Telerama du 17-02-2021
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Telerama du 17-02-2021

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Published 17 February 2021
Language Français
Document size 19 MB

Exrait

M 02773 - 3710 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@h@l@k@a";
MERCREDI 17 FÉVRIER 2021
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Nº 3710
DU 20 AU 26 FÉVRIER 2021
LA
REVANCHE
DES FEMMES
ARTISTES
code 80 / 0009.02.2021 12:08 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoated_v2_300_eciL’invitée
1967
Naissance.
1987
Reçue à
l’École normale
supérieure.
2003
Conservatrice
au musée
national d’Art
moderne, au
Centre Pompidou.
2009
Exposition
« elles@centre
pompidou ».
2014
Création
de l’association
Aware.
2016-2019
Directrice
des expositions
et des collections
à la Monnaie
de Paris.
Pour la commissaire d’exposition, Camille
accrocher une toile, c’est « prendre
position ». Elle met ainsi tout en
œuvre pour sortir les femmes artistes
des oubliettes de l’Histoire. Morineau
3c
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L’invitée La commisaire d’exposition amiLL orinea
Geneviève Asse (née en 1923) ou les photos de la Franco-
Maroc aine Yto Barrada. Brillant accrochage uniquement
consacré aux femmes et mêlant art, design et architecture,
« elles@centrepompidou » fut une première pour une
institution de cette envergure. Depuis, Camille Morineau,
54 ans, continue le combat — dont s’emparent désormais la
plupart des gouvernements et des musées occidentaux.
Elle a ainsi créé l’association Aware, qui cherche à
réhabiliter les femmes artistes modernes et contemporaines,
qu’elle valorise aussi dans des expositions. Où en est-on
aujourd’hui ? Sur le bon chemin, même s’il reste encore à faire.
Propos recueillis par Yasmine Youssi Il fallait la force tranquille de Camille Petite, quels parcours de femmes aviez-vous sous les yeux ?
Photo Léa Crespi pour Télérama Morineau pour bousculer le cours de Les récits héroïques de survie de mes deux grands-mères
l’histoire de l’art. Du cran, aussi, pour pendant la dernière guerre ont été les contes et légendes de
imposer la présence de femmes ar- mon enfance. L’une, parisienne, était médecin, ce qui
tistes, inconnues pour la plupart, aux côtés des plus grands n’était pas courant à l’époque. Elle avait traversé la France
noms de la peinture, de la sculpture, de la photographie ou sous les bombes avec sa sœur qui venait d’accoucher.
de la vidéo. Certes, les Américains avaient une longueur L’autre, originaire du Nord, avait épousé un ingénieur
agrid’avance. Dès 1971, l’universitaire Linda Nochlin (1931-2017) cole qui avait été fait prisonnier par les Allemands. Je suis
avait jeté un pavé dans la mare. « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de probablement devenue historienne grâce à elles, même si
grandes artistes femmes ? » s’interrogeait-elle dans la revue j’ai intégré Normale Sup avec l’idée de faire des études de
ARTnews, initiant ainsi un nouvel objet de recherches fémi- lettres modernes. J’avais grandi dans les livres, m’engouf -
nistes dans les plus grandes universités de son pays. Mais frant tôt dans la littérature, jusqu’à en être obsédée. J’ai
frien de tout cela en France. Jusqu’à ce qu’en 2009 Camille nalement basculé dans l’histoire en découvrant l’école des
Morineau, alors conservatrice aux collections contempo- Annales, ce courant qui met en avant une histoire globale
raines du musée national d’Art moderne, ne décroche les de la société, des sentiments, du quotidien ou de la pensée.
Danseuse indienne, œuvres de Matisse, Picasso ou Dubufet du Centre Pompi- Je m’y projetais comme dans un roman.
1930, collage
dou pour les remplacer par les collages de la dadaïste al-de Hannah Höch,
dadaïste allemande. lemande Hannah Höch (1889-1978), par les tableaux de Comment êtes-vous venue à l’art, alors ?
L’art n’avait rien de naturel dans ma famille. Mes deux
parents, professeurs, nous emmenaient bien, mes sœurs et
moi, au musée, mais ce n’était pas systématique. Mon goût
de l’art vient de quelque chose de plus personnel. Je lis
d’une manière particulière, pas forcément du début à la fn
d’un livre ; pour moi, la littérature est un espace dans lequel
je me balade. Et je perçois le monde avec beaucoup
d’acuité, au point où, enfant, j’avais l’impression d’être hantée,
d’avoir des hallucinations. Ce que j’appréhendais alors
comme un handicap est devenu un atout lorsque j’ai
commencé à étudier l’art. Grâce à ma mémoire photographique,
j’ai pu faire le lien entre textes et images, ou associer des
images entre elles naturellement. L’histoire de l’art me
permettait ainsi de connecter tous mes centres d’intérêt, de
faire le pont entre l’histoire et la littérature.
Comment avez-vous été sensibilisée
à l’histoire des femmes artistes ?
À la fn des années 1980, je suis partie aux États-Unis comme
assistante de français au Williams College, dans le
Massachusetts. Je n’avais pas choisi cette université par hasard. Elle est
spécialisée en histoire de l’art. J’en ai profté pour suivre un
cours de « gender studies », l’étude du genre. Extase ! Cette
discipline qui n’existait pas en France joignait tous les fls de
ma vie — féminisme, histoire de l’art ou histoire. Elle s’inté -
resse autant à la représentation des femmes qu’à celle des
Noirs, par exemple — ce que l’on appelle aujourd’hui le
féminisme intersectionnel. Ce cours m’a ouvert des univers
insoupçonnés au sein de ma discipline. De retour à Paris, j’ai
préparé, seule, le concours de l’Institut du patrimoine, que
j’ai eu. L’histoire de l’art telle qu’enseignée alors en France,
de manière académique, ne m’intéressait pas. ☞
4 Télérama 3710 17 / 02 / 21
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Qu’est-ce qui vous plaisait dans l’idée de travailler artistes femmes. Contrairement à Wikipédia, les textes
dans un musée ? sont signés par des spécialistes, éditorialisés et illustrés.
Lors d’un stage au Centre Pompidou, les œuvres me sont Chacune de ces biographies est indexée, ce qui permet à
apparues comme des personnes vivantes, qui me parlent, ces artistes de retrouver leur place dans l’histoire de l’art.
m’attrapent. Je dialogue avec elles. Pouvoir le faire en per - On se rend compte qu’il y a eu des femmes dans le
cumanence, avoir avec elles ce rapport intime, aller dans les bisme, le fauvisme, l’art minimal, alors que ces mouv-e
réserves et les y voir « nues », les accompagner lorsqu’elles ments étaient encore considérés comme strictement
masvoyagent, cela me semblait merveilleux. Surtout, les mu- culins il y a peu. Nous remettons aussi deux prix. L’un
sées sont ouverts au public. Y travailler permet de trans- prime une artiste émergente, qui reçoit alors une aide
mettre un savoir. Car la manière dont on accroche une toile pour que ses œuvres intègrent les collections nationales
dit quelque chose. C’est comme écrire un texte, on prend et pour exposer. Nous attribuons également un prix
position. À chaque fois que je fais une exposition, je choisis d’honneur pour récompenser la carrière d’une artiste à
un angle qu’il me faut démontrer, défendre, et être capable travers la publication d’un livre d’entretiens,
accompad’expliquer au plus grand nombre. gnée d’une somme d’argent. Les débuts ont été difciles :
je n’avais pas un sou. J’avais perdu mon mari et je devais
Comment est née l’idée de l’exposition élever seule nos deux flles. Heureusement, je me suis dé -
« elles@centrepompidou » ? couvert une âme d’entrepreneuse. Mon veuvage m’a
libéEn arrivant au Centre Pompidou, en 2003, j’ai remarqué rée. Je n’avais plus rien à perdre, plus peur de rien. Le pire
combien les femmes artistes étaient peu présentées au pu- m’était déjà arrivé. Aujourd’hui, 80 % du budget de
l’assoblic ; ce qui était accepté par tout le monde… Je me suis re- ciation vient du mécénat, et 20 % d’une subvention
pubellée contre cela. J’ai commencé par proposer des exposi- blique. Cette année, le ministère de la Culture m’aide de
tions consacrées à des artistes féministes. Mais il y en avait manière signifcative à traverser la crise.
déjà qui se montaient au même moment aux États-Unis et
en Espagne. De plus, il y a encore une dizaine d’années, le
mot même de féminisme était mal perçu en France. Si
j’insistais, j’allais dans le mur. Ce qui ne m’a pas empêchée de «  Il y a eu des femmes dans le
présenter des œuvres d’artistes femmes ou de féministes cubisme, le fauvisme, l’art minimal,
au comité d’acquisition du musée. Les premières, en 2004,
étaient d’une folie totale : une série de grands dessins et mouvements considérés comme
peintures de la fn des années 1960, de l’Américaine Betty strictement masculins il y a peu. »
Tompkins, fgurant des coïts vus de près. Mais c’est passé !
À cette occasion-là, je me suis plongée dans les collections.
Pour y découvrir plein d’artistes femmes… dans les
réserves. Il fallait donc inverser le mouvement et les remon- Comment expliquer que personne ne se soit réellement
ter dans les salles. Voilà comment m’est venue l’idée de leur soucié des artistes femmes auparavant en France ?
consacrer tout un accrochage. Le féminisme existe depuis longtemps en France. Mais il est
politique et n’a pas eu de répercussions sur l’histoire de
De quelle manière cette exposition a-t-elle été reçue ? l’art, contrairement aux États-Unis. La France, il est vrai,
Ç’a été un énorme succès. Mais il m’a siphonnée physique- était en retard au point de vue universitaire sur ces
quesment, personnellement et professionnellement. La presse tions-là. En même temps, « elles@centrepompidou » a été
internationale m’a beaucoup interrogée et ma vie a été conçue et présentée dans une institution française, attirant
aspirée par ces entretiens. On me posait des questions deux millions de visiteurs. Mes collègues du MoMA, qui
préauxquelles je ne savais pas répondre parce que je n’avais paraient au même moment un livre sur les artistes femmes,
pas encore analysé toutes les archives. J’ai fni par suggé- m’ont dit qu’elles n’auraient jamais pu leur consacrer tout
rer au musée de créer un centre de recherche dédié, mais l’accrochage de leur collection. Notre pays est à la fois
réacle projet a été refusé. À la place, on m’a proposé de monter tionnaire et révolutionnaire. Cela fait partie de l’esprit
franune exposition consacrée au peintre allemand Gerhard çais : tout d’un coup ça pète.
Richter, une autre à un grand nom du pop art, Roy
Lichtenstein, ce que j’ai fait. Mais ces artistes bénéfciaient Que dites-vous à ceux qui vous accusent
déjà de cinquante catalogues rétrospectifs. Je revivais l’in- de ghettoïser les artistes femmes ?
justice entre la production monumentale consacrée à ces L’université française n’a pas étudié le genre. Du coup, les
hommes — dont le travail, au demeurant est formidable, là gens ne comprennent pas pourquoi on fait cela. D’autant
n’est pas la question — et le peu d’informations produites que la France est le pays de l’universalisme. Sauf qu’il s’agit
sur leurs homologues féminines. J’ai eu envie de mettre à d’un faux universalisme. Il a certes produit la révolution,
proft la somme de connaissances que j’avais accumulées mais une révolution qui n’accordait le droit de vote qu’aux
sur elles. Après avoir beaucoup hésité, j’ai fni par quitter hommes. L’histoire française s’est construite avec des
vale Centre Pompidou en 2013. leurs fortes, nouvelles, révolutionnaires. Mais machos.
Pour « elles@centrepompidou », nous avons mené un
traQu’avez-vous fait alors ? vail d’historien de l’art objectif sur des artistes présentes
Avec des amies, j’ai créé l’association Aware, pour Archives dans une collection nationale, mais peu montrées. À
traof Women Artists, Research & Exhibitions. Nous y avons vers cette exposition, nous avons prouvé l’extrême
diversidéveloppé une encyclopédie numérique bilingue sur des té des productions des femmes ; elles ont fait partie de☞
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L’invitée La commisaire d’exposition amiLL orinea
etion, à la fn du xix  siècle. Sentant elle-même qu’il était
impensable pour une femme de faire une chose pareille, elle
avait interdit qu’on montre ce travail-là de son vivant.
De toutes ces femmes, quelles sont celles
dont le parcours vous a marquée ?
Niki de Saint Phalle, à laquelle j’ai consacré une exposition,
au Grand Palais, à Paris, en 2014. Une artiste à la fois
populaire et méconnue. Beaucoup se sont fait une idée
superfcielle, parfois méprisante, de son travail, jugé décoratif,
rigolo. Personne n’avait vraiment compris le caractère ultra
radical de cette œuvre, ni son féminisme. Encore moins son
engagement en faveur des Noirs. À son époque, déjà, elle
faisait le lien entre leur invisibilité et celle de ses semblables.
La France, contrairement aux états-Unis,
n’a jamais lié ces deux combats…
Nous sommes en retard à ce sujet, mais notre histoire difère.
Nous n’avons pas eu d’esclaves sur le sol métropolitain. Ni
ce fossé violent entre Blancs et Noirs. Ici, le brassage est réel.
Mais la manière dont nous racontons notre colonisation est
imparfaite, comme notre rapport historique à l’esclavage.
Aujourd’hui, nous ne représentons pas correctement les
Noirs dans les musées ; ni dans les salles, ni dans les équipes.
voilà cinq siècles que l’histoire de l’art s’écrit au masculin.
en faudra-t-il autant pour écrire une histoire paritaire ?
Non, le besoin d’une histoire plus juste est là. Sur la question
oLe Cygne, n  17, ☞ toutes les avant-gardes et ont été radicales. Elles ont em- du genre, mais aussi de la race. On est dans une révolution
ansérie SUW, brassé toutes les techniques. C’est donc le contraire de la thropologique, à laquelle s’ajoutent #MeToo et
#MeTooInGroupe IX, 1915,
ghettoïsation. Je ne pense pas qu’elles aient quoi que ce soit ceste. Ces révélations d’histoires cachées font que toute l’his-de Hilma af Klint,
artiste suédoise en commun d’autre que le genre. Et la grande majorité toir e ofcielle est bousculée. Tant mieux ! On entend enfn la
« qui a inventé d’entre elles n’en parlent pas dans leur travail. parole des femmes. Les répercussions sont historiques,
polil’abstraction à la fin
tiques, presque émotionnelles. On ne peut revenir en arrière.edu XIX  siècle ».
Dans quelles disciplines leur a-t-il été plus facile de percer ?
Elles ont toujours été portées sur les nouvelles technologies Qu’est-ce que #Met oo a changé dans le monde de l’art ?
de leur époque : photo, vidéo, performance, cinéma expéri- Ça a accéléré les choses, comme le soufe après une explo -
mental… Autant de disciplines où, au début, les hommes sion. La parole des artistes recoupe celle, cachée, des
vicétaient moins présents, leur laissant, sans le vouloir, plus de times. Ce sont les mêmes processus qui ont été à l’œuvre
liberté. On aurait aussi pu penser qu’elles étaient plus rares pour ne pas les entendre et qui nous explosent à la fgure.
en sculpture. Mais là encore Camille Claudel était l’arbre qui Comment a-t-on pu à ce point ignorer le travail des artistes
cache la forêt. Finalement, rien n’a résisté aux femmes. femmes ? C’est un cercle vicieux : on ne les connaît pas, donc
elles n’existent pas, donc on n’écrit pas sur elles, donc on ne
Y a-t-il un art féminin ? les achète pas, donc elles ne valent rien et vice versa. À
parLes hommes ont parlé de leurs désirs dans leur travail et les tir du moment où historiens et universitaires produisent des
femmes certainement aussi. Mais celui des hommes a été informations les concernant, le cercle devient vertueux.
largement étudié. Pas le leur. On sait donc peu de chose de
la manière dont elles représentent le monde. Voilà pour- Pourquoi la part des femmes dans les collections
quoi il est compliqué de parler d’un art féminin, comme il augmente si peu alors que la prise de conscience
est compliqué de leur trouver un point commun. J’ai com- est réelle dans les musées ?
mencé à le faire avec l’exposition « Womenhouse », à la Il y a davantage d’expositions sur les artistes femmes, mais
Monnaie de Paris. Les artistes femmes ont porté un vrai re- les budgets d’acquisition sont en souffrance, puisqu’ils
gard sur l’espace domestique, pour y avoir souvent été assi- dépendent de s revenus des musées. Certains ont des cercles
gnées, et parce que les féministes se sont penchées sur la dédiés de mécènes qui se mobilisent sur ces questions-là. Il
maison comme forme de prison. Mais, encore une fois, il faut aller au-delà. Contrairement aux États-Unis, on ne peut
reste un énorme terrain à défricher. Le Centre Pompidou vendre des œuvres des collections nationales pour en
aches’intéressera bientôt à la relation entre les femmes et l’abs- ter d’aut res. Ce qu’a fait le musée de Baltimore, en cédant des
traction. Pendant longtemps, on a pensé que ce mouve- pièces réalisées par des artistes masculins surreprésentés
ment avait été inventé par des hommes : Robert Delaunay, pour acquérir celles de femmes. Une initiative formidable,
Franz Kupka, Malevitch et quelques autres autour de 1910. doublée d’une opération de communication géniale. À nous
Or il y a quelques années, on s’est rendu compte que c’était d’inventer un modèle français qui permette d’avoir plus de
en fait la Suédoise Hilma af Klint qui avait inventé l’abstrac- femmes dans les collections sans se départir des hommes •
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Albin D AhltrömENCORE
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Sommaire du 20 au 26 février 2021
rebours d préjugé
La violente, joyeuse et libératrice photo 18 de couverture date de 1972. À l’image
des performances assassines qu’elle
réalisait en 1961, on y voit tirer Niki de
Saint Phalle, artiste radicale et
féministe, hantée par la mort et le temps.
Mais une histoire de l’art trop
longtemps écrite par les hommes l’a
malheureusement cantonnée à ses
sculptures de Nanas rigolotes. Négligence
réparée par des historiennes telle
Camille Morineau, notre invitée, qui ré-32 vèle aujourd’hui l’importance cruciale
des femmes artistes. Corriger nos igno -
rances, aller à rebours des préjugés : les
jeunes élèves français en auront-ils le
courage, eux qu’on croit, qui se croient,
nuls en maths ? Si on les enseigne bien,
les sciences, si riches d’imaginaire, sont
pourtant fascinantes. En témoigne
l’engouement que leur vouent bien des
artistes, et les échanges fructueux qui se 27 nouent entre créateurs et savants. Le
regretté et brillant touche-à-tout
JeanClaude Carrière en ft son miel, lui aussi,
tout au long de son lumineux parcours.
Il sut à merveille se nourrir de tout,
étudier tout, tout le temps. C’est plus dur,
en période de Covid, pour les étudiants,
dont ça reste cependant la vocation.
Nous allons en rencontrer dans toute la
France plusieurs semaines durant. Ils
nous raconteront comment ils vivent. 30 Survivent. — Fabienne Pascaud
Couverture zine 27 Nos jeunes, nuls en maths CritiqueS
« Niki de 3 L’invitée notre pays est reconnu pour 41 Le rendez-vous
Saint Phalle c amille morineau, ses mathématiciens, mais les Jardins de pierre, un film
en train de viser », commissaire d’exposition élèves se classent parmi les de Francis Ford coppola
photographie 11 Premier plan cancres de l’europe. paradoxal ? 44 Musiques
en noir et blanc Ça gronde à sciences po 30 Hommage 50 Livres
rehaussée de 12 Étudiants en 2021 (1/8) scénariste, écrivain, acteur… le 56 Arts
couleur extraite l oïse r enard, tutrice à la fac talent de Jean-claude c arrière 57 enfants
du flm « Daddy », de médecine de r ennes s’épanouissait auprès des autres
de Peter 14 Mise à jour 32 Julien Clerc, un nouvel album éléviSion
Whitehead (1972), 17 Repérée s ’il n’aime pas parler de lui, 59 Le meilleur de la semaine télé
Schamoni Films. l ’actrice céleste brunnquell il évoque volontiers ceux avec 28 minutes, présenté
© Niki Charitable qui il a travaillé par élisabeth Quin, sur arte
Art Foundation, Le dossieR 70 Programmes
ADAGP Paris 2021 18 Artistes et éprouvettes utrement et commentaires
dans des instituts prestigieux, 35 Penser
artistes et scientifiques l es dirigeants ont rarement adio
joignent leurs forces. pour la confiance des Français, 126 Le meilleur de la semaine radio
ouvrir des voies inexplorées observe l’historien éric anceau. En balade avec, de pascale
ce numéro comporte : une défiance aggravée par clark, sur europe 1
une couverture spécifique
« paris-ÎdF » pour les 24 des nouvelles du Brésil la gestion de la pandémie 131 Les programmes
abonnés et les kiosques de
paris-ÎdF, et une couverture son film Bacurau a été une 38 découvrir
nationale. édition régionale,
Télérama+Sortir, pages déflagration anti-bolsonaro. un menu multi-étoilé ; un siège 136 Talents
spéciales, foliotée de 1 à 24,
jetée pour les kiosques des désabusé mais pas désespéré, de bureau plutôt gonflé… 139 Mots croisés
dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93,
e94, 95, posée sous la 4 de le cinéaste brésilien Kleber
couverture pour les abonnés
des dép. 75, 78, 92, 93, 94. mendonça Filho se confie
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Vincent Fournier pour télérama | Yann rabanier pour télérama | Frederic maiGrot /rea | denis r ouVre/moddss
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Mise à jour
PrE mIEr PLAn
Génér Le 12 février, manif
à l’IEP de Strasbourg.
Sous le hashtag
#SciencesPorcs, t- les témoignages sur
des violences
sexuelles et sexistes
subies à Sciences Po
se multiplient.
tiques, des dizaines d’élèves témoignent, sur les réseaux so-Subitement, une vague se lève, de colère et de
réciaux, d’agressions ou d’humiliations qu’ils ont subies. Des
volte. Et, contrairement aux États-Unis, elle ne voix courageuses, qui osent briser ce culte de l’entre-soi si
souvent présenté comme le seul passeport aux carrières. À vient pas des milieux culturels. Là-bas, depuis l’af -
vrai dire, ces étudiants ne sont pas les premiers à parler :
faire Weinstein, des cinéastes, des producteurs, d’autres, dans des écoles de commerce ou d’ingénieurs,
des comédiens, des musiciens sont sommés de reconnaître l’avaient fait l’an passé, mais la société n’était pas prête à les
leurs agissements de harceleur, voire d’agresseur sexuel… entendre. Depuis, les livres, puissants, de Vanessa
SpringoQuand ils ne voient pas leurs projets sanctionnés. En France, ra et de Camille Kouchner ont su enfn poser au cœur du
les très rares afaires qui ont émergé — et qui croira qu’il n’en débat public les questions du consentement et de l’abus.
Auexiste pas davantage ? — n’ont pas ébranlé grand monde. Or jourd’hui, la révolte qui gronde pourrait même être un gage
voici donc que c’est ailleurs, au sein des grandes écoles, que pour l’avenir. Les grandes écoles sont à la source du système
la parole se libère. À la suite des accusations d’inceste visant de gouvernance français. Là où se forment les jeunes gens
l’un de leurs professeurs, l’infuent Olivier Duhamel, les étu- qui, demain, seront en première ligne pour insufer à la tête
Par Valérie diants de Sciences Po se sont mobilisés ; leur directeur vient des administrations, des entreprises, du monde politique
Lehoux de démissionner. Dans les autres Instituts d’études poli- une autre culture que celle de la domination et du silence  •
Télérama 3710 17 / 02 / 21 11
FREDERICK FLORIN/AFPMise à jour
« Mes pious,
je ne les
lâche pas ! »
Chaque semaine, retrouvez le portrait d’un étudiant
ou d’une étudiante en temps de pandémie 1/8.
en première année, confinés, seuls, beaucoup de jeunes sont
en détresse. C’est pour eux que Loïse r enard s’engage : être
leur tutrice, c’est non seulement les soutenir dans leurs études,
c’est aussi leur donner de l’afection. sans compter.
un tuteur — ou une tutrice — est un étudiant expérimenté
qui aide un nouveau à l’université. c omme l oïse Renard,
qui, à 21 ans, copilote le tutorat de la fac de médecine de
Rennes. Mais un tuteur, c’est aussi ce qui aide une jeune
plante à tenir debout. par temps de c ovid, il semble que le
sens commun et l’acception botanique se confondent.
« Durant le confnement, nous avons reçu des messages de
grande détresse sur le compte Instagram du tutorat »,
raconte l oïse. Dans une première année de médecine qui
s’achève par un redoutable examen, beaucoup se sentent
« au bout du rouleau ». esseulés, ces étudiants se sont re -
trouvés lâchés par des profs mobilisés sur le front de l’épi- Prénom l oïse
démie. l e tutorat — auquel le recours est entièrement
gratuit — a été un soutien de première ligne. Nom RenaRD
l e, ou « les » tutorats, devrait-on dire. car à Rennes, où
ele système existe en médecine depuis 2010, il y a d’abord Âge 21 ans études 3 année D e M éDecine
les tuteurs de révision, qui organisent, chaque soir, des
examens blancs, dont ils proposent un corrigé commenté. où u nive Rsité D e Rennes
« Alors que les prépas privées ont lâché leurs étudiants, nous
avons immédiatement proposé nos conférences en ligne », re- avant de copiloter le tutorat, l oïse Renard s’est occupée de
late l oïse, actuellement en troisième année. son équipe a six cadettes lors de sa deuxième année. et elle a adoré : « Je
redoublé d’initiatives, entre des « apéros tutos » où on harcelais mes pious de messages, je ne les lâchais pas ! Il m’est
peut questionner les aînés par visio et l’organisation heb- aussi arrivé de répondre à une question de cours à 1 heure du
domadaire d’un « Questions pour un champion » version matin. » plus que des explications, il a d’abord fallu donner
médecine. pour briser la solitude, une « Bu » (biblio - de l’afection : « Certaines voulaient juste entendre qu’elles
thèque universitaire) virtuelle a aussi été mise en place : n’étaient pas nulles. Pour d’autres, il a fallu gérer des crises de
via l’appli Discord, les étudiants mettent leur caméra en larmes. » si elle a donné sans compter, c’est que le tutorat
révisant, comme s’ils étaient tous ensemble à la biblio- dont elle a bénéfcié durant sa première année, obtenue
thèque. « Certains nous ont dit qu’ils auraient décroché sans après un échec, a été décisif. « Mon réfexe quand j’ai eu ma
ça… On est comme une petite famille. » première année a été de candidater comme tutrice : j’avais
réusMais le tutorat, c’est aussi une aide individualisée : ils sont si grâce à mes marraines », assure l oïse.
cent dix marraines et parrains à se partager quelque six Mais cet engagement n’est pas qu’un remerciement. c ette
cents étudiants de première année. et, si les contrats pré- étudiante originaire de Dinan y voit aussi l’occasion de
réévoient une cinquantaine d’heures par semestre et une petite quilibrer les destins. car ellle sait depuis l’enfance qu’elle
rétribution, les tuteurs ne comptent pas. « Il y a désormais veut être médecin, mais, première de sa famille à faire des
trop de parrains et marraines pour être payé, c’est devenu une études, elle n’aurait pu se payer des prépas privées pour
fonction bénévole », explique loïse. l ’argent inutilisé est réussir, comme le font les plus fortunés… Deux ans plus tard,
réafecté ailleurs, comme au « pôle bien-être » du tutorat, son rôle de copilote occupe un tiers de sa semaine : œuvrer
qui propose de la sophrologie et du sport pour décompres- pour le tutorat est devenu aussi essentiel qu’en bénéfcier. en
ser. Marraines et parrains n’économisent pas non plus leurs ces temps de c ovid, cet engagement « sauve un peu mon
anheures pour aider ceux que l’on surnomme tendrement les née en lui donnant du sens », confe-t-elle. À regret, elle
passe« pious ». « Nos pious sont comme des poussins : on est des pa- ra le fambeau à la fn du semestre. — Youness Bousenna
pas et des mamans poules pour eux. » Photo Christophe Le Dévéhat pour Télérama
12 Télérama 3710 17 / 02 / 21
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c
a
Pour La réou Verture,
La M agie oP éra
et si la bonne question n’était pas
« Quand ? » mais « Comment ? ». et si
les propositions les plus constructives
en matière de réouverture des lieux
culturels venaient d’en bas, plutôt que
d’en haut ? des collectivités locales
plutôt que du ministère, jusque-là
incapable de penser la reprise
autrement qu’en termes d’échéance
impossible à préciser… La
Nouvelle-aquiL’Américain taine vient ainsi de proposer à l’état
Chick Corea
d’expérimenter un protocole sanitaire était un génie
du piano, jusque développé depuis juillet par l’institut
dans ses excès. technologique européen des métiers
de la musique (itemm). Baptisé opéra L’ogre aux doigts de fée (outil probabiliste pour l’évaluation du
risque par aérosols), ce programme
en jazz, on improvise jusqu’au bout, d’irritant (la virtuosité gratuite et le permet de mesurer par une trentaine
quitte à ce que la dernière note manque. mauvais goût). sans abandonner ce re- de paramètres (port du masque,
ventiLa musique de Chick Corea était si foi- gistre, Corea demeurera toujours en lation, volume et jauge des lieux,
dusonnante et inventive, lui-même pa- recherche de nouveaux formats. il se rée des spectacles…) la probabilité de
raissait si peu son âge (79 ans), que nul produit aussi bien en solo qu’en duo transmission du virus selon les
activine pensait le voir mourir prochaine- et en trio, s’intéresse au famenco et tés et les confgurations de chaque lieu.
ment. un cancer foudroyant en a déci- au classique, enregistre Bartók et com- Le but ? affiner les conditions
d’acdé autrement et l’a emporté le 9 février. pose un concerto pour piano. au fl cueil (durée, jauge, circulation) en
Venu au piano dès l’âge de 4 ans, des ans, ceux qui ne l’aiment pas trou- fonction des risques. si
l’expérimentaChick Corea avait étudié aussi bien le vent de nouvelles raisons pour cela tion se focalise plutôt sur la musique et
répertoire classique que le jazz. son dans son adhésion à la scientologie ; le spectacle vivant, elle pourrait être
appétit de musique, joint à une grande les autres continuent de le suivre élargie aux festivals de cinéma. ou aux
rigueur technique, lui permit d’inté- quelle que soit son orientation. Car projections de plein air, opéra ofrant
grer rapidement des orchestres de nul ne pourra nier que Chick Corea « des informations très fables sur la
projazz et de salsa. r ecruté par Miles da- jouait avec sincérité. débordant de Retifictif pagation du virus en extérieur ». a utre
vis, il participe à l’enregistrement d’In passion pour la musique, il semblait la Le statut de initiative : la maire de strasbourg
suga Silent Way et de Bitches Brew, albums concevoir comme un grand jeu, un professeur- gère de rouvrir les lieux culturels pour
matriciels du jazz fusion. après avoir cosmos à arpenter et redécouvrir sans documentaliste des publics ciblés : scolaires, étudiants,
firté avec le free jazz au sein de Circle, cesse, avec des yeux d’enfant émer - date de 1989, personnes en situation de fragilité
écoil fonde return to forever au début veillé. Cette force qui l’animait se res- et non de 2017, nomique, sociale et psychologique.
des années 1970 et s’essaye à mêler les sentait à chacun de ses concerts et in- comme nous de son côté, le maire rN de Perpignan
styles latins, les rythmes binaires et les terventions. g énie du piano doté d’un l’avons écrit par a opté pour l’opportunisme avec la
sonorités neuves des synthétiseurs. toucher aussi délicat que percutant, il erreur dans notre réouverture sauvage des musées de sa
son implication dans le jazz rock est laisse une œuvre importante qui, article « Bientôt de ville. Contribuer à améliorer la
situatelle qu’il en vient à incarner tout ce jusque dans ses excès, n’a pas fni d’in- vrais cours d’infos » tion ou l’exploiter à des fins
politique le genre peut avoir de séduisant fuencer le jazz contemporain. dans Télérama ciennes, deux ambiances.
o(l’invention, la puissance sonore) et — Louis-Julien Nicolaou n  3709. — Mathilde Blottière
ViVeM eN t deM ai N
Le monde de demain se fait attendre,
mais le Monde nouveau de Feu! Chatterton,
groupe de rock littéraire, tourne déjà dans
nos écouteurs. Le single inaugure Palais
d’argile, dont on vous recommande la visite
dès son ouverture, le 12 mars.
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Pvel Korbut