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Nouvel Obs du 07-01-2021

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Published 07 January 2021
Language Français
Document size 20 MB

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Cahier numéro un de l’édition n° 2932 du 7 au 13 janvier 2021 24 HEURES RENCONTRE AVEC UNE AFRPIQUE CFA 3O800 F CFLA, ALGIÉRIE 410CDA, ALLEEMAGNE 6,20 €, ANDORRE 5,50 €, AUTRICHE 5,90 €, BELGIQUE 5,30 €, CANADA 8,35 $CAN, DOM 5,30M€, ESPAGNEA5,50 €, GRRANDEBRIETAGNEE 4,90£, GRÈNCE 5,50 €,DITALIE 5I,50 €, LAUXEMBOYURG 5,50E€, MAROC 45 DH, PAYSBAS 5,60 €, PORTUGAL CONT. 5,50 €, SUISSE 7,20 CHF, TOM 950 XPF, TUNISIE 6,00 DT CHEZ LES FLICS ROMANCIÈRE PUISSANTE
“Je ne pouvais plus me  taire”
Le témoignage exclusif de Camille Kouchner 3:HI3K:MHMICK=M]MUCY=^]UY:XU^t@c?c@n@Xa:@?;c"@@t@n@c"a; M 022M2802228
- 2932 - ED ALCOCK F: F: 4,90 4,90 E
INCESTE LAFIND’UN TABOU
Fondateurs:JeanDaniel, ClaudePerdriel
67, avenue Pierre-Mendès-France, 75013 Paris TéléphoneStandard: 01.44.88.34.34
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STÉPHANE MANEL
L’ÉDITO Inceste, brisons le silence
Par CÉCI LE PR I EU R,directrice de la rédaction ’îl y a un sujet quî aît Camîlle Kouchner airme que sî elle détourner le regard, unparleaujourd’huî,c’estmoînspourdénon-crîme qu’on préèrecerquepourselîbérerdupoîdsdusîlence, sexuellStrop longtemps gardé, un secret quî aes en France, pudîquement englo- occulter plutôt qu’en cette« dignité du bourreau ».« J’ai choisi afronterlasordîderéalîté,d’écrirecarjenepouvaisplusmetaire,nous c’est bîen l’înceste. L’une a-t-elle explîqué. Ce livre est né de cette des premîères causes de vîolencesnécessité.»C’estunelîbératîond’unsecret béesousletermede«vîolencesîntraamî-étoufél’auteureet saamîllependant des lîales»,esttoujoursl’undestabouslesplusannées et quî, bîen qu’îl semble avoîr été puîssants de notre socîété. Parce qu’îl se largement éventé dans son entourage, est perpétue dans le secret et l’întîmîté des restélettremorte. C’estaînsîqueparlalît-oyers, que sa dénoncîatîon met en pérîltératureCamîlleKouchnerchercheàréu-léquîlîbreetlaréputatîondesamîlles,lîn-aces de sa vîe, la publîque etnîr les deux ceste est uncrîme que les vîctîmes taîsent la prîvée. En osant prendre la parole non le plus souvent, enchaïnées qu’elles sont pas au nom de son rère, maîs bîen d’elle-dans un étau de honte et de culpabîlîté.mêmeetdesesproches,ellemontreàquel L’înterdît anthropologîque dont parlaît le poînt leaît încestueuxpèsesur tous dans grand Claude Lévî-Strauss, celuî quî est la cellule amîlîale. Mîeux, en prenant censéondertoutprîncîpedesocîété,n’estrlaîsuappuosedétéîrotonîsbreellem,nonpourtant en rîen une exceptîon : c’est auuîee,qoînsstmeduobatsecnîlérvletleabît contraîre un crîme trîstement banal, dont delecommettrequed’oser enparler. un Françaîs sur dîx déclare avoîr été vîc-tercnnortrequesesmotsvonuNodletu tîme selon un récent sondage, et dont on un ort écho, troîs ans après #MeToo, un estîmequîlconcerneraîtdedeuxàtroîsanaprèslaparutîondu«Consentement»enants par classedeCM2. de Vanessa Sprîngora, et alors que la lîbé-C’estpourlevercettechapedeplombetratîon de la parole sur les vîolences partîcîper à la prîse de conscîence collec- sexuellesatteînt touslessecteursdelavîe tîve que « l’Obs » a décîdé de donner la socîale. L’înceste, pourtant, estspécîfique. parole à Camîlle Kouchner. Dans un lîvre Il concerne d’abord des enants, touchés publîécettesemaîneauxédîtîonsduSeuîl,dansleurînnocenceetcequ’îlsontdeplus întîtulé«laFamîlîagrande»,lafilledel’an-précîeux, la conîance absolue qu’îls cîen mînîstre Bernard Kouchner et de la portentauxadulteslesentourant.Ilestde proesseurededroîtEvelynePîsîer,dîspa-plus largement commîs, transcendant les rue en 2017, raconte comment son rère înégalîtés socîales. Pourtant, îl reste jumeau, elle-même puîs toute sa amîlleméconnu,mêmepasreconnucommeune ont été prîs dans la mécanîque du sîlenceînractîonspécîfiqueparleCodepénal,propre à l’înceste. Camîlle Kouchner est îl estune sîmple cîrconstance aggravante jurîste. Elle saît le poîds de sa parole et ladesaîtsd’atteîntesexuelle,d’agressîonou lourdeur de l’accusatîon qu’elle porte devîol.Conscîentdel’ampleurduphéno-–bîenquelesaîtsquîauraîentétécommîsmène,legouvernementairmesavolonté sur la personne de son rère jumeau, îl y a de combattre le dénî quî l’entoure – îl a plusdetrenteans, soîentprescrîts. Sansleconfiéunecommîssîonàl’ancîennegarde nommer dîrectement, son lîvre désîgne des Sceaux Elîsabeth Guîgou. Espérons son beau-père, le constîtutîonnalîste Olî- que les eforts des pouvoîrs publîcs ne vîer Duhamel, quî n’a pas souhaîté soîent pas vaîns, et qu’îls vîendront soute-répondre à nos questîons maîs a démîs-cuorelînventsîuèléectqxullceeesgeraed sîonnédetoutes ses onctîons oicîelles. contre la conspîratîondusîlence.C. P.
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STÉPHANE MANEL
D E S A N N É E S 2 0 R U G I S S A N T E S ? Par DA N I E L C O H E N Directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure
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plus loîn dans l’optîmîsme auquel învîte le vaccîn, on peut e aussî rêver que le granddéfiduxxi sîècle, le réchaufement clîmatîque, soît à la portée des scîentîfiques. Une solutîon mîra-culeuse quî rendraît l’énergîe renouvelable bon marché et stockable finîraît par émerger. Ce seraît la dîgîtalîsatîon heureuse. Il est hélas acîle de consîdérer comme tout aussî probable un scénarîo B, eXactement înverse du précédent. La lutte contre le réchaufement clîmatîque échoueraît, aucun dîrîgeant n’ayant l’audace de bousculer les habîtudes de ses concîtoyens au profit du clîmat. Les énergîes renouvelables ne parvîendraîent pas à sîmposer,autedunedemandesocîaleaussîîntensequecellequela pandémîe a suscîtée pour le vaccîn. La socîété numérîque contî-nueraît de concentrer les rîchesses dans les maîns de quelques groupes puîssants : la percolatîon tant attendue de la prospérîté ne se produîraît pas. L’allîance trumpîste des rîches et des classes populaîres, contre l’împôt et les îmmîgrés, survîvraît, paralysant e e l’actîon publîque. Davantage qu’à un xx sîècle réussî, le xxi res-e sembleraît à un nouveau xix , quand le capîtalîsme naîssant provo-quaît une ormîdable paupérîsatîon des classes populaîres. Et, à l’échelle des natîons, la montée en puîssance de la Chîne bouscule-raît l’équîlîbre du monde, comme hîer l’Allemagne en Europe… On peut îmagîner d’autres scénarîos, plus catastrophîques ou plus glorîeuX. Le monde contemporaîn est soumîs à une conjonctîon de orces vîolentes quî le rendent plus împrévîsîble que jamaîs.« Nous vIvons actuellement dans un certaIn ordre mondIal. Je pense que cet ordre n’est pas éternel, maIs temporaIre,ajoutaît Murakamî lors de la même émîssîon.Quand cet ordre sera sens dessus dessous, pour créer un nouvel ordre, la lIttérature seule ne suira pas, pas plus que la scIence seule ne le pourra. Je pense que ce ne sera possIble qu’en combInant les deux forces. »Une belle manîère de dîre que la bonne méthode n’est pas de parîer sur le scénarîo le plus probable, maîs de s’accorder sur un monde désîrable, et d’œuvrer à sa réalîsatîon. D. C.
e ne consIdère pas que la pandémIe de coronavIrus soIt apparue comme ça, soudaInement.CettepandémIevIentsajouterà une enfilade de faIts. Je pense qu’elle s’InscrIt dans une sérIe de processus tels que la destructIon des lan-tvsîîesrsumtse,pdtaaJérnlsaéîusttrroeaanvmkéaaîeplnmotîeqltaouuNve.éemStdîîcîaîrnmXospldlroeîénvmFtîrasaaîgcbînclnceuaeeîq-îrulCelîîuclltotaeîulntrutpeenuîmnphpvaôîorttraeeaïnîtatrnte:tà,eclsnîeotduCumeo.prvlîloed-gues par les réseaux socIaux, la mondIalIsatIon et le populIsme, entre autres. »Ces propos du grand écrîvaîn japonaîs Harukî M La réfleXîon est engagée sur le « monde d’après », maîs peut-être celuî-cî est-îl déjà là. On se souvîent des grandes déclaratîons d’întentîon quî avaîent suîvî la crîse des subprîmes. Le capîtalîsme vacîllaît, plus rîen ne sauraît rester comme avant… Las, aucune promesse de changement ne ut tenue. Qu’advîendra-t-îl cette oîs-cî? Plutôt que de prendre des parîs împrobables sur la sortîe de crîse, esquîssons, à la manîère des romans uturîstes de Murakamî, deuX trajectoîres possîbles. Commençons par le scénarîo optîmîste. Selon certaîns commen-tateurs, la pérîode quî s’ouvre ressembleraît auX lendemaîns de la grîppe espagnole, îl y a tout juste un sîècle : ce qu’on avaît appelé, auX Etats-Unîs, lesRoarIng TwentIes,la décennîe rugîssante. L’éradîca-tîon de la grîppe avaît enflammé les cœurs! Ce urent les années « olles »dujazz, de Scott Fîtzgerald, de l’automobîle, ducînéma par-lant…On peut certaînement îmagîner un scénarîo comparable. L’în-tellîgence artîficîelle, le télétravaîl, la télémédecîne, ouvrîraîent un nouveau cycle de croîssance, semblable à celuî provoqué hîer par l’électrîficatîon. La crîse, quî avaît înterrompu lesRoarIng TwentIes en 1929, ne seraît plus à craîndre, ayant déjà eu lîeu en 2008… Les populîstes, enantés par la crîse des subprîmes, ne seraîent plus une menace, dîscrédîtés par leur gestîoncalamîteuse de la pandémîe. On s’apprêteraît à vîvre les années 1920 sans les années 1930… Allant
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LES CHRONIQUES
S U R L E S R U I N E S D E 2 0 2 0 Par M A R A G OY E T Essayiste
2020 avait fini par devenir un concept:pourrie. Evi- l’année demment, c’était le Covid-19 qui menait la danse macabre mais la « surpat » était ouverte à toutes les catas-trophes: incendies en Australie, inondations danslesuddelaFrance,explosionàBeyrouth, meurtredeGeorgeFloyd,attentatsislamistes, crises sociales, économiques, politiques. Peu importait que chaque drame dansât à son rythme, suivant ses propres pas dans divers coins de la piste, tous les convives de ce bal tragique semblaient en résonance avec le thème choisi: l’année de la désolation. Les bonnes nouvelles, nombreuses pourtant, de l’élection de Joe Biden à l’arrivée rapide d’un vaccin,nefurentpasaccueilliescommetelles; les videurs de 2020 leur demandèrent de se draperde«défiance»afind’êtrecrédibles,de rester dans l’ambiance générale pour avoir le droit de cité dans cette annus horribilis. 2020 fut ainsi rapidement qualifiée de « pire année » (on pourrait imaginer que ceux qui ont eu un abcès dentaire en 10000 avant notre ère, vécu la peste en 1348 ou tra-versé l’année 1942 trouveraient à redire à ce constat définitif ). Et devint par conséquent un schéma d’explication causale pratique et accessible pour tout un chacun. Une mayonnaise ratée? Pas étonnant en 2020. Des clés égarées? 2020. Un dégât des eaux? 2020, toujours. 2020, ce fut le « poumon » de Toinette dans « le Malade imaginaire », ce fut le délé-tère alignement de Saturne et Pluton des astrologues, le joint de culasse du garagiste. C’était à la fois inéluctable et ça marchait à tous les coups. Onenusa. Cela finit par deve-nir une excuse: « Oui, j’ai laissé la porte du congélo ouverte. Comment en aurait-il pu être autrement en 2020? » Et une sorte de prophétie autoréalisatrice: on n’allait quand
même pas vraiment réussir un truccetteannée-là; seréjouirde quelque chose aurait été telle-ment « monde d’avant ». Au milieu des catastrophes réelles, des drames humains terribles, des sinistres éco-nomiquesetsociaux,uneformededandysme romantique, parfois teinté d’autodérision, s’empara aussi de la communauté des « bien portants », qui, de confinements en déconfi-nements, se mit à « déprimer » avec plus ou moins de conviction. Le gouvernement prit son pouls sans relâche, s’assura de sa santé mentaledemanièreinéditeet, àlalumièrede la notion d’« acceptabilité », lui orit des « fêtes de Noël » tout en la prévenant qu’elle les paierait cher quinze jours plus tard. Nous y sommes. En 2021. Une nou-velle année commence. On a du mal à se convaincre qu’elle sera en tout point dis-tincte de la précédente. Les campagnes de vaccination qui s’annoncent dans un climat de suspicion ne parviennent qu’en partie à dégager l’horizon. Une chose, dumoins, sera immédiatement diérente: on ne pourra plus invoquer 2020 comme un mantra. On sera obligé de sortir de cette vision fataliste. Si bon nombre d’ingrédients seront évi-demment les mêmes, il faudra leur donner un sens diérent. Passé l’eet de sidération de l’année passée, il s’agira de reprendre la mainsurlecoursdechoses. Malgrélafatigue et l’accablement, il faudra fuir la résigna-tion. Pour paraphraser Musset (1), on pour-rait dire que de 2020, nous ne voulons plus et que 2021, on l’aime, mais c’est pour nous une amante de marbre. A nous de l’animer. M. G. (1) « Du passé ils n’en voulaient plus […] ; l’avenir, ils l’aimaient, mais quoi ? comme Pygmalion Galatée : c’était pour eux comme une amante de marbre, et ils attendaient qu’elle s’animât, que le sang colorât ses veines », dans « la Confession d’un enfant du siècle ».
STÉPHANE MANEL
ON A TROUVÉ UNE CHOSE POSITIVE EN
2020.
Être enfermé, ça vous a permis d’y voir plus clair. Vous avez compris que les réunions de travail sans aller au travail c’était l’avenir, mais que si vos enfants n’y participaient plus, ce serait encore mieux. Vous avez réalisé que faire du sport sans sortir de chez soi, c’était possible et même ludique, surtout avec un extérieur ou avec un peu d’intimité.
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LES CHRONIQUES
L E S R É V O LT E S A R A B E S N E S O N T P A S F I N I E S
Par SA R A DA N I E L
es révoltes arabes ont dix ans. Dix ansquiontvula En EgypLte, un dictateur, le maréchal Syrie se héris-ser de tombes et le Yémen se transformer en champ de ruines. Al-Sissi, a remplacé un autocrate, Hosni Moubarak. En Libye, une guerre civile et des milices font regretter à certains Kadhafi. En Irak, l’Iran fait la loi. Au Liban, le pays est en faillite et les oligarques s’accrochent au pou-voir. Les printemps sont devenus des hivers. SeulelaTunisieaunembryondedémocratie, mais à quel prix… le pays est exsangue, miné par la pauvreté et la corruption. Cemois-ci, le«Guardian»apubliéunson-dage réalisé dans les huit pays où les prin-temps arabes ont eu lieu : Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie, Irak, Soudan et Algérie. Danscinqdentreeux,50%aumoinsdesson-dés ont déclaré que leur situation était pire qu’avantlesmouvementsderévolte; 5%seu-lement des sondés au Yémen pensent que leursenfantsconnaîtrontunavenirmeilleur; de 60 à 75 % des sondés syriens ou libyens auraient même préféré que les révoltes n’aient jamais eu lieu. Notre regard bienveillant, en France, s’ex-pliquerait-il alorsparunemythologierévolu-tionnaire, un peu naïve, où l’on préfère tou-jours se souvenir de la prise de la Bastille que de la Terreur ? Ou bien par l’espoir, un peu cynique, que l’accession à la démocratie des peuples colonisés gommera finalement la culpabilité d’avoir soutenu, volontairement ou non, des dynasties de dirigeants auto-crates?Peut-être. Sansdouteaussi. Resteque cemouvementdesprintempsarabesasuscitéun vent d’espoir et un romantisme bien peu lucideenOccidentetenparticulierenFrance. A l’époque, seul un dirigeant, dans le club des démocraties, avait tempéré nos enthou-
siasmes :« Ces scènes extraordi-nairesauxquellesnousassistionsà Tunis et au Caire évoquent celles de Berlin et de Prague en 1989. Mais tandis que nous partageons leurs espoirs, nous devons aussi nous souvenir que ceux-ci peuvent êtreétoufés,commeilsleFurentàTéhé-ranen1979. Lecourt printempsdémocratique iranienaalorsététuédansl’œuF parunrégime tyrannique Féroce et impitoyable. Cette même tyranniequi aasphyxiélarévolutionduCèdre, au Liban, et infligé à ce pays, qui a enduré tant de soufrances, la loi moyenâgeuse du Hezbol-lah. »Quel est l’auteur de cette prophétie ? BenyaminNetanyahou,dansundiscourspro-noncé au Congrès américain en présence de Joe Biden, en mai 2011. Pourtant est-il bien fondé de conclure que ces mouvements ont été des échecs ? Voire de regretter, comme certains des citoyens arabes sondés, que les mouvements de révolte aient eu lieu ? Un peu comme si l’on considérait que le coup d’Etat du 18-Bru-maire marquait la faillite de la Révolution française. La réalité, c’est que la mue du monde arabe, jalonnée par ces mouvements de protestations, est en cours. Et que, s’il est une chose que ces révoltes contre les auto-craties en place ont démontrée, c’est le manque de stabilité de celles-ci. Après tout, sans même parler des atrocités qu’il a com-mises, Bachar al-Assad a entraîné la Syrie dansuneguerreinternationale; et lesystème de prédation des richesses, mis en place par la famille BenAli, a conduit la Tunisie à l’em-brasement… Aujourd’hui la colère gronde à nouveau en Tunisie, et il y a fort à parier que l’Algérie ne se contentera pas de ce gouver-nement de transition conduit par des hommesqui sontautantd’anciensdurégime, etsurtoutqui confisquentlarévoltepacifique dupeuple. Lesrévoltesarabesnesontpasdes échecs, parce qu’elles ne sont pas finies.S. D.
STÉPHANE MANEL
 « L’OBS » - « L’OBS »/AFP - KARSTEN WÜRTH/UNSPLASH
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