Le Point du 17-05-2020

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Published 17 May 2020
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Woody Allen ExclusifL’entretien sans tabouetles extraits de ses Mémoires
www.lepoint.frHebdomadaire d’information du
1871, 1919, 1945… et 2020 ?
Grands crusMédoc, retour surl’année du siècle
jeudi 14 mai2020 n° 2490 - 5
Comment laFrancesestrelevée L’enquête historique FranceAllemagne, la course postCovid
Le général de Gaulleen mai 1945.
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Escale hors du temps. Pendant toute la période de confinement,Le Point et Ponantse sont associés pour vous offrir un moment d’évasion Cette opération se termine cette semaine sur un lever de soleil plein d’espoir...
©Studio PONANT/Nathalie Michel
CANAL LEMAIRE/ ANTARCTIQUE
Le canal Lemaire est un étroit passage entre deux hautes falaises de l’île Booth et de la péninsule Antarctique plongeant à pic dans la mer. Il fut découvert par l’explorateur allemand Eduard Dallmann en 1873-1874 mais traversé pour la première fois en 1898 par Adrien de Gerlache qui le baptisa du nom de son compatriote Charles Lemaire. Long de 11 km et large de 1,6 km, le canal Lemaire est un site spectaculaire, considéré comme l’un des plus beaux passages de la région, à la fois sublime et imposant.
L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
«Vieille France, accablée d’Histoire, redressée de siècle en siècle…»
M. Macron peut-il redresser la France ?Et pourquoi ne le pourraitil pas ? S’il n’est pas de Gaulle, il a au moins un atout : la France. À condition, bien sûr, qu’elle soit toujours la France.
« Vieille France, accablée d’Histoire,meurtrie de guerres et de révolutions,allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau. »La géniale en volée du général de Gaulle dans sesMémoires de guerreest plus que jamais d’actualité, alors que la France entre dans une crise économique majeure.
N’infantilisons pas les Français, ils le sont déjà bien assez.Ce que la crise sanitaire a fait su bir à l’économie française ne passera pas comme une lettre à la poste. Comme nous le dit M. Le Maire, il faut se préparer à affronter une catastrophe, même si nous avons ce qu’il faut pour résister : des amortisseurs so ciaux qui atténueront le choc et une capacité de l’État à prendre la main en nationalisant les entreprises saines en danger de mort.
Certes, jouant toujours le pire, la confrérie des pyromanes associésrêve que le pays reste encore longtemps à l’arrêt, en attendant le Grand Soir. Mais cette secte apocalyptique n’estelle pas à la ramasse ? La crise à venir n’estelle pas, au contraire, l’occasion de remettre à l’ordre du jour la valeur travail, massacrée par la gauche, puis par la droite, avec les 35 heures ? De ce point de vue, très encourageant est le tour pris par l’affaire de la mise à l’arrêt de l’usine Renault de Sandouville. Évidemment dénué de tout parti pris politique, un juge des référés avait donné raison à la CGT, qui récla mait la fermeture du site. Ce que n’avait pas prévu le magistrat, c’était la grosse colère de tous les autres syn dicats, qui venaient de signer le protocole sanitaire avec la direction : la CFDT, FO la CFECGC. N’étaient reprochées à Renault que des fautes de formes. Il fallait que « justice » passe au risque de faire crever l’usine ?
Jamais responsables, même quand ils sont coupables, toujours dispensés de comptes à rendre,les juges politisés ont les moyens, à l’image de celuilà, d’arrêter les usines s’ils le veulent. Nos dé lires paperassiers et la complexité du volumineux Code du travail sont leurs meilleurs alliés quand ils sont mal lunés ou militent à l’ultragauche. Tels sont
les effets de notre hypercentralisation, fruit des noces de l’Ancien Régime et de la Révolution française : si tout est « pensé » en haut, il ne faut pas s’étonner que les dysfonctionnements s’accumulent dans notre pays, mère patrie de la bureaucratie, avec l’exURSS.
« Arrêtez d’emmerder les Français », disait Pompidou à Chirac,il y a plus d’un demisiècle. Ça ne s’est pas arrangé depuis. Même si les pinailleurs professionnels pourront toujours chercher des noises auxentreprisessurlabasedesformulaireskilométriques produits par l’administration, on a peine à croire qu’ils réussiront à bloquer la machine, qui ne demande qu’à redémarrer.
Quand elle sera enfin repartie, nous n’en aurons pas fini pour autant avec le spectre du déclin.DansLe Crépuscule de l’universel(1), un livre stimulant qui semble avoir été écrit pendant la crise sanitaire, alors qu’il a été publié quelques jours avant, la philosophe Chantal Delsol dresse un inquié tant état des lieux. Individualiste et universaliste, l’Occident des Lumières, nous ditelle, est aujourd’hui mal en point face à des cultures qui ont idéologisé leurs traditions, en Chine, en Inde, en Russie, en terre d’Islam. Économiquement, nous sommes en perte de vi tesse. Intellectuellement aussi, montre Chantal Del sol. Une partie de plus en plus importante du monde, jusque dans notre propre sein, refuse notre somma tion à devenir « modernes », récusant ou vomissant nos valeurs, comme la démocratie, les droits de l’homme, etc. Mais la France ne peutelle pas rester la France, même si elle n’est plus dans l’air du temps ni dans le sens de l’Histoire ?
En 1956, alors que de Gaulle est toujours empégué dans sa traversée du désert,il de mande à voir un jeune et talentueux écrivain dont il a adoréLes Taxis de la Marne. C’est Jean Dutourd, anar choronchon, accablé par la situation politique, qui croyait se retrouver devant un dinosaure sortant du crétacé. Il tombe raide dingue du Général quand ce luici, monstre d’optimisme, lui annonce en battant les bras comme des ailes :« Dutourd, la France, vous ver rez dans trois cents ans ! » La France qui, comme dit le proverbe japonais, se relèvera toujours huit fois si elle tombe sept fois…§ 1. Paru aux éditions du Cerf, en février 2020.
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ÉDITO
La soviétisation rampante de l’économie française esteratil assez d’entreprises privées pour financer la fonction publique. Celleci est encore moins à l’ordre du R nos dépenses publiques ? Pour bien comprendre la jour. D’abord parce qu’une partie des fonctionnaires est logique de cette question, il faut lire ce bijou de « modéli « en première ligne » (les soignants, bien sûr) ou en « deu sation », comme on dit aujourd’hui, signé par Michel Au xième ligne »face au Covid. Ensuite parce que l’heure est diard dans un petit livre intituléVive la Franceplutôt aux grands plans d’investissement (souvent justi(paru chez Julliard, en 1973), dans lequel il spécule sur les effectifs fiés), pas aux réductions de coûts. Il ne s’agit donc pas de des armées :« En 1885, le nombre de nos braves à trois poils àdire qu’il faut sabrer immédiatement dans les effectifs de morganer du hulan s’élevait à 4 millions, le nombre des offila fonction publique, cela reviendrait en outre à aggraver ciers généraux (rescapés du Mexique, de Sedan et de Reichshofla récession. Mais il faut en être conscient : le déséquilibre fen) n’était que de 62… alors qu’en 1973, l’armée tous azimutssera patent. Le choc sera asymétrique et il en résultera for compte 575 327 bidasses pour 2 475 officiers supérieurs. Suicément une pénurie de contributeurs au système. vezmoi bien dans la prospective ! Si la courbe actuelle se mainCar si aux yeux de certains le secteur privé est une chose tient, il n’est pas interdit d’espérer que nous possédions enplutôt vulgaire – ceux qui font des profits sont des profi 1997 un effectif de 176 246 culottes de peau… pour un seulteurs, c’est connu –, il cotise quand même ! En charges, en homme de troupe ! »impôts, de façon directe et indirecte. L’entreprise nourrit Le calcul est fantaisiste, mais drôle, voire saisissant, si l’onaussi, pardon de le rappeler, l’appareil public et la sécu s’amuse à changer le corps des« officiers généraux »rité sociale…par le secteur public et les« hommes de troupe »par le privé… De puis le début du confinement, la contraction du PIB ( 8,2 %Soldat inconnu.Au passage, dans la sécurité sociale, il prévus pour 2020 par la Commission européenne) n’est y a les retraites. Jusqu’au mois de mars, leur réforme était déjà pas réjouissante, mais elle masque en outre un recul indispensable. On répétait à l’envi – et à juste titre – que plus fort du secteur marchand, lesans équilibre durable entre cotisants « non marchand » – plus important et pensionnés, tout s’écroulerait. Au La France, qui est déjà au chez nous qu’ailleurs en Europe –jourd’hui, cette « mère de toutes les ré étant en général évalué d’un pointraiéhlaedetmmrocshieformes » est portée disparue. Pourtant, de vue comptable par ses coûts, c’estla massive destruction d’emplois at mondiale en termes de dé àdire surtout par les salaires, et nontendue ne va pas améliorer les comptes par son chiffre d’affaires. Bref, c’estpenses publiques par rapportde nos retraites. Si les fameux régimes le privé qui fait l’essentiel de la chute.spéciaux,quipermettent,parexemple, au PIB (56%), ne redescendra La suite des événements ne devrait à un conducteur de bus de la RATP de pas de son piédestal de sitôt. pas inverser la tendance. La crise du partir à 52 ans, relevaient de la folie il Covid va entraîner un spectaculaire y a trois mois, que dire aujourd’hui ? rétrécissement du monde de l’entreprise, par le biais de Une chose est sûre, la France, qui est déjà au sommet de la faillites et de destructions d’emplois. Pour l’heure, une hiérarchie mondiale en termes de dépenses publiques par bonne part de cet universlà est sous une salutaire perfu rapport au PIB (56 %), ne redescendra pas de son piédestal sion : chômage partiel ou technique, prêts garantis par de sitôt. À moins d’accepter une soviétisation rampante l’État et plans de soutien sectoriels. Lorsque la brume sede l’économie française, il faudra bien faire quelque chose. dissipera, que les coussins seront retirés – et il ne fait auDansVive la France, Michel Audiard trouvait tout de même cun doute qu’ils le seront, tant l’État est endetté –, le véri une conséquence positive à son burlesque calcul sur les table paysage se découvrira. Et ce ne sera pas beau à voir. gradés et les hommes de troupe : le jour où il ne resterait qu’un seul bidasse, disaitil, il n’y aurait au moins plus de Choc asymétrique.Les grandes entreprises réduirontdoute en cas de guerre sur l’identité du soldat inconnu… peutêtre moins la voilure que les autres. Elles sont mieux Dans le cas de l’économie française, si le secteur privé se équipées pour chercher du financement et, en général, trouvait réduit comme peau de chagrin, la tâche de l’Urs plus réticentes aux procédures de licenciement. Lessaf et celle de l’administration fiscale pourraient au moins moyennes hésiteront moins. Les petites encore moins. s’en trouver drôlement simplifiées… Question de survie. Et puis le quatrième cercle, celui des Allez, ne faisons pas trop de mauvais esprit. Et surtout, ne indépendants, ne passera même pas par la case licencie désespérons pas, cela donne mauvaise mine.« L’optimiste ment, ce seront des petites banqueroutes invisibles. Desest un imbécile heureux. Le pessimiste est un imbécile malheu disparitions silencieuses.reux », soulignait Bernanos. Puisse simplement cette fable La sphère publique ne subira rien de tout cela, évidem audiardesque rappeler au gouvernement, au cœur de la ment. Avant la crise, Emmanuel Macron avait déjà renoncéfièvre étatiste actuelle, que la collectivisation a ses limites, à son engagement de suppression de 120 000 postes dans bien établies par l’Histoire…§Étienne Gernelle
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Le Pointîŝ ûBîŝé wééky By ŚôîÈÈ d’exploitation de l’hebdomadaire Le Point-Sebdo, 1, boulevard Victor, 75015 Paris, France. Copyright Le Point2018. Origine géographique du papier : Allemagne, Autriche, Italie. Taux de fibres recyclées : 0 %. Certification des fibres : PEFC. Eutrophisation 2020 : 0,013 kg/T équivalent phosphore.PRINTED IN FRANCE  Un encart abonnement jeté « Le Point » (ventes).
1871, 1919, 1945… et 2020 ? Comment la France s’est relevée L’enquête historique France-Allemagne, la course post-Covid
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Grands crusMédoc, retour surl’année du siècle
FRANCE Macron et Philippe : dans les secrets de leur confinement
Montres, l’heure des françaises L’appel de la campagne
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CULTURE 72Woody Allen : « L’enfer, c’est le goût des autres » 79Le classement de la Fnac ; la minute antique 80Ryan Murphy, roi de « Hollywood » 82Brèves
SCIENCES 68Le ciel ne nous tombera pas sur la tête !
ÉCONOMIE 64L’empire SoftBank dans la tourmente
STYLE 84La Suisse estelle toujours le pays des montres ? 88Les Gaulois de l’horlogerie 90Médoc 2005, année fantastique
1871, 1919, 1945… et 2020 ? Comment la France s’est relevée
106Le blocnotes de Woody Allen : « L’enfer, c’est le goût des autres. »BernardHenri Lévy SÉBASTIEN MUYLAERT/MAXPPP – AFP – TOUCHSTONE / THE KOBAL COLLECTION / AURIMAGES – ANTENNE 2 / SARA FILMS
104Bridge & Mots croisés
Chaque jeudi, retrouvez Étienne Gernelle dans le « 5/7 », de Mathilde Munoz, « Histoires politiques », à 6 h 44.
Le général de Gaulle en m ia 194 .5
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Emmanuel Macron et Edouard Philippe : dans les secrets de leur confinement
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LE POSTILLON 107Déconfinons le modèle social français ! par Sébastien Le Fol 107L’ère de la campagne 110Paul Chemetov : « Il faut une pièce en plus ! » 112Ramy Fischler : L’avenir est à la « chronotopie » 114Darwin ou Jobs au menu, par Kamel Daoud
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L’éditorial de FranzOlivier Giesbert La chronique de Patrick Besson Éditoriaux : PierreAntoine Delhommais, Luc de Barochez, JeanFrançois Bouvet
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SOCIÉTÉ 60Notre vie en liberté contrôlée
Woody Allen ExclusifL’entretien sans tabouet les extraits de ses Mémoires
26 MAUIRCEEDE/GAMMA/RAPH.OPIHILPPEQUASISEPASCPOOURL«PENIOT»
EN COUVERTURE 341871, 1919, 1945… et 2020 ? Comment la France s’est relevée 43Ce que nous enseignent les crises du passé, par Nicolas Baverez 46Avec l’Allemagne, le grand décrochage 52Macron peutil s’inspirer de Roosevelt ? 56PierreHenri Tavoillot : « Vivre ensemble, c’est réfréner son ego »
LE POINT DE LA SEMAINE Le barbu qui surveillait Sarkozy était… un flic
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Friche de lecture, 16
Othelloviolences(1604) : conjugales infligées à une Vénitienne par un Maghrébin, suivies de féminicide. *
Shakespeare autoplagiaire : les conseils de la comtesse de Roussillon à son fils Bertrand dansTout est bien qui finit bien(1602), identiques à ceux de Polonius pour son fils Laërte dansHamlet(1600). *
Bukowski shakespearien : Falstaff ivre tapant sur une machine à écrire. *
La scène la plus érotique de toutes ses pièces : un juge puritain courtise, sans succès, une religieuse vierge (Mesure pour mesure, 1603). *
Ces héros shakespeariens qui ne se rendent pas compte que la fille dans leur lit n’est pas celle qu’ils y avaient invitée, même quand c’est un garçon.
IBERFOTO/ROGERVIOLLET
Patrick Besson
Shakespeare engendra Joyce, qui engendra Nabokov, qui n’engendra personne. *
Bon faiseur de chefsd’œuvre. *
Les Élisabéthains comme les romantiques français, obsédés par l’argent. *
Les frères littéraires enne mis : Shakespeare et Marlowe, Dostoïevski et Tourgueniev, He mingway et Fitzgerald, Sartre et Camus, Sollers et Hallier.
* Le milieu artistique, appelé par les Japonais e du XVIII siècle« le monde sans attaches ».
William Shakespeare.
Comme Joyce et Nabokov, adorant son père et adoré de lui. Quiproquos meurtriers, bévues hilarantes, malenten dus abyssaux. *
Claire Bloom, ultracra quante en reine quinquagé naire salope dansCymbeline (BBC, 1983), mariée dans la vie à l’écrivain obsédé sexuel Philip Roth. *
Quand un metteur en scène feratil jouer les rôles de femmes par de jeunes acteurs comme du vivant de Shakespeare ? *
La fureur et la passion amoureuse jamais mieux exprimées depuis. *
La jalousie : le meilleur moyen pour devenir fou (Othello, Leconte, Marcel). *
« A sad tale is best for winter »(Le Conte d’hiver, 1610)§
Shakespeare engendra Joyce, qui engendra Nabokov, qui n’engendra personne.
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ÉDITORIAUX À la recherche de la confiance perdue
Le virus est partout, la défiance également. La machine économique ne pourra pas repartir sans un regain d’espérance envers ceux qui nous gouvernent.
par PierreAntoine Delhommais ne des leçons les plus importantes que nous puissions retenir «U de l’examen de la vie économique est que le bienêtre d’une nation,demêmequesacapacitéàêtrecompétitive,tientàunseultrait culturel : le niveau de confiance général »,écrivait, en 1995, le politologue américain Francis Fukuyama.Vingt ans plus tôt, déjà, le Prix Nobel d’économie Kenneth Arrow avait mis en évidence le rôle crucial joué par la confiance dans l’activité économique, sorte de main invisible guidant la consomma tion et l’épargne des ménages, l’investissement des entreprises, les échanges commerciaux, l’innovation technologique ou le marché du crédit. Plus rapidement et brutalement encore qu’elle a fait dispa raître des magasins les flacons de gel hydroalcoolique, la pan démie de Covid19 a fait s’envoler la confiance des différents acteurs économiques et plonger les indicateurs qui permettent de la mesurer. Qu’ils concernent les industriels allemands, les consommateurs américains ou les ménages français, tous viennent d’enregistrer au mois d’avril des chutes d’une am pleur inédite. La perte de confiance est globale, mondiale, collective et in dividuelle. Elle s’observe dans tous les domaines et se décline à
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tous les niveaux. À l’égard de gouvernements qui appliquaient à tout et n’importe quoi le principe de précaution mais ont né gligé de constituer des stocks suffisants de masques chirurgi caux pour les personnels soignants. À l’égard des bonnes âmes qui alertaient inlassablement sur les dangers du glyphosate mais ne s’étaient jamais inquiétées de la menace d’une pandémie. À l’égard d’une communauté scientifique médicale rendant des avis aussi tranchés que contradictoires et où les batailles d’ego n’ont rien à envier à celles observées dans la classe politique. Défiance accrue également visàvis d’une Chine toute puissante industriellement, mais sacrément menteuse. Visà vis d’une Amérique ayant élu un président capable de suggérer d’avaler des produits désinfectants pour combattre le virus. Visàvis d’une Allemagne toujours aussi exemplaire, mais toujours aussi réticente à l’idée de sortir son carnet de chèques pour aider les pays d’Europe du Sud surinfectés et surendettés. Défiance croissante à l’égard de Français visiblement plus préoccupés par la réouverture des plages et leurs vacances d’été que par la terrible crise économique qui s’annonce et par la menace de faillite du pays. Défiance généralisée, enfin, à l’égard d’autrui, de celui qu’on croise au supermarché et qui ne porte
La France est le pays du monde où le manque de confiance face à la pandémieestleplusgrand.
Gros succès de l’opération « Adoptons un notaire ».
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »