PLUTÔT CHAHUTÉ, NOTRE MONDE « PLAT »
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11 avr. 2006 – Albert Merlin : «Plutôt chahuté, notre monde « plat », 11 avril 2006. Institut français des relations internationales, www.ifri.org. Les Echos du 11 ...

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Exrait

Albert Merlin : «Plutôt chahuté, notre monde « plat », 11 avril 2006
Les Echosdu 11 avril 2006, page 19
PLUTÔT CHAHUTÉ, NOTRE MONDE « PLAT »
e monde est plat », nous dit Thomas Friedman, le fameux éditorialiste du « New York L Times ». Plus exactement : nous allons vers un monde où la facilité des communications, favorisant la diffusion des connaissances et la circulation des hommes, aboutira à un univers homogène et pacifié. Nous n'irons pas jusqu'à suggérer qu'un questionnaire soit soumis à Ben Laden pour lui demander ce qu'il pense de cette thèse du monde aplani. Limitonsnous au seul domaine économique : en fait d'aplatissement, l'économie mondiale est scandée par d'incessants soubresauts, retournements et reclassements, quelquefois douloureux, toujours perturbants. Le long fleuve tranquille des années 1950 à 1990 avait fait place au grand remueménage issu de l'Internet ; aujourd'hui, tout le monde sent que les cartes sont à nouveau rebattues, et que se profile un nouveau virage qui est beaucoup plus qu'un retour à la « vieille » économie.
La récente étude de l'Ifri et les commentaires qui ont suivi («Echos » du 30 mars) Les sont assez explicites. Le ralentissement des exportations de produits hightech au profit des secteurs naguère réputés « rétro » est tout autre chose qu'une inflexion : il s'agit d'un coup de théâtre. Rebonjour la métallurgie, la chimie, l'automobile, les machines, l'agroalimentaire !
Les surprises ne sont pas moindres sur le plan géographique. Que la Chine occupe la première place (17 % de la croissance mondiale des quatre dernières années), on le soupçonnait ; mais l'Allemagne vient tout de suite après (16 %) et devance nettement tous ses partenaires européens : bravo, la machineoutil ! Zéro pointé, en revanche, pour les EtatsUnis, dont les exportations sont proches de la stagnation.
Fautil se plaindre de ces reclassements ? En aucune façon. C'est le jeu du libreéchange. Simplement, ne parlons pas de monde « plat ». Sauf si l'on pense que l'acquisition des parts de marché est toujours empreinte d'aménité, et que les OPA s'opèrent toujours dans la douceur !
Ce n'est pas tout. Une fois refermé le dossier du passé récent, tentons de discerner les prémices, ou les signes précurseurs des cinq ou dix prochaines années : ce que l'on voit poindre à l'horizon n'est pas tout à fait conforme à ce que nous suggéraient les chantres du « tout immatériel ». On avait oublié le phénomène de rareté, il revient de manière inattendue à propos des ressources naturelles. On le pressent plus qu'on ne le mesure, mais qui l'étudie vraiment ? Hervé Juvin, président d'Eurogroup Institute, rompu à la prospective, explique que nous ne sommes qu'au début du processus, la rareté des sources d'énergie et de certaines matières premières ne faisant que précéder celle des éléments naturels (eau, air, terre) :« Nous allons devoir,ditil,produire ce que nul n'a jamais produit, compter ce que nul n'a jamais compté, et payer pour ce que personne n'a jamais payé. »
Nous n'en sommes pas là. Pas encore. Mais force est de constater que le retournement des produits de base chamboule déjà le bon vieux schéma selon lequel la baisse continue des prix industriels permettait de financer la hausse des prix tertiaires. L'affaire se corse encore lorsqu'on songe que ces secteurs, longtemps délaissés, appellent maintenant un gros effort d'investissement, et qu'il s'agira nécessairement d'investissements coûteux : « lourds » au sens classique du terme, ils le seront davantage encore si l'on veut qu'ils soient « propres » ! Estil besoin d'ajouter que dès qu'il s'agit d'accès aux ressources naturelles, les
Institut français des relations internationales, www.ifri.org
Albert Merlin : «Plutôt chahuté, notre monde « plat », 11 avril 2006
considérations géopolitiques se révèlent vite prédominantes ? Là encore, là surtout, il ne faut pas s'attendre à un quelconque aplanissement.
Comment tous ces changements pourraientils ne pas entraîner un brassage des qualifications, des formations et des compétences ? Pendant vingt ans, le marché du travail a été dominé par le règne des « manipulateurs de symboles » : ingénieurs en informatique, analystes et techniciens, consultants, « golden boys ». Stephen Roach, économiste en chef de la Morgan Stanley, avait été l'un des rares experts à prévoir le retournement du marché : nous y sommes. Aujourd'hui, les « jeunes loups » bardés de diplômes américains, souvent multilingues, constatent que le vent a tourné, et que les files d'attente s'allongent, sauf à réduire leurs prétentions financières. Les aiguillages ont décidément mal fonctionné. Et quiconque parcourt les publications spécialisées dans les prévisions en matière d'emploi (à commencer par celles du « Department of Labor ») vérifie que, dans les métiers appelés à se développer, on trouve, bien sûr, les informaticiens, mais que ceuxci arrivent loin derrière les métiers de l'alimentation, de la santé et même du bâtiment. Ce qui entraînera de nécessaires ajustements, et parfois de douloureuses reconversions. Comment vivronsnous ces changements ? Assez bien si l'on s'efforce de les prévoir, très mal si l'on rêve d'un monde sans heurts. La croissance suppose le mouvement, la concurrence entre les pays et entre les hommes est indispensable au progrès. Tout le contraire d'un monde lisse.
Albert Merlin Viceprésident de l’institut Presaje (prospective, Etudes et Recherches sociétales appliquées à la justice et à l’économie).
Institut français des relations internationales, www.ifri.org