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Révolution française, religion et logique de l'État / The French Révolution, Religion and the Logic of State - article ; n°1 ; vol.66, pg 9-24

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Archives des sciences sociales des religions - Année 1988 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 9-24
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Published 01 January 1988
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Exrait

Yann Fauchois
Révolution française, religion et logique de l'État / The French
Révolution, Religion and the Logic of State
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 66/1, 1988. pp. 9-24.
Citer ce document / Cite this document :
Fauchois Yann. Révolution française, religion et logique de l'État / The French Révolution, Religion and the Logic of State. In:
Archives des sciences sociales des religions. N. 66/1, 1988. pp. 9-24.
doi : 10.3406/assr.1988.2477
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1988_num_66_1_2477Arch Sc soc des Rel. 1988 66/ juillet-septembre) 9-24
Yann FAUCHOIS
REVOLUTION FRAN AISE
RELIGION ET LOGIQUE DE TAT
Thé recomposition of society and administrative power triggered by
the French Revolution left the XIXth century -with major political
issue to solve i.e the nature of political regime in which the
relationship between Revolution and Christianity between Catholi
cism and Democracy had come to the fore Also implicit here was an
even more fundamental question the very nature of the State The
history of the conflict between the Revolution and the Catholic
Church has therefore to be elucidated within the context of the logic
governing the forces at work in the edification of the State with
special attention paid to the Constituent period of the French Revo
lution
CHRISTIANISME ET VOLUTION FRAN AISE AU XIXe SI CLE LE PROBL
ME DE LA MOCRATIE
Parmi les images que véhicule la Révolution fran aise est celle de la libéra
tion notamment libération de homme individu de la domination
politique de la monarchie absolue et de glise gallicane de la de
aristocratie nobiliaire et cléricale de la servitude de la religion révélée des
superstitions religieuses Cet affranchissement du religieux pu prendre divers
visages Substitution transfert de sacralité ou création la révolution offre au
souvenir un répertoire varié on voie le débridement de saturnales popu
laires ou le fruit un spontanéisme bon teint de tristes palinodies officielles
instrument empirique une politique dominée par incrémentalisme ou expres
sion inventive une sociabilité communautaire retrouvée ou retrouver émer
gent abord pour la mémoire collective la déchristianisation dans son acception
la plus large et la plus vague la fête révolutionnaire les cultes révolution
naires Mais comme le portier du ciel cette libération du religieux revêt aussi
un autre visage celui de la répression de la Terreur qui lègue au XIXe siècle
fran ais son interrogation majeure celle sur la nature du régime
histoire de la Révolution comme créatrice de religion est écrite en
excluant là ses adversaires qui lui dénient tout contenu religieux ou qui posent ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
par essence un rapport exclusion mutuelle entre la Révolution et la Religion
i.e catholique apostolique et romaine sur le mode de la réussite ou de échec
On trouve ainsi au XIXe siècle ceux qui optimistes héritiers des Lumières
insistent sur la libération des valeurs soulignent le caractère utilitaire de la
religion ou voient dans la Révolution accord de la religion avec la liberté que
les Te Deum et serments des fêtes fédératives incarnent symboliquement Ils en
font histoire appuyée sur le prêche talentueux de abbé Fauchet et son Christ
victime des aristocrates dans une plus longue durée sur le mode de annoncia-
tion une démocratie chrétienne forme moderne du gallicanisme qui en est
aussi un des fossoyeurs voire même un socialisme connotation chrétienne
Plus profonds sont ceux qui ayant pour réfèrent instabilité constitutionnelle
fran aise interrogent sur les raisons de échec de la politique religieuse de la
Constituante ils mettent en avant la résistance de la société au volontarisme
politique ou la timidité de ces révolutionnaires fran ais effrayés par leur révo
lution
Catholiques protestants ou laïcs conservateurs ou non les historiens de la
première moitié du XIXe siècle esquissent de la Révolution fran aise un
tableau où elle figure comme un épisode dans la plus longue histoire ils
vivent encore du choc entre le catholicisme et idée démocratique Chez
Michelet christianisme et révolution sont deux principes essentiellement incom
patibles car la Révolution fut elle-même une religion Rien ne fut plus funeste
la Révolution que de ignorer au point de vue religieux de ne pas
savoir en elle elle portait une religion La Constituante séduite par
alliance nouée avec le bas-clergé en juin 1789 sans pourtant croire au christia
nisme est faite annonciatrice des promesses de Evangile Ne se rendant pas
compte que glise était un obstacle autrement formidable que la royauté qui
était déjà plus une branche morte elle oblitéré la Révolution un cachet
simplement réformateur en empêchant être fondatrice Assemblée com
mit donc une grande faute en élaborant la Constitution civile du clergé Avec
Edgar Quinei 5) on entre dans un univers différent de celui de Michelet malgré
universalisme dont continue être porteuse la Révolution et le messianisme
commun aux deux écrivains Comme souligné Peyrat après la sortie du livre de
Quinei 6) ce est pas avoir commis une faute que ce dernier reproche aux
Constituants mais de en avoir pas commis de plus grande Quinei comme
Bûchez est favorable cette réinstauration du christianisme primitif qui se
traduit par un affermissement de idée communautaire sauf il souhaite
réinjecter une dose individualisme ce que les auteurs socialistes détestent
il voit comme le grand legs de la réforme du XVIe siècle Contrairement
Bûchez pour Quinei la Révolution ne peut procéder du catholicisme qui trahi le
message chrétien en incarnant dans alliance de glise avec la monarchie la
liberté ne peut que diminuer là où le catholicisme est fort universalité de la
Révolution demandait de audace 8) et en en manquant les Constituants ont
raté le coche La France pas réussi ce réussi Angleterre sa Réforme la fran aise pu appuyer comme en aux Etats-Unis ou
en Hollande sur une révolution religieuse qui aurait consacré sa révolution
politique la France fait sa révolution politique avant sa révolution religieuse
elle commencé là où les autres ont terminé Non que les Constituants aient
pas touché la question religieuse tout le monde est accord pour les blâmer
de avoir fait mais ils ont souhaité le faire sans on en aper oive ils ont
voulu changer le dedans sans changer le dehors sortir de la tradition sans en
avoir air que la révolution passe sans que glise ne la voie offrant le triste
10 REVOLUTION RELIGION ETAT
spectacle de novateurs qui osent avouer 10 Et ils ont donné finalement
des armes leurs adversaires par la fausseté de la situation où ils se sont mis
obligeant cumuler les handicaps 11 en innovant pas réellement et en jetant
le trouble dans les consciences qui se trouvèrent confrontées au vide une fois
privées de la religion traditionnelle 12)
Analysant la réforme du clergé de juillet 1790 Jaurès voyait émancipation
du clergé de la servitude du Moyen Age Comme Quinei il reprend là
ironie en moins 13 Jaurès pas de sympathie particulière pour glise
catholique qui par son obscurantisme naturel ne peut être un obstacle la
démocratie 14 glise aspirant la domination et déclarant contraire
ses principes tout ce qui contrarie sa il ne pouvait élever de
question où la Révolution ne rencontrât glise sur son chemin 15 Pre
mière accommodation laïque de la religion la Constitution civile est pour Jaurès
un acte de laïcité plus hardi que la séparation de glise et de tat car par la
séparation de glise et de tat on ne laïcise que tat la Constitution civile du
clergé laïcisait certains égards glise elle-même 16 en cherchant appli
quer organisation religieuse le nouveau droit public de la Révolution
Excessivement imprudente ou timide la Constituante aurait donc avec la
Constitution civile du clergé commis une faute grave entraînant la Révolution
sur une pente fatale Quelles que soient les interprétations et appréciations
portées cet égard le rapport Christianisme/Révolution est bien au centre du
XIXe siècle fran ais de sa propre histoire comme de celle de la Révolution de
1789 et enveloppe non seulement interrogation sur la nature un régime
politique qui offrirait une garantie de stabilité constitutionnelle car la
favorisé émergence une nouvelle société sans en régler le gouvernement
mais encore celle portant sur la nature même de tat alliance du Trône et de
Autel de la Restauration scellée sur la nostalgie un Ancien Régime réinventé
et le refus de la Révolution en dénaturant et la tradition monarchique et la
tradition catholique allait fragiliser les deux institutions en les réenracinant dans
la politique trop vouloir conjurer le souvenir des révolutionnaires qui avaient
repris leur compte la tradition elatiste de la monarchie absolue la monarchie
restaurée et glise catholique alimentaient ainsi un moteur formidable pour
opposition libérale et républicaine la laïcité de tat un tat apparaissant
plus que jamais comme le garant mais aussi la condition du nouvel ordre social
et de la conquête egalitaire La Révolution fran aise est un temps fort dans le
processus de construction de tat et histoire religieuse de cette période peut
aussi se décliner sur le mode de la rivalité entre glise et tat pour la maîtrise de
la représentation de la sphère publique et non plus seulement comme histoire
un choc de valeurs entre Religion et démocratie
II AUTOUR UNE PHRASE DE CAMUS ENJEU DU BAT LA CONSTI
TUANTE
Nous sommes une Convention nationale nous avons assurément le
pouvoir de changer la religion mais nous ne le ferons pas nous ne pourrions
abandonner sans crime 17 Ces phrases auraient été prononcées par Camus
le 1er juin 1790 Assemblée Constituante lors de la discussion des premiers
articles du titre de la Constitution civile du clergé Il est peu études qui
abordant le religieux pendant la Révolution fran aise font économie de ce
11 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
propos véritable aubaine des historiens qui peuvent trouver matière la thèse
de la timidité 18) qui peuvent voir une forte parole réservant les droits de
avenir 19) ou justifier la thèse une Assemblée qui constituante en politique
se serait transformée en concile elle entreprit de réformer le clergé gal
lican 20 Comme Camus avait aussi affirmé le même jour glise est dans
tat Etat est pas dans glise son discours ne pouvait que corroborer idée
de asservissement de glise tat opéré par la Constituante Les choses sont
néanmoins plus complexes abord parce que cette dernière phrase est pas
originale elle est que adaptation de la classique formule Non respublica in
ecclesia sed ecclesia in respublica invoquée mainte occasion quand un conflit
de compétence élevait entre les deux puissances il ne agit pas une reprise de
la prétention théocratique de glise par tat si novatrice il paraît Ensuite
et surtout parce en privilégiant les deux formules-chocs de Camus on néglige
le reste de son discours et le contexte dans lequel il se situe
est le 21 avril 1790 au nom du comité ecclésiastique Martineau rend
son rapport sur la Constitution civile du clergé Le 29 mai ouvre la discussion
générale avec un long discours de archevêque Aix Boisgelin qui est une
réponse argumentée mais non rédhibitoire au rapport de Martineau Les deux
interventions les plus marquantes du débat sont celles de Treilhard 30 mai et de
Camus 31 mai qui défendent la réforme et cherchent réfuter Boisgelin
notamment sur le terrain de érudition 21 Charles de Lameth fait fermer la
discussion générale le 31 mai mais elle rebondit le lendemain quand on com
mence débattre le texte des articles La gauche de la Constituante révèle ce jour
sa division et le débat dérape avant même de commencer quand évêque de
dermom Bonal réitère une déclaration sur incompétence de Assemblée
quant aux matières spirituelles et quand Du Lau archevêque Arles demande
on vote autorisation de tenir un concile national comme avait déjà deman
dé Boisgelin est alors que Gobel évêque de Lydda et futur évêque constitu
tionnel de Paris propose de supplier le roi de prendre ou obtenir les mesures
civiles et canoniques nécessaires exécution de ce qui sera décrété 22 Camus
développe ce moment son argumentation antitridentine pour remettre la
discussion dans le droit chemin et prononce dans ce feu polémique les fameuses
phrases incriminées
Le contenu des discours de Camus nous est connu travers Le Moniteur 23
et la version en fit imprimer Assemblée Nationale dans les jours qui suivi
rent 24 ces textes divergent quelque peu On ne retrouve pas dans la version
écrite de son opinion révisée par Camus lui-même les formules abruptes qui ont
attiré attention des historiens sans doute dé us par aspect un peu terne
procédurier et technique de ce débat pourtant politiquement fondamental 25
Peu échos aussi dans la presse qui se contente généralement de souligner que le
discours de Camus était très argumenté il été copieusement applaudi et
relève ce qui apparaissait comme enjeu du débat le droit pour la puissance
civile ériger ou de délimiter des circonscriptions ecclésiastiques et la nature de
approbation episcopale 26 Seuls le Journal des Etats-Généraux 27 et Ami du
Roi 28 mentionnent la fameuse phrase mais si la forme se rapproche de la
version rapportée par Le Moniteur le fond est plus proche de la version imprimée
Quant ceux qui dialoguent sérieusement avec Camus est au texte imprimé
ils se réfèrent 29 et soit ils font silence sur la phrase est-ce pas une vérité
certaine une nation le pouvoir admettre dans son sein telle ou telle
religion même ils commentent Camus ligne ligne comme Maultrot
préférant argumenter sur ses conséquences en se pla ant sur le terrain du droit ca-
12 VOLUTION RELIGION TAT
non soit comme Barruel qui discute aussi sur le terrain canonique ils
reviennent surle point nodal du débat depuis 1789 la définition de la Nation etla
nature de sa représentation
Alors pourquoi cette discrétion des contemporains face engouement des
historiens En absence de la teneur exacte de ce qui fut dit et de traces
manuscrites nous ne pouvons dans ce texte avancer des éléments indicatifs
attention des historiens est plus portée sur le texte de Treilhard que sur la prose
aride de Camus dont les références et les enjeux échappent quelque peu notre
monde désenchanté La raison en est peut-être que le discours de Treilhard tout
entier construit autour de la rationalité du changement est plus dans le ton de
idéologie révolutionnaire que le discours de Camus où seules les phrases mises
en exergue se rattacheraient au volontarisme politique où la voie autorité
commanderait la profession une religion née alors une délibération générale
et non plus de la conviction particulière Camus en vrai croyant en senti le
malaise en aménageant ses formules Il surtout ressenti la contradiction qui
est celle de la Constitution civile toute entière entre la réforme du clergé et ses
modes de justification Car si cette refonte du religieux par le politique relève bien
de la tabula rasa révolutionnaire où argument utilité se taille une place de
choix les Constituants pour la justifier et les historiens du XIXe siècle ont
bien senti leur manière se retranchèrent derrière argument moteur de
opposition parlementaire absolutisme au XVIIIe siècle il ne agit pas
opérer une révolution mais une restauration une réappropriation il de
réaliser âge or originaire glise primitive pervertie par absolutisme
monarchique pontifical et episcopal
Il est dommage que ce débat souvent très technique sur origine du pouvoir
des ecclésiastiques et sa circonscription ait pas plus retenu attention des
historiens parce outre son rôle dans le processus de délégitimation de la
monarchie au XVIIIe siècle 30) ce qui est enjeu est non seulement le partage des
compétences la division du travail entre les deux puissances spirituelle et
temporelle mais leur définition même et par là la construction un lieu du
politique prétendant autonomie Mais une telle appréhension souffrait une
difficulté car bien engendrée par la construction de cet espace du politique
doué de légitimité autonome que fonde la révolution constituante la conjugai
son une souveraineté indivisible avec émergence une nouvelle société
composée individus-citoyens la Constitution civile du clergé allait se révéler
être contradictoire avec la logique même de la construction de cet espace public
on nomme tat 31)
III LA CONSTRUCTION DE TAT REMISE EN CAUSE DE AUTONOMIE DE
APPAREIL ECCL SIASTIQUE
était la Révolution sinon le double affranchissement simultané de
tat et des individus 32 écrit Jaurès en commentant le discours de Thouret
du 23 octobre 1789 sur les biens du clergé Mais de cette remarque profonde il ne
tire pas toutes les conséquences en focalisant son attention sur ce qui constitue
pour lui le sens de évolution historique ascension de la propriété individuelle
bourgeoise Ainsi la fin du XIXe siècle interrogation sur la Révolution se
déplace du politique ves le social Avec la réduction du politique au social ou
événementiel et assimilation de tat une capacité administrative voire ses
13 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
acteurs le religieux perd la place centrale qui était la sienne précédemment dans
historiographie politique de la Révolution Mais si on accorde voir dans la
Révolution fran aise le procès par lequel la société fran aise recompose la fois
sa légitimité politique et son pouvoir administratif central 33) il faut se
pencher sur articulation entre Politique et Religieux qui en est un lieu sensible et
sur tat qui en est le centre
Le transfert de souveraineté et la destruction de ancienne société aristocra
tique conduit dès été 1789 la Constituante confrontée au vide du trésor royal
chercher des ressources afin de renforcer la capacité intervention du centre
politique dans la société Cette mobilisation 34) matérielle et humaine se
déroule largement au détriment de appareil ecclésiastique Les historiens insis
tent généralement sur le déterminisme financier qui amène la Constituante
intervenir répétition dans le religieux sans avoir particulièrement voulu ni
avoir prévu ses conséquences ainsi que sur la destruction de Eglise gallicane qui
ne pouvait en tant que corps trouver place dans la reconstruction du social
opérée par la Révolution Mais il faut aussi souligner que profondément imbri
quée dans le système politique de la monarchie absolue elle ne pouvait plus
subsister telle quelle dans une sphère politique vocation universaliste et tat
ne pouvait que se heurter sa matrice et concurrente
Dès août 1789 la discussion se radicalise propos des dîmes sur la question
de savoir si le clergé peut être propriétaire Le août Buzot lance idée
Assemblée que les biens ecclésiastiques appartiennent la nation 35) et
Barere le repousse idée on puisse accepter un gage offert par le clergé sur
certaines de ses ressoures 36 De ce débat sur les dîmes il ressort que la perte de
autonomie financière de glise et le principe du salariat sont acquis avant
même la dénonciation unilatérale du concordat et le démantèlement de appareil
ecclésiastique accomplis par la Constitution civile du clergé en 1790 Pourvoir aux
dépenses du culte estia contrepartie de la suppression des dîmes Chasset 10 août
1789 pour Mirabeau la dîme est pas une propriété elle est pas même une
possession ... Elle est une contribution destinée cette partie du service public
qui concerne les ministres des autels est le subside avec lequel la nation salarie
les officiers de morale et instruction ... La nation abolit les dîmes ecclésiasti
ques parce elles sont un moyen onéreux de payer la partie de service public
auquel sont destinées et il est facile de les remplacer une manière
moins dispendieuse et plus égale 37 Cette liaison est reprise par Talleyrand le
10 octobre 1789 dans sa motion sur les biens du clergé la propriété ecclésiastique
existence au regard de sa fonction Et en avril 1790 on retire
définitivement administration de ses biens au clergé et on discute les modali
tés du salariat ne subsistent que argument utilitaire de intérêt supérieur de
tat qui ne fait que reprendre son compte les droits de la monarchie tel il
est développé par Treilhard et aspect instrumental prôné par Roederer qui voit
le moyen de contrôler une catégorie de population et attacher la Révolution
autre point fort de cette discussion sur les biens et revenus du clergé est que
discuter sur la possiblité pour le clergé ou la nation être propriétaire pose le
problème de existence de glise comme corps indépendant de tat comme
tout de suite vu Sieyès 38 Sieyès opposé la suppression des dîmes sans
indemnité que votera Assemblée après avoir lui aussi affirmé le caractère public
des services rendus par les ecclésiastiques défend la thèse selon laquelle le clergé
est véritablement propriétaire et il est le seul propriétaire de ses biens-
mais tant il existe Les biens ecclésiastiques ont pas été donnés la
14 RELIGION TAT VOLUTION
nation mais au clergé certaines charges ou conditions Le paradoxe réside en
ce que Sieyès il souligne que le grand intérêt de tat réside dans les
propriétés et non dans tel ou tel propriétaire donne îï toujours en même
temps la recette de la radicalisation la nation doit attendre que le clergé
disparaisse comme corps pour hériter de ses biens et pour ce elle doit soit
attendre la mort de tous les beneficiers soit détruire le clergé or comme le clergé
est un corps politique il est soumis la volonté nationale et le pouvoir
constituant peut sans contredit le supprimer tout fait il le juge inutile ou le
constituer autrement Et Sieyès écrit clairement Je crois avoir suffisamment
indiqué la marche suivre pour la destruction du clergé si on persiste vouloir
anéantir
est là tout le fond de la discussion ce qui est ailleurs aussi bien entendu
par Camus et Maury ils opposent Mirabeau que par Boisgelin dont les
tentatives de compromis sont sabordées par Barere ou Le Chapelier est peut-
être chez Chasset ou Thouret que ce point de vue où ne subsistent face tat que
des individus trouve dans ces années 1789-90 son expression la plus achevée
Thouret dans la discussion de la motion Talleyrand le 23 octobre 1789 défend les
droits de tat qui une puissance absolue non seulement sur le mode existence
des îô mais aussi sur leur existence même Le clergé étant déjà plus un corps
politique il ne dépend plus que de la loi toute-puissante il cesse être un
civil 39 Même aboutissement chez Chasset 40 pour qui un clergé propriétaire
serait un tat dans tat alors il ne peut dans un tat bien constitué avoir
que des individus En perdant ses ressources financières propres glise voit
attaquer son autonomie comme institution elle est la grande victime de été
89
tat prenant en charge financièrement le culte con comme un service
public il était logique en rationaliser les dépenses et cette rationalisation allait
passer non seulement par une redéfinition de qui est ecclésiastique chargé un
service public mais aussi par une du rôle de la fonction même du
ministère pastoral Assemblée voulait toucher non pas ce qui est au ur de la
religion la foi mais allait atteindre ce qui constitue essence de glise catholique
comme institution la hiérarchie La Constitution civile du clergé où glise perd
le contrôle du recrutement de son personnel où les prérogatives pontificales sont
annihilées et les pouvoirs épiscopaux remis en cause détruit le principe de
centralisation hiérarchique qui caractérisait glise catholique
Mais si la Constitution civile marquait la volonté de rationaliser les dépenses
de tat en redéfinissant le rôle de glise idée de base restait le postulat
gallican de soutien mutuel entre les deux puissances Et le caractère acceptable ou
inacceptable de cette réforme allait être une vraie question aggravée par le silence
du pape les divisions du clergé des théologiens et canonistes illustrent dans
les mois qui suivent les polémiques entre jansénistes Les protagonistes ont pas
eu rapidement clairement conscience de ambiguïté génératrice de tensions que
constituait le fait de faire dans le nouveau contexte politique des fonctions
ecclésiastiques des fonctions publiques Sans doute parce on continuait
penser dans le cadre inadapté depuis été 89 légué par le gallicanisme il ne
paraissait pas impossible épiscopat comme aux Constituants de trouver un
compromis en 1789 et 1790 Mais est de adaptation des stratégies des acteurs
la logique de tat que ce compromis sortira de facto les années suivantes
Arrivé ce point il faut apporter quelques précisions sur ce qui préside cette
logique de Etat Comme Marcel Gauchei bien marqué mais sans assez
15 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
distinguer le catholicisme du protestantisme la spécificité du christianisme
occidental réside dans sa potentialité autonomie terrestre 41 Le
est une culture de différenciation orientant les pratiques sociales vers une
dissociation des champs Du processus de différenciation mode privilégié de
résolution des tensions des sociétés occidentales imprégnées de la culture du
christianisme romain et de interprétation thomiste de sa théologie est issue la
construction étatique occidentale Nous voulons dire que par le recours la
centralisation et la bureaucratisation glise catholique apostolique et romai
ne non seulement élaboré un modèle de gouvernement et une certaine concep
tion du pouvoir mais aussi une formule de réponse aux crises autorité par le
recours la différenciation et institutionnalisation tat ne naît pas direc
tement de la culture mais le facteur culturel agit comme un code en permettant
une conceptualisation des enjeux et de leurs solutions 42 Précisons que ce code
culturel il obéit une syntaxe spécifique est pas un acquis premier et figé
mais il est en recomposition permanente sous effet des significations que crée
sans cesse action sociale Dans une telle optique la laïcité de tat est un enjeu
que dans les sociétés catholiques ayant pour sens autonomie institutionnalisée
des sphères politique et religieuse
La nouvelle organisation du clergé ne prend en compte que les fonctions
pastorales dont le recrutement est assuré par élection Je insiste pas ici sur
élection laquelle était opposé un des principaux artisans de la réforme
Durand de Maillane retenons simplement elle signifie une perte indépen
dance pour glise En revanche je soulignerai davantage la mesure qui le plus
fait couler encre époque parce que symptomatique de esprit même de la
réforme alignement des circonscriptions ecclésiastiques sur les circonscriptions
administratives Les partisans de la Constitution civile dont Camus est le plus
illustre représentant défendaient la Constituante de accusation avoir empiété
sur la juridiction spirituelle en jouant avec la maxime selon laquelle glise
étant pas de ce monde elle avait pas de territoire selon eux la Constitution
civile comme indique son titre pas confondu les deux domaines
spirituel et temporel Cette question comme je ai déjà indiqué est en rien
subsidiaire elle induit une discussion sur la nature du pouvoir ecclésias
tique et les problèmes de légitimité aux différents échelons de la hiérarchie de
Eglise mais aussi dans et avec ordre du monde autonomie la définition
même des deux puissances est enveloppée
Le problème se pose en ces termes Assemblée très tôt on peut le
voir dès août 1789 lors de la discussion de article de la Déclaration des droits
de homme et du citoyen où polémiquent Volney et La Luzerne ou dans une
opinion non prononcée de Stanislas de Clermont-Tonnerre où il écrit que la
religion et tat sont deux choses parfaitement distinctes parfaitement séparées
et dont la réunion ne peut que dénaturer une et autre est parce que la religion
est étrangère de sa nature tat. que celui-ci ne peut se saisir de la propriété des
prêtres 43 Il ajoute en conséquence que tat ne peut ni adopter ni rejeter
aucun culte Un tat point de religion parce que le premier droit de chaque
homme est avoir la sienne La question est ailleurs directement posée le 13
février 1790 au cours du débat sur la suppression des ux monastiques et les 12
et 13 avril avec la discussion de la motion dom Gerle Le 12 avril Gerle propose
au cours un acharné dialogue entre Boisgelin et Thouret et une polémique
mettant aux prises Voydel La Fare et Montesquieu que Assemblée décrète la
religion catholique apostolique et romaine la religion de la nation et que son
culte sera le seul autorisé Assemblée votera le lendemain dans une séance très
16 VOLUTION RELIGION TAT
tumultueuse une déclaration rédigée par La Rochefoucauld selon laquelle son
attachement cette religion ne saurait être mis en doute au moment même où elle
met son culte au premier rang des dépenses publiques et elle ne saurait rendre
un tel décret ayant aucun pouvoir exercer sur les opinions religieuses Une
protestation rédigée par éveque Uzès Béthisy de Mézières contre cette
décision de Assemblée est signée par 307 députés qui se réunissaient aux
Capucins Dans les jours qui suivent ces derniers se divisent entre ceux qui
comme Maury ou Virieu veulent utiliser la religion pour mobiliser la rue et la
province et ceux qui avec Boisgelin recherchent la négociation est la suite de
ces débats que commence esquisser comme recours la stratégie de non-
participation de repli que vont développer les chefs de épiscopat gallican face
au serment
Les Constituants vont se défendre avoir cherché détruire la religion est-
à-dire avoir confondu les deux pouvoirs Pour montrer la légitimité de Assem
blée élaborer la Constitution civile ils ingénient par exemple décomposer la
procédure de nomination des évêques constitutionnels afin trouver la disso
ciation la collaboration des deux pouvoirs le respect de la hiérarchie Ils
soulignent utilité de cette réforme on peut raccrocher la tradition est-à-
dire la pratique monarchique pour ce qui concerne étendue du pouvoir de
Assemblée et glise primitive le contenu de la loi et défendent idée que
par le salariat la disparition des casuels ou même les conditions éligibilité on
fixe les ecclésiastiques dans un rôle spécifique demandant compétence plus
purement religieux moins intramondain Mais./ians la mesure même où ils
cherchent définir des limites au domaine de glise ne sécularisent-ils pas
Que signifie un semblant autonomie concédée Peut-on parler de différencia
tion propos de la Constitution civile du clergé dans la mesure où hormis le rêve
des Lumières avoir un clergé utile le pouvoir politique se pose la fois comme
juge et partie ambiguïté ne vient pas que du concept de différenciation légué
par la sociologie fonctionnaliste américaine où tat apparaît la fois comme
produit et instrument de la réalisation de la différenciation mais reflète une
contradiction inhérente glise catholique et reprise par le Politique glise
est pas de ce monde son message concerne au-delà mais elle le devoir de
protéger ses fidèles contre ce qui dans ce monde pourrait mettre en danger leur
salut dans au-delà et se doit donc être attentive ce qui concerne le gouverne
ment de la société Assemblée pas regirles consciences individuelles mais
garante de ordre public elle doit enserrer de sa loi ensemble du corps social
elle refonde Et est comme un acte dédifférenciateur que la Constitution
civile du clergé sera ressentie suscitant une réaction de rejet porteuse elle de
différenciation
IV LA STRATEGIE DES ACTEURS CONTRIBUTION DE EGLISE LA LA CITE
DE TAT
Dans un premier temps épiscopat va prêcher la conciliation est-à-dire
rechercher les moyens permettant de régulariser après coup ses yeux une
réforme dont initiative lui échappé Boisgelin et quelques autres en sont les
vains animateurs un peu comme Mirabeau sur un autre plan qui ne cessent
de réclamer au pape comme Assemblée la réunion un concile national ou de
conciles régionaux pour donner des formes canoniques la réforme afin de la
17