individuelle des moments
difficiles devint une prière familiale sur le front de la forêt pour se consti
tuer enfin en une communautaire de toute la société de la même
ligne
Chaque colonie était divisée en lieues carrées et chaque lieue en lignes sortes de
couloirs de quelques mètres de largeur tracés dans la forêt servant axe de pénétration
Jean ROCHE La Colonisation allemande et le Rio Grande do Sul Paris Institut
des Hautes Etudes de Amérique Latine 1959 162
56 ATTESTATIOM RELIGION
On peut difficilement imaginer tout ce que représentait pour des
paysans pauvres et dépourvus instruction le départ de leurs villages
natals pour un pays lointain
Le moment du départ pour Amérique étant arrivé remigrant se rend
pour la dernière fois église de son village où il re oit la dernière bénédiction
la dernière exhortation de son curé et il oubliera pas toute sa vie
durant 3)
Le chapelet demeure en toutes circonstances la forme de prière de
loin la plus retenue par les immigrants
Le chapelet chez les Italiens était une pratique constante. était le
Bréviaire du chrétien oraison pour toutes les nécessités Pendant les longues
attentes aux ports embarquement qui parfois se prolongeaient un ou deux mois
nos pauvres immigrants soumis tous les embarras billets bagages logement
et tous les services bureaucratiques) se sentaient perdus et découragés La solu
tion était de prier Et on récitait le chapelet 4)
Avant de partir ils confiaient leur destin Dieu la Vierge Marie
et au Saint Patron Pendant le voyage quand la nostalgie les prenait
incertitude du destin les accablait ou la mort les maladies et
toutes sortes de souffrances se présentaient seul le chapelet pouvait
les rasséréner et les réconforter Et durant tout le voyage ils accom
plissaient avec ferveur leurs dévotions et chantaient les louanges la
Reine du Ciel Mère des pauvres des exilés et des affligés Un de leurs
premiers soucis dès arrivée sur la nouvelle terre était de se mettre
la recherche une église pour remercier Dieu et prier pour ceux qui
étaient restés en Italie Dieu seul pouvait les consoler et apaiser leurs
souffrances arrivée sur le front forestier était que la fin une
première étape qui laissé des souvenirs inoubliables dans la mémoire
des immigrants
La deuxième étape fut celle du travail pour la survie et Italien plus
que importe quel autre avéra être homme du travail et devint même
au Rio Grande do Sul le symbole du labeur Cependant la forêt majes
tueuse luxuriante débordante de vie mais silencieuse inspirait crainte
nostalgie et fut souvent source une immense solitude Arrivé desti
nation mais isolé le colon pour tout père pour tout protecteur contre
les périls et défenseur contre les maladies et la forêt que le bon Dieu
Le soir fatigué du travail journalier il réunissait sa famille pour prier
avant de prendre son repos mérité 8)
La prière en famille fut une coutume très répandue et ancrée chez
les Italiens Le chapelet une fois encore était essentiel de cette prière
familiale
Quel tableau suggestif que ces hommes ces femmes et ces enfants tous
épuisés par le travail disant genoux la lumière du feu de bois des Ave Maria
en latin Les hommes récitaient la première partie les femmes la seconde Après
José BAREA La Vita spirituale nelle colonie italiane dello Stato dans
Cinquantenario della colonizzazione italiana del Rio Grande del Sul 1875-1925 Porto
Alegre Gloho 1925 57
Luiz SpoNCHiATO Cr nicas da coloniza Voz do Planalto Nova Palma)
Ibid.
Ibid
BAREA op cit. pp 57-58
57 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
le chapelet suivaient les litanies plusieurs Notre Père intention de ceux qui
étaient restés en Italie enfin le Béni soit Dieu prière qui concluait toutes les
oraisons publiques ou familiales des Italiens 9)
Cette tradition de prière familiale se conserva longtemps chez les
familles rurales origine italienne En ville elle devint de moins en moins
fréquente et finit par disparaître presque complètement
II LES COMMUNAUT LIBRES
Il avait un jour insupportable dans la semaine des premiers immi
grants italiens le dimanche Si pendant la le travail et la
prière familiale suffisaient remplir le temps et apaiser leurs souifrances
le dimanche par contre réveillait en eux la nostalgie de leurs villages
où il avait une assistance religieuse très organisée Celle-ci se centra
lisait autour de église paroissiale plus ou moins artistique avec ses
cloches ses fêtes ses traditions et aussi de nombreux prêtres des reli
gieux et souvent des moines 10)
Au milieu de la forêt le dimanche leur donna conscience de leur
dépaysement de leur solitude et cristallisa en eux les souvenirs des
dimanches bien différents qui se déroulaient dans leurs villages
Dans leur mémoire ils revirent la célébration du Jour du Seigneur dans
leurs villages les familles se rendent la messe au son des cloches Chaque
village prétendait posséder les meilleurs. Devant leurs yeux défilent les images
de église avec son clocher ses vitraux et puis la liturgie solennelle les enfants
de ch ur autel garni de cierges Ah les cierges ... les statues traditionnelles
la place le cimetière tandis ils croient encore entendre les accords de orgue
et les voix de la chorale 11)
Même si cette évocation leur arrachait parfois des larmes elle fut
néanmoins le plus souvent la force qui les tira de isolement familial
pour retrouver leurs voisins qui vivaient le même drame ressentaient la
même nostalgie Peu peu de ces rencontres dominicales naquirent les
premières communautés libres de foi 12)
Dans ces rencontres devenues rapidement rassemblements les colons
repérèrent vite un chef religieux autour duquel assemblée se constitua
Cet homme de culte reconnu par tous prit une grande importance et eut
une certaine originalité comme nous le verrons plus en détail ultérieu
rement Ces assemblées spontanées étaient avant tout cultuelles Elles se
déroulaient autour icônes de fortune tels une statue ou un tableau
apporté par un entre eux Parfois était simple image placée sur
le tronc un arbre qui servait de cadre la cérémonie religieuse celle-ci
commen ait par un large et solennel signe de croix accompagné du
Deus in adjutorium meum intende qui était suivi du chapelet toujours
en latin 13 Elles offraient aussi aux immigrants la possibilité de se
connaître de se retrouver et se constituaient en véritables points de
repère
SpONCHiATO art cit.
10 Ibid
11
12 Ibid.
13 Ibid
58 ATTESTATION RELIGION
Après la prière communautaire on salue les nouveaux venus qui apportent
des nouvelles de la patrie On commente les péripéties du voyage on critique le
gouvernement la commission des terres Ceux qui savent lire font la lecture des
lettres re ues et écrivent les réponses Chacun raconte le travail de défrichement
déjà accompli la construction de la maison on entend pour entraider exécuter
certains travaux et surtout on décide que le prochain dimanche on reviendra avec
toute la famille 14)
Le dimanche suivant assemblée était plus importante le lieu du
culte aménagé et la liturgie plus solennelle Ce fut ainsi que ces commu
nautés libres prirent de plus en plus importance en nombre et en
solennité Le chant fut introduit dès le début On chantait des laudes
la Madone les litanies et les Salve Regina 15)
Ce était un pâle commencement par rapport aux dimanches ita
liens mais cela signifiait déjà quelque chose une communauté de foi
qui allait rassembler tous les colons une même ligne Elle fut sans
nul doute une force positive qui permit aux immigrants affronter les
difficultés initiales de leur installation
III LA CONSTRUCTION DES GLISES
La construction une chapelle dédiée au Saint Patron de leur village
fut la préoccupation majeure et première des communautaires libres
La rapidité avec laquelle elles se multiplièrent un peu partout souligne
le caractère culturel elles assumaient un repère dans la forêt et
un début de la reconstitution de leurs villages
Si la construction de la chapelle fut expression un souhait unanime
et une réalisation commune le choix du lieu et du saint patron donna
souvent lieu des discordes Parfois certains critères prévalurent ici
le point le plus élevé là endroit au bord de la route ailleurs le centre
de la ligne Mais presque toujours les conflits furent inévitables car tous
savaient que la chapelle deviendrait le centre social et même commercial
du noyau Sans église il avait point de possibilité de prospérité et
de progrès dans les colonies italiennes 16)
Ces églises construites quel saint patron adopter Voilà qui constitua
un choix souvent difficile et engendra maintes discordes et mêmes des
dissidences Chacun voulut conserver le saint patron de son village natal
et cette référence dictait toute initiative toute décision Quand les habi
tants une même ligne étaient originaires du même village tout se passait
dans le calme sans discussion Mais ceci était plutôt rare et exceptionnel
Le plus souvent dans une même ligne des villages différents oppo
sent 17 Dans certains cas la décision fut prise par le leader religieux
mais en autres par celui qui offrait image une statue Il eut des
lignes cependant où certaines fractions affrontèrent mort cause
de ce problème Même autorité du prêtre ne parvint pas résoudre le
différend Quelquefois on eut recours une solution de conciliation
une même église était dédiée plusieurs saints patrons
14 Ibid.
15 Ibid
16
17 Ibid
59 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
La construction de église était oeuvre de tous sous la direction
une commission élue Chaque colon apportait une contribution selon ses
possibilités et ses moyens et tous les hommes réservaient des journées
entières pour effectuer les travaux de construction Les tâches les plus
spécialisées étaient exécutées par des colons compétents qui étaient rem
placés dans les champs par les autres Les premières églises furent très
modestes faites de planches de pin chaque 40 ou 50 habitations
on rencontre un oratoire lequel très souvent fait penser étable de
Béthléem 18 Dès que les conditions économiques le permirent elles
furent remplacées par des églises en brique ou en pierre En bois ou en
pierres elles furent toujours plus riches que les maisons des colons et très
nombreuses ce qui ne manquait pas de choquer certains visiteurs
On souvent observé que dans certaines colonies il trop de chapelles
Elles représentent un effort sans proportion avec les conditions économiques de
la population Sauf dans de rares exceptions ai constaté que la plupart entre
elles furent construites la demande insistante du peuple et parfois contre la
volonté du prêtre Ceci est dû attachement aux traditions et aux désirs de
posséder dans leur propre ligne une église dédiée au saint patron de leur village
et parfois aussi intérêt du commer ant 19)
Dans quelle mesure le nombre de ces églises disproportionné par
rapport aux conditions économiques aux nécessités réelles fut-il un
obstacle au développement de la région La réponse cette question ne
peut être que nuancée vu la complexité des données Dans les conditions
où opérèrent immigration et la colonisation ces initiatives spontanées
des colons italiens furent incontrôlables et permirent aux immigrants de
surmonter le choc psychologique traumatisant ils subissaient par la
transplantation église rendit possible la reconstruction de leur cadre
naturel donna occasion aux immigrants de se retrouver de retrouver
leur identité culturelle et de ne pas flotter dans le vide au milieu un
monde si différent un monde dépourvu de toute référence
Le gouvernement brésilien ne donna une aide insignifiante la
construction des églises ce qui amenait certains directeurs des colonies
et les Inspecteurs de la Colonisation réclamer constamment une subven
tion pour les églises car pour les colons italiens la religion est source
ordre de moralité et de sensibilité certains colons se refusaient même
acheter des lots dans les colonies ne possédant pas église Faute de
soutien financier gouvernemental les colons bâtirent eux-mêmes leurs
églises et multiplièrent par centaines ces symboles de leur identité Par
tout ailleurs les colons qui enfon aient dans la forêt les colonies nou
velles retrouvèrent les mêmes difficultés initiales et recommencèrent la
même expérience Mais dans les nouvelles colonies de Etat de Santa
Catarina et du Parana les descendants des premiers immigrants prirent
comme référence non plus les villages italiens mais les villages des
anciennes colonies leur cadre natal
18 Bernardin APREMONT La Mission des Pères Capucins de Savoie et les Colons
italiens au Rio Grande do Sul Rapport adressé au Ministre Général des Frères Mineurs
Capucins Rome 1914 317 p. inédit Une photocopie de ce document manuscrit est annexée
la thèse Manfroi La pagination indiquée désormais renvoie cette Annexe
ici 353)
19 Ranieri VENEROSI PESCIOLINI Le Colonie italiane nel Brasile meridionale Stati
di Rio Grande do Sul Santa Catarina Parana Turin Fratelli Bocca 1914 264
60 ATTESTATION RELIGION
La chapelle en bois ou en pierre devint peu peu le centre social
ou commercial sans jamais perdre sa caractéristique essentielle de lieu
du culte En effet était le culte qui motivait les rencontres les rassem
blements et toutes les activités sociales et sportives La solennité des rites
et des célébrations était assurée par tous car cela représentait pour les
colons le progrès et le prestige dans la région
IV LES PR TRES LA CS 20)
Les colons italiens du Rio Grande do Sul attendirent ni le gouver
nement pour bâtir leurs églises ni les prêtres pour célébrer leur culte
En absence des prêtres ils constituèrent spontanément leurs commu
nautés de foi et choisirent parmi eux les présidents de leurs assemblées
liturgiques Dès les premières réunions dominicales le groupe repéra son
leader religieux son prêtre
La présence un autel réclamait celle un ministre et in via ordinaria
celui-ci était proclamé par la voix du peuple on le choisissait parmi les
chanteurs qui savaient lire et écrire on appelait il funzionante et très
souvent il loro prete 21)
Le choix du prêtre laïc répond des critères différents selon les
endroits et les circonstances Les valeurs morales et religieuses associées
une certaine instruction imposaient naturellement aux autres valeurs
Celui qui avait certaines qualités indéfinissables mais perceptibles par
tous était reconnu comme leader religieux Il était plus lettré ou plus âgé
parfois il avait fait partie de la chorale en Italie ou avait été catéchiste ou bien
il avait emporté dans ses bagages un livre de vêpres un livre saint parfois une
statue ou un tableau 22)
La vox populi qui avait reconnu et choisi aussi suivi et son
rôle dans les lignes des colonies italiennes fut remarquable Il était la
fois homme du culte et le juge de paix Sa notoriété et son autorité
dans la communauté étaient incontestables et rejaillissaient également sur
sa femme et ses enfants
Aux débuts de la colonisation le prêtre laïc donna aux dimanches
et jours de fêtes des colonies une liturgie si vivante on en arriva tout
doucement oublier celle des villages italiens
Le chapelet ne fut pas seulement le bréviaire du chrétien la prière
familiale des colons italiens du Rio Grande do Sul il fut aussi leur messe
dominicale La récitation dominicale du chapelet présidé par le prêtre
laïc prenait la forme un acte liturgique où la monotonie des Ave
Maria était compensée par une récitation chantante avec des inflexions
de voix typiques et qui donnaient la cérémonie un air de fête Le fait
intercaler des chants traditionnels entre les dizaines du chapelet rompait
la monotonie et permettait aussi une participation plus active de toute la
communauté la fin on chantait encore le Salve Regina et les litanies
de la Vierge toujours en latin La cérémonie prenait fin avec la récitation
20 Expression employée par le Bernardin Apremont Cf Annexe 368
21 VENEROSI PESCIOLINI Op Cit. 265
22 SpONCHiATO art cit.
61 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
de plusieurs Pater intention de diverses personnes et avec le tradi
tionnel Béni soit Dieu 23 Avant le culte dominical le prêtre laïc
enseignait la doctrine le catéchisme aux enfants dont la présence
était obligatoire et très contrôlée
Le cimetière fut aussi un lieu de culte privilégié pour les colons
italiens et parfois il précéda la chapelle les colons réunissaient pour
prier ensemble 24 La mort un habitant une même ligne était res
sentie par tous et la présence enterrement était une obligation morale
Le rituel suivi en ces circonstances fut toujours le romain avec certaines
variantes qui permettaient une plus grande solennité
On chantait le De profundis le Miserere le Benedictus et
office des morts Celui-ci atteignait parfois une que le rituel romain
avait pas prévu un côté de la grande croix se pla ait le sacristain qui
ouvrait la cérémonie en chantant
Regem cui omnia vivunt venite adoremus Le groupe des chanteurs qui
lui faisaient face répondaient Venite Alors les trois psaumes de
matines étaient chantés en plain-chant Pour leur donner plus éclat les trois
lectures bibliques qui suivaient étaient chantées plusieurs voix Après quoi
on chantait les Laudes et les prières finales le tout conformément au rituel
romain 25)
Les cérémonies religieuses étalent suivies par tous les habitants une
même ligne en tant obligation religieuse Même après arrivée des
prêtres on ne faisait pas de distinction entre la prière communautaire
dominicale présidée par le prêtre laïc et la messe dominicale du curé
toutes deux étaient considérées comme obligatoires Et en certains endroits
on ne fit plus la distinction entre le prêtre laïc et le curé La pratique
religieuse comprenait la participation tous les offices religieux de la
chapelle et seul le pratiquant était considéré comme ayant la foi catho
lique
Le prêtre laïc présidait tous les offices religieux de la ligne en se
conformant le plus fidèlement possible la liturgie de son village Ces
offices très simples au début prirent des formes de plus en plus solen
nelles et le président des pouvoirs sacerdotaux de plus en plus étendus
en particulier dans certains endroits où isolement fut plus prolongé Ce
processus fut considéré comme une exagération de ces pauvres immi
grants sans instruction et sans prêtres 26) ou comme le fruit de
esprit superstitieux des colons
Si le prêtre tardait apparaître dans la localité comme ce fut le cas dans
quelques endroits le sacristain prit peu peu des pouvoirs de plus en plus grands
de la simple récitation du chapelet il passa au prêche devant le peuple et avec
quelle autorité et quelles menaces du simple rôle de sacristain la célébration
de certaines parties de la messe lesquelles étaient chantées les jours de grande
fête du simple enterrement au baptême des enfants non seulement avec de eau
de fortune mais avec toute la solennité devant la communauté réunie quand
il allait pas donner des bénédictions aux mères après accouche
ment etc 27)
23 Ibid.
24 BAREA op cit.
25 SpONCHiATO art cit.
26 ApREMONT Annexe 370
27 SPONCHIATO art cit. 10
62 ATTESTATION RELIGION
Ainsi dans la colonie italienne de Urussanga Santa Catarina qui
connut les pires péripéties et abandon presque total le rôle du leader
religieux fut très important
II sans doute un esprit très religieux dans la population Mais on ne
peut pas méconnaître que partout par manque instruction cet esprit dégénère
en superstition Le père Marzano qui fut le premier curé de Urussanga raconte
que parmi les colons récemment arrivés la première pensée de chaque noyau
était de construire une chapelle
Une vieille image ramenée Italie servait alors icône et quand il
avait pas cette image un des leurs faisait au moyen un couteau et un tronc
arbre une statuette plus ou moins artistique laquelle coloriée et vêtue selon
leurs coutumes devait représenter le saint patron de leur pays natal Personne
aurait pu reconnaître dans cette statuette un saint il avait pas un nom
gravé dessous mais pour eux était une chose vraiment rare et devenait bien
vite leur saint miraculeux que on accourait vénérer depuis les plus lointaines
bourgades Comme il avait un autel un officiant imposait nécessairement
Ordinairement celui-ci était choisi par la voix du peuple il était choisi parmi
les chanteurs qui savaient lire et écrire et on appelait il funzionnante et
très souvent aussi il lore prete Ces sacristains assumaient souvent les
fonctions sacerdotales pour de bon ils revêtaient les parures sacerdotales
chantaient les offices religieux et la messe Us donnaint la bénédiction avec le
rituel et le goupillon et se donnaient le droit de bénir toutes choses personnes
malades animaux maisons et même le raisin quand il ne voulait pas fer
menter 28)
Bien que Urussanga appartienne pas au Rio Grande do Sul il agit
cependant des mêmes contingents immigrants propos du texte ci-
dessus le père Bernardin Apremont écrit dans son rapport
Au Rio Grande do Sul ce fut absolument la même chose Un excellent
curé arrivait un jour pour la première fois dans une des chapelles éloignées
de la paroisse Il voit en faisant une visite sommaire une cuvette pleine eau
entrée est-ce que cette eau est de eau bénite Monsieur le Curé
Quand a-t-elle été bénite Tout récemment Notre père bénit eau très
souvent pour que nous ayons toujours eau bénite Quel prêtre Notre
prêtre laie de la chapelle Sans plus de cérémonie le curé prend la cuvette
et va jeter eau dehors en ajoutant Apportez-moi une provision eau
je vous la bénirai et alors ce sera de eau bénite On obéit mais on était
scandalisé Une commission alla se plaindre évêque de ce que le nouveau
curé avait traité indignement une chose aussi sainte que eau bénite évêque
était en visite pastorale dans les environs Il informa Quand il se trouva ensuite
au milieu de ces bons enfants de la fraction il leur fit un discours qui débutait
ainsi Nos très chers fils vous vous êtes plaints de votre bon curé parce il
jeté dehors ce que vous appelez votre eau bénite moi aurai encore jeté la
cuvette Ensuite le discours explique les prérogatives sacerdotales une part
et autre part les limites des pouvoirs des prêtres laies des colonies
étaient de bons chrétiens ils se le tinrent pour dit Mais en autres
endroits les têtes étaient plus obstinées Je pourrai citer par son nom une
fraction qui fit longtemps schisme avec son curé légitime excellent prêtre génois
et lui opposait son prêtre laie Après tout disaient les mécontents nous
avons pas tant besoin de lui notre curé donc pas de quoi se montrer si
fier Pour les confessions nous pouvons aller ailleurs pour la Messe nous avons
celle de notre prêtre de la Chapelle
28 VENEROSI PESCIOLINI op cit. pp 265-266
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