Les nouveaux géants réveillent la « vieille économie »
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Frédérique Sachwald, Les nouveaux géants réveillent la « Vieille économie », Les Échos, 08/02/2006. Institut français des relations internationales, www.ifri.org ...

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Frédérique Sachwald, Les nouveaux géants réveillent la « Vieille économie », Les Échos, 08/02/2006
Institut français des relations internationales, www.ifri.org
Les nouveaux géants réveillent la « vieille économie »
L’OPA de Mittal Steel sur Arcelor est emblématique des évolutions de l’économie mondiale
de ce début de XXIème siècle. Il s’agit de l’OPA d’une multinationale émergente sur une
multinationale européenne, mais aussi d’une bataille pour le contrôle d’une entreprise
sidérurgique. La sidérurgie, secteur de l’industrie lourde,
représentatif de la « vieille
économie ».
Revenons d’abord sur l’OPA pour apprécier dans quelle mesure elle serait symbolique d’une
génération d’entreprises des pays émergents prêtes à prendre le contrôle des activités et
des emplois d’entreprises des pays riches. Cette interprétation ne reflète qu’un aspect de
l’évènement. Il est vrai que certaines entreprises indiennes et chinoises ont l’ambition et les
capacités financières de prendre le contrôle de firmes aux Etats-Unis ou en Europe. Depuis
une décennie, des entreprises indiennes ont ainsi pris le contrôle de firmes américaines
dans les services informatiques pour assurer leur développement commercial aux Etats-
Unis. Dans l’industrie, Lenovo a racheté les activités PC d’IBM et TCL les télévisions de
Thomson, ainsi que les téléphones mobiles d’Alcatel. Trois opérations d’une certaine
envergure et qui avaient été largement couvertes par la presse en 2005, sans rencontrer de
franche opposition. Il faut dire qu’elles étaient négociées et correspondaient à la vente
d’activités en difficulté par les groupes occidentaux. Ces derniers avaient expliqué que ces
activités étaient certes classées dans des secteurs de haute technologie, mais où la
concurrence mondiale et l’assemblage dans les pays à bas coûts ont laminé les marges.
Ces opérations pouvaient de ce point de vue être comparées à la reprise d’activités
industrielles en Europe par le coréen Daewoo une décennie plus tôt. Rappel qui suggère que
le succès de ces rachats n’est pas assuré…
L’OPA sur Arcelor est différente, peut être pas tant par l’origine de l’attaquant (indo-anglo-
néerlandaise) que par le fait que Mittal cherche à prendre le contrôle d’une entreprise en
bonne santé dans une activité où l’histoire industrielle de l’Europe a été glorieuse. Les
enjeux sont perçus comme plus importants pour les pays européens concernés que dans
des secteurs de l’informatique ou de l’électronique, où ils ont eu du mal à percer.
Que cette bataille boursière s’engage pour le contrôle d’une entreprise sidérurgique est aussi
symbolique du retour de la vieille économie au coeur de la croissance mondiale. Depuis
2000, les exportations de certains secteurs de la nouvelle économie croissent moins vite que
le commerce mondial : les ordinateurs, les composants électroniques ou les équipements de
transmission pour l’audiovisuel et les télécommunications. A l’inverse, de grands secteurs de
moyenne technologie enregistrent des exportations dynamiques : métallurgie, chimie,
automobile, machines, ou encore électroménager et construction de navires
1
.
Ce retour de la « vieille économie » s’explique par l’éclatement de la bulle Internet et par
l’insertion rapide de nouveaux pays dans le commerce mondial. Cette tendance résulte elle
même de deux évolutions fondamentales pour la structure et la distribution géographique de
la production mondiale. Premièrement, à travers les investissements des multinationales
dans les pays émergents, une évolution rapide de leur spécialisation vers l’assemblage de
certains produits de moyenne ou de haute technologie – dont les prix sont tirés à la baisse.
Ce phénomène ne concerne pas seulement la Chine. Au cours de la dernière décennie la
1
Les éléments d’analyse des échanges évoqués ici s’appuient sur l’étude que l’ifri publie en février
2006,
Le commerce mondial au XXIème siècle : la revanche de la vieille économie
, L. Miotti et F.
Sachwald.
Frédérique Sachwald, Les nouveaux géants réveillent la « Vieille économie », Les Échos, 08/02/2006
Institut français des relations internationales, www.ifri.org
spécialisation des nouveaux Etats-membres de l’UE a ainsi évolué vers les produits
automobiles et certains produits des technologie de l’information et de la communication
(TII)C. Deuxièmement, les formidables besoins en équipements des pays émergents
stimulent les exportations de machines, de produits chimiques et de véhicules.
Deux pays tirent les exportations mondiales depuis 2000 : l’Allemagne et la Chine.
L’augmentation de leur part de marché s’explique moins par la composition sectorielle de
leurs exportations que par leur compétitivité. La Chine s’appuie sur des coûts salariaux
faibles et un taux de change favorable, mais aussi sur les apports des multinationales en
matière de réseaux de distribution et de transferts de compétences techniques et
managériales. Le regain de compétitivité des exportations allemandes s’explique par une
pression sur les coûts salariaux, la délocalisation de certains segments de la chaîne de
valeur et des investissements dans l’innovation – y compris dans les secteurs de moyenne
technologie.
La dynamique des exportations mondiales confirme que l’intégration des nouveaux pays
dans l’économie mondiale est à la fois source d’opportunités et de remise en cause des
positions acquises. Les pays ont une inégale capacité à s’adapter aux mutations industrielles
en cours pour tirer parti de la reconfiguration des réseaux de production mondiaux. Au-delà
de l’Allemagne, l’Irlande et la Finlande conservent des positions fortes sur les marchés
dynamiques. A l’inverse, certains pays riches n’ont pas suffisamment adapté leur offre
industrielle pour tirer parti des marchés mondiaux. Depuis 2000, le Japon, les Etats-Unis, le
Royaume-Uni, la Suisse et la France ont une majorité de leurs exportations dans des
secteurs en forte croissance, mais où ils perdent des parts de marché.
Frédérique Sachwald